[Contenu Telquel Impact Spécial Études à l’étranger]
Chaque année, près de 60 000 étudiants marocains partent poursuivre leurs études à l’étranger, selon le Policy Center for the New South. La France demeure leur première destination et accueille 47 % d’entre eux. Cependant, l’éventail des pays d’accueils s’élargit ces dernières années. En effet, aux côtés de destinations traditionnelles telles que le Canada, l’Espagne et l’Allemagne, d’autres pays gagnent en visibilité.
« Nous observons un véritable rééquilibrage des destinations », constate Oussama Hajjaji, directeur d’Education Club. Selon lui, des pays tels que la Chine et la Turquie attirent par leurs frais de scolarité, les possibilités de bourse et la reconnaissance croissante de certaines formations. « Parallèlement, l’intérêt pour les pays anglophones (Royaume-Uni, Irlande, États-Unis) reste très élevé, mais se heurte de plus en plus à la question du budget. Ce sont souvent des destinations “aspirationnelles” que les familles envisagent sans toujours pouvoir les concrétiser », ajoute-t-il.
Kamal Achir, directeur d’ILVE Student Center, observe le même décalage entre les projets initiaux et les moyens disponibles. « Beaucoup d’étudiants nous disent, lors du premier échange, qu’ils souhaitent partir aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Lorsqu’on aborde précisément le budget nécessaire, ils comprennent parfois que leur famille ne pourra pas supporter une telle dépense », explique-t-il.
Le budget recompose la carte
Le premier arbitrage auquel étudiants et familles font face porte donc sur le coût total du parcours. En France, le minimum de ressources exigé pour le visa étudiant est fixé à 615 euros par mois. Dans la pratique, Oussama Hajjaji indique que le justificatif financier prend généralement la forme d’une attestation bancaire d’environ 8 000 euros, destinée aux dépenses courantes de l’année. Il indique par ailleurs, qu’à ce montant s’ajoutent entre 2 000 et 3 000 euros de frais d’inscription ainsi qu’environ 2 000 euros pour la caution, l’équipement et les premières démarches. Dans une grande ville comme Paris, une marge supplémentaire de 20 à 30 % reste souvent nécessaire, précise-t-il.
Zineb Mouttaki, étudiante en master de management de l’innovation et des systèmes d’information à l’université Aix-Marseille, en a fait l’expérience. Une fois en France, elle a constaté que les dépenses dépassaient le budget envisagé. « C’est plus cher, mais avec les aides sociales et les jobs étudiants, ça compense le coût élevé », explique-t-elle.
Au Royaume-Uni, l’engagement est plus lourd. Sara Oueld El Hachemi, CEO de CasaEducation, évalue le budget annuel d’un projet complet entre 22 000 et 35 000 livres sterling, selon la ville, l’université et le programme. Les frais de scolarité, qui varient en moyenne entre £11 500 et £45 000 par an, en représentent la part principale, mais le logement, le visa et la vie quotidienne alourdissent aussi la facture.
Devant ces conditions, les familles cherchent souvent à adapter leur projet avant d’y renoncer. Oussama Hajjaji observe qu’elles peuvent privilégier une ville moyenne plutôt que Paris ou Lyon, par exemple, opter pour un établissement public ou choisir un cursus professionnalisant plus court.
Certaines mobilisent malgré tout une part importante de leur épargne, au risque de fragiliser leur équilibre financier. Et lorsque les ajustements ne suffisent plus, « certains excellents étudiants, académiquement qualifiés, renoncent purement et simplement à leur projet faute de moyens financiers suffisants », regrette-t-il.
Le visa redessine les choix
Une fois la question du financement dépassée, le dossier administratif reste lui aussi un filtre. Dans les faits, plusieurs erreurs peuvent encore compromettre le départ, même après l’admission universitaire. « La plus courante est un dossier administratif incomplet ou mal préparé, ce qui peut suffire à motiver un refus de visa indépendamment de la qualité du dossier académique », explique Oussama Hajjaji.
Pour les destinations anglophones, la préparation doit aussi commencer sur le terrain linguistique. « Le niveau d’anglais est l’un des points les plus fréquemment négligés », relève Sara Oueld El Hachemi. Certains découvrent tardivement le score exigé et le temps nécessaire pour préparer leur test, au risque de retarder l’admission puis le visa.
Toutes ces contraintes participent à la recomposition des destinations. « Nous orientons de plus en plus les étudiants vers certains pays d’Europe de l’Est, notamment la Roumanie, la Bulgarie et la Hongrie, où les conditions d’accès et d’obtention du visa sont souvent plus abordables et à la portée des familles marocaines de la classe moyenne », explique Kamal Achir.
La recherche de nouvelles options ne s’arrête pas à l’Europe. Kamal Achir observe en effet un intérêt naissant pour les Émirats arabes unis, encore peu présents dans les projets des familles marocaines. Cette attractivité tient, selon lui, aux bourses proposées par certaines universités, pouvant couvrir jusqu’à 50 % des frais de scolarité, ainsi qu’aux doubles diplômes délivrés avec des établissements britanniques ou américains.
Penser à l’après-diplôme
Le dernier arbitrage porte sur ce que la formation permettra réellement après le diplôme. Oussama Hajjaji insiste sur la nécessité d’un « projet professionnel clair et cohérent ». De son côté, Sara Oueld El Hachemi indique que les étudiants recherchent « un bon équilibre entre qualité académique, coût des études et perspectives d’employabilité ». Kamal Achir rappelle enfin que « la question de l’équivalence des diplômes » comme un sujet central. Pour les familles, l’enjeu est donc de ne pas choisir seulement un pays ou une école, mais un parcours adapté au projet de l’étudiant, à ses moyens et à sa capacité à vivre loin de chez lui.
