Ce vendredi 19 juin, Boston. À 23 heures (GMT+1) le Maroc joue gros face à l’Écosse au Gillette Stadium de Foxborough, pour la deuxième journée du groupe C de la Coupe du monde 2026. Sur la feuille de match, un nom en lettres capitales : Achraf Hakimi, brassard au bras, sans doute le latéral droit le plus convoité de la planète.
Quelques heures plus tôt, à plusieurs milliers de kilomètres de là, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles a confirmé son renvoi devant la justice, dans l’affaire de viol qui le vise depuis février 2023. Le joueur, lui, n’a jamais varié : il conteste les faits et réclame ce procès.
Entre la pelouse américaine et le prétoire francilien, le capitaine marocain avance fermé sur un dossier, concentré sur l’autre. Sa réponse, il a choisi de la donner sur le terrain, et sur X.
Ce qu’a dit Versailles
La cour d’appel a confirmé une décision prise fin février 2026 par la juge d’instruction, dont Hakimi avait fait appel en demandant un non-lieu. Selon le communiqué de la juridiction, les investigations menées durant l’enquête et l’information judiciaire ont conduit à retenir des charges suffisantes justifiant sa mise en accusation devant une cour criminelle départementale, en région parisienne. La date du procès n’est, à ce stade, pas connue.
Une nuance, ici, pèse lourd. Trois magistrats ont estimé que le dossier devait être jugé … aucun n’a dit que le joueur était coupable. Son avocate, Me Fanny Colin, l’a rappelé après l’audience : la confirmation était attendue, et son client demeure ferme dans sa défense. Quelques semaines plus tôt, elle avait dénoncé une « tentative de racket » et une accusation reposant, selon elle, sur une seule parole. La présomption d’innocence reste donc entière jusqu’au verdict.
Du côté de la partie civile, l’avocate Me Rachel-Flore Pardo a fait état du « soulagement » et de l’« espoir » de sa cliente après plus de trois ans de procédure. Dans les faits, l’affaire avait débuté en février 2023, lorsqu’une jeune femme s’était présentée dans un commissariat, portant plainte. Le joueur avait été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dès le mois de mars suivant. Témoignant pour la première fois dans la presse, sur le site Mediapart, la plaignante, désignée sous le prénom d’emprunt de Jeanne, a déclaré vouloir « un procès pour se défendre, pour être entendue ».
Le choix de parler
“J’attends ce procès depuis le premier jour. Et je l’attends désormais avec impatience”
Après des années de mutisme, Achraf Hakimi a pris la parole. Sur X, il explique avoir choisi de se taire, persuadé que rester digne, patient et faire confiance à la justice permettrait que les bonnes décisions soient prises. Le ton, lui, a changé.
« J’attends ce procès depuis le premier jour. Et je l’attends désormais avec impatience », écrit le joueur, avant cette formule qui claque : « Enfin, je pourrai parler ». Il décrit une histoire qui n’est pas la sienne, racontée au détriment de sa famille et de sa vie, et confie avoir parfois le sentiment d’être devenu « une cible facile ». Il rapporte aussi cette phrase qu’on lui aurait adressée : « sans sa notoriété, il n’y aurait jamais eu d’affaire ».
Le football connaît des précédents qui invitent à la prudence. Le cas de l’international français Benjamin Mendy l’illustre : accusé par plusieurs femmes, écarté des terrains pendant deux ans, puis finalement acquitté. Une mise en accusation n’est pas une condamnation, et c’est précisément ce que le procès devra trancher pour Hakimi.
La justice m’a regardé dans les yeux et m’a dit : « Si vous n’étiez pas connu, il n’y aurait jamais eu d’affaire. »
J’ai choisi de me taire pendant des années. J’ai pensé que rester digne, être patient et faire confiance à la justice permettrait que les bonnes décisions soient…
— Achraf Hakimi (@AchrafHakimi) June 19, 2026
Cap sur Boston
Reste le terrain, et il n’attend pas. Au classement, le Maroc pointe à la deuxième place du groupe C avec un seul point, après son nul spectaculaire face au Brésil (1-1), Saibari ayant ouvert le score avant l’égalisation de Vinicius Jr. L’Écosse, elle, a pris la tête grâce à un succès étriqué sur Haïti (1-0), signé John McGinn. Pour les hommes de Mohamed Ouahbi, l’équation est limpide : il faut s’imposer pour reprendre la main sur sa qualification.
Dans ce contexte, le capitaine est un atout que personne ne songe à écarter. Récent vainqueur de la Ligue des champions avec le Paris Saint-Germain (PSG), dernier Joueur africain de l’année, Hakimi a entamé le Mondial avec le brassard et son rôle habituel de patron du couloir droit, ce piston capable de verrouiller son aile et de surgir dans la surface adverse. À 27 ans, l’arrière droit est au sommet de son art.
Autour de lui, le silence vaut soutien. Ni la Fédération royale marocaine de football, ni le sélectionneur n’ont commenté la décision de justice. Au PSG, Luis Enrique a botté en touche d’une phrase, « c’est entre les mains de la justice », sans jamais remettre en cause la place de son joueur.
À 23 heures, le brassard au bras, Achraf Hakimi aura 90 minutes pour rappeler qui il est, là où il sait le mieux s’exprimer. Le reste attendra une date de procès encore inconnue. Et, selon ses propres mots, le moment où il pourra enfin parler.
