Orientation post-bac : Deux ans au moins pour éviter un « accident »

Se lancer dans la recherche d’une « bonne » filière après les épreuves du baccalauréat, c’est trop tard, met en garde Abderrahmane Lahlou, consultant en éducation. Le processus doit commencer deux ans avant l’année du Bac. Explications.

Par

[Contenu Telquel Impact Spécial études à l’étranger]

Aux bacheliers qui campent devant leur PC sur les sites web des établissements d’enseignement supérieur afin de trouver la bonne filière, Abderrahmane Lahlou estime qu’il est trop tard pour s’orienter. Pour l’expert, une bonne orientation commence un à deux ans à l’avance par la cartographie des métiers que l’on souhaite exercer. De métiers industriels (ingénierie, chantiers, création industrielle) en passant par la santé (médecin, pharmacien, vétérinaire, laborantin) aux métiers sociaux (journalisme, magistrature, avocat, etc), les métiers du chiffre (finance, comptabilité, audit, etc), l’éventail est plutôt large.  Au terme de cette radioscopie, commence la recherche sur les opportunités d’emploi, de carrière et les conditions de rémunération adossées aux métiers que l’on aura ciblés. Ce n’est que dans une dernière étape qu’intervient la recherche des établissements de formation.

Le phénomène d’« étudiants touristes »

Dans la vraie vie, beaucoup de jeunes ont tendance à faire le même choix que les copains « car ces derniers ne peuvent qu’avoir raison », ou à suivre la prescription des parents : un père qui a raté une vocation et qui voudrait que son fils ou sa fille la rattrape.

Faute de démarche en amont de l’orientation, les choix sont parfois aléatoires. Le jeune se retrouve malgré lui, en amphi à l’université où il est déçu. Et dès qu’il peut, il bifurque. Le phénomène « d’étudiants touristes » dans les Facultés en est une illustration. Ces « touristes » attendent impatiemment la fin de l’année pour passer à autre chose.

Face au chômage de masse qui frappe les jeunes diplômés, l’Université est souvent un bouc émissaire facile, tranche Abderrahmane Lahlou, consultant en éducation et fondateur du groupe scolaire Al-Madina. Il conteste ce procès fait à l’université car sa mission est de « transmettre les savoirs et préparer les jeunes à la recherche et à l’autonomie », précise l’expert.

Reste que les difficultés qu’éprouvent les diplômés du supérieur à trouver du travail est une réalité que ne devraient pas ignorer les jeunes au moment de trancher.

Selon la photographie du marché brossée par le Haut-commissariat au Plan (HCP) fin 2025, le taux de chômage des diplômés (Bac et diplômes de formation professionnelle compris) s’élève à 19% avec une pointe à 25,7 % pour les lauréats de l’enseignement supérieur. C’est 12 points de plus que la moyenne nationale.

Les diplômés du supérieur sont les plus frappés par le chômage de longue durée. Selon les données du HCP, ils représentent 75,7% des personnes au chômage depuis plus d’un an. Par ailleurs, un chômeur diplômé sur deux est sans emploi depuis cinq ans. Beaucoup de ces jeunes sortis souvent des « filières à chômage » dans les facultés à accès libre, se retrouvent dans les centres d’appel entre autres, où il n’est pas rare de trouver des titulaires de masters.