Éducation, associations, dialogue : CARE Maroc et la France misent sur le concret

Réformes, éducation, initiatives associatives : la France veut renforcer, au Maroc, des dynamiques déjà engagées pour l’égalité. Christophe Lecourtier, ex-ambassadeur de France au Maroc et actuel directeur général de l’Agence française de développement (AFD), explique comment ce partenariat se traduit, aux côtés d’acteurs de terrain comme CARE Maroc.

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La France porte une diplomatie féministe à l’international. Comment cette approche accompagne-t-elle les politiques marocaines, où l’égalité et l’inclusion prennent une place croissante ?

Christophe Lecourtier

La diplomatie féministe française s’inscrit au Maroc dans une logique de partenariat avec les dynamiques nationales. Le Maroc a engagé des réformes structurantes et des politiques publiques innovantes. Ces efforts donnent déjà des résultats : les femmes représentent environ 60 % des effectifs de l’enseignement supérieur et près de 42 % des diplômés des écoles d’ingénieurs, signe d’évolutions fortes dans l’accès à l’éducation. Dans ce contexte, l’action de la France vise à renforcer ces dynamiques, en appui aux politiques publiques marocaines, avec un objectif partagé : faire progresser l’égalité de façon concrète et durable.

Concrètement, comment cette diplomatie se traduit-elle dans les programmes que vous soutenez au Maroc ? Quels sont vos principaux leviers d’action ?

Elle se traduit par l’intégration de l’égalité dans l’ensemble de nos programmes. D’abord, le soutien aux politiques publiques, notamment via l’AFD, qui accompagne des réformes comme la budgétisation sensible au genre, par des prêts et de l’assistance technique, en lien avec ONU Femmes. Ensuite, l’appui à la société civile. Un appel à projets de l’Ambassade a permis de financer une dizaine d’associations sur la lutte contre les violences, les stéréotypes ou l’autonomisation économique. Notre initiative « Société de Demain » (2025-2026) fait de l’égalité une priorité transversale (sport, environnement, participation citoyenne).

Enfin, nous animons le débat public. La journée « Parlons genre et égalité », organisée à Casablanca en 2025 avec l’AFD, l’Institut français, CARE Maroc et d’autres associations, a réuni associations, chercheurs et acteurs culturels. Cette approche permet d’agir sur les cadres, les pratiques et les représentations.

Dans ce cadre, quel rôle jouent des organisations de terrain comme CARE Maroc ?

Des organisations comme CARE Maroc ont un rôle essentiel. Leur ancrage local apporte une connaissance fine des réalités, des territoires et des obstacles. Elles traduisent les politiques d’égalité sur le terrain : lutte contre les violences, autonomisation économique, sensibilisation des jeunes aux stéréotypes. Elles contribuent aussi à éclairer l’action publique. Certaines, comme Tahadi pour l’égalité, ont alimenté les réflexions sur la réforme du code de la famille. Ce lien avec le terrain aide à concevoir des actions plus pertinentes.

Pourquoi travailler avec la société civile est-il clé pour la France ? Quelles qualités recherchez-vous chez vos partenaires ?

Travailler avec la société civile ancre les politiques dans le réel et soutient des initiatives à fort impact. Nous privilégions des partenariats dans la durée, avec des acteurs reconnus et ancrés localement. L’appel à projets a aussi structuré un réseau d’associations, dont certaines restent des partenaires réguliers. Nous soutenons également des projets portés par des jeunes, pour des jeunes, en intégrant l’égalité femmes-hommes, pour conjuguer innovation, impact et appropriation locale.

Comment travaillez-vous avec les acteurs publics marocains pour assurer cohérence et durabilité ?

La coopération repose sur un dialogue étroit. Nous appuyons des réformes et contribuons aussi à produire des connaissances utiles : des recherches avec l’IRD et l’Université Mohammed V portent sur l’insertion professionnelle des femmes diplômées. Enfin, nous travaillons avec les autorités locales pour renforcer l’appropriation et la durabilité.

Dans un contexte social et culturel, comment inscrire vos actions dans une approche respectueuse des réalités locales ?

Le respect des réalités locales est central. La plupart des initiatives soutenues sont portées par des acteurs marocains. Nous accordons aussi de l’importance à la présence sur le terrain, avec des visites régulières et des échanges avec les porteurs de projets et les bénéficiaires. Cela permet d’ajuster les actions et de privilégier des solutions progressives, adaptées et durables.

Comment envisagez-vous l’évolution de votre partenariat avec CARE Maroc ?

Nous voulons consolider et amplifier ce partenariat, en développant des synergies avec d’autres acteurs. Nous travaillons déjà avec d’autres bailleurs ; l’Union européenne devrait aussi jouer un rôle croissant. Il est enfin essentiel de mieux valoriser les résultats. Les projets menés sur le terrain produisent des effets concrets qu’il faut rendre plus visibles. En combinant action, coordination et valorisation de l’impact, nous renforcerons durablement notre action commune.