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Oncorad a installé un CyberKnife dans sa clinique d’Ain Diab. Cette technique de radiochirurgie permet de traiter certaines tumeurs en une à cinq séances, contre plusieurs semaines en radiothérapie classique, avec un ciblage précis qui limite l’irradiation des tissus voisins. Elle peut atteindre des tumeurs situées dans des zones difficiles d’accès chirurgical et reste utilisable chez des patients non opérables. L’investissement s’élève à 60 millions de dirhams.
L’argument prix est mis en avant. « Une intervention pouvant atteindre l’équivalent de 200 000 dirhams en France est réalisée au Maroc autour de 60 000 dirhams », observe le Pr. Redouane Samlali, PDG d’Oncorad. Le différentiel avec l’international est réel. Reste qu’à 60 000 dirhams par intervention, et avec un reste à charge moyen de 45 % pour les ménages, la technologie reste hors de portée d’une part importante des patients.
Le groupe annonce explorer d’autres indications de la radiochirurgie : pathologies fonctionnelles, traitement de douleurs complexes comme la névralgie du trijumeau, tremblements, troubles du rythme cardiaque, certaines pathologies neurologiques. « Nous avons développé une expertise reconnue dans le traitement de la névralgie du trijumeau, avec l’une des séries les plus importantes rapportées à l’international », précise le Pr. Samlali. L’objectif affiché : utiliser une irradiation d’extrême précision pour cibler les structures responsables de ces dysfonctionnements.
L’intelligence artificielle accompagne cette montée en gamme technologique. Aide à la décision, amélioration de la précision diagnostique, suivi des parcours. Mais l’intégration n’est pas mécanique. Dans une tribune parue dans Le Monde en septembre 2025, les chercheurs Olivier Cousin et Andy Smith alertaient sur le fait que « l’IA, dans le domaine de la santé, produit des résultats justes, mais qui ne correspondent pas aux protocoles en usage dans le milieu ». L’évolution continue des systèmes complique leur intégration dans des cadres médicaux fondés sur la stabilité et la reproductibilité.
AMO et innovation
L’AMO peut-elle absorber l’innovation médicale ? La généralisation engagée depuis 2021 a élargi la couverture à 88 % des Marocains. Mais l’extension du nombre de bénéficiaires n’a pas été accompagnée d’une mise à jour du panier de soins. La tarification nationale de référence date de 2006 et n’a jamais été révisée. Les actes nouveaux, eux, s’accumulent : PET-Scan, radiothérapie stéréotaxique, chirurgie robotisée, dispositifs médicaux connectés, télémédecine. Aucun n’est remboursé.
L’écart se creuse donc entre ce que la médecine permet de faire et ce que l’AMO accepte de prendre en charge. Le Maroc consacre environ 30 milliards de dirhams à l’assurance maladie, contre près de 240 milliards d’euros en France. La contrainte budgétaire est réelle, mais ce n’est pas elle qui bloque l’intégration des innovations dans le panier : c’est l’absence d’arbitre. La Haute autorité de la santé, prévue par la loi 08-22 de novembre 2023, n’est toujours pas opérationnelle. Le conseil de l’instance n’est pas constitué. Les évaluations médico-économiques, qui devraient déterminer ce qui mérite d’être remboursé par la collectivité, ne se font pas.
En attendant, ce qui n’est pas dans le panier reste à la charge du patient ou de sa complémentaire. Le reste à charge moyen des ménages atteint 45 %. Pour les technologies de pointe, l’arithmétique est plus simple encore : sans remboursement AMO, l’accès dépend de la capacité individuelle à payer.
Le Maroc dispose désormais de technologies de pointe. Leur diffusion, en revanche, demeure inégale. Sans régulateur opérationnel pour arbitrer ce qui doit être pris en charge par la collectivité, le risque est connu : voir s’installer un système de santé à deux vitesses, où les soins de base relèvent de l’AMO et les innovations de la capacité individuelle à payer. C’est précisément ce que la généralisation de la couverture médicale était censée éviter.
