Souveraineté énergétique : entre la vitrine et le charbon, le Maroc a encore un long chemin à faire

Avec quasiment 90% de ses besoins en énergie importés, la souveraineté énergétique reste un objectif lointain pour le Maroc. Et malgré des ambitions dans le domaine des énergies renouvelables, le mix repose encore largement sur les énergies fossiles.

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Dakhla Invest

Alors que le conflit au Moyen-Orient s’enlise et que la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz est menacée, les chaînes d’approvisionnement mondiales continuent d’en subir les conséquences.Les premiers secteurs touchés restent le pétrole et le gaz, dont une part considérable des volumes transite par ce passage stratégique.

Par effet de cascade, les répercussions se propagent jusqu’aux industriels et aux transporteurs, avant de toucher le portefeuille du consommateur marocain. Une réalité s’impose alors pour chaque pays : la nécessité d’une souveraineté énergétique.

La facture, elle, parle plus fort que les discours. En 2025, le Maroc a payé 107,56 milliards de dirhams pour ses importations énergétiques, selon l’Office des changes — en repli de 5,5% par rapport à 2024 grâce à la détente des prix mondiaux, mais loin de tout équilibre structurel.

Au pic de la crise russo-ukrainienne en 2022, la facture avait atteint 153 milliards de dirhams. Une hausse durable de 10 dollars par baril ajoute mécaniquement 6 à 8 milliards de dirhams par an.

Et les réserves stratégiques marocaines couvrent environ vingt jours de consommation — quand les membres de l’Agence internationale de l’énergie en maintiennent quatre-vingt-dix. La souveraineté énergétique ne se négocie pas en années. Elle se mesure au stock disponible le jour où le robinet se ferme.

Le charbon, le gaz, et la géopolitique

Cette souveraineté est pensée depuis 2009, avec le lancement de la stratégie nationale énergétique. Le plan impose la diversification du mix, le renforcement de la sécurité énergétique nationale etle développement massif des énergies renouvelables.

L’objectif est de porter la part de capacité installée des énergies vertes à plus de 52% au sein du mix électrique à l’horizon 2032. Selon les données recueillies par l’expert en énergies renouvelables Amin Bennouna, cette part avoisine les 40% à l’heure actuelle pour la capacité.

Mais la production réelle reste, elle, dominée par les énergies thermiques, avec plus de 70% du mix électrique. Ainsi, dans le mix énergétique du pays, où l’électricité ne représente que 15%, les énergies renouvelables ne contribuent qu’à hauteur de 4%, précise, dans une étude, Saïd Guemra, expert conseil en management de l’énergie.

Si le Maroc possède un important potentiel solaire et éolien, il ne dispose que de très peu de ressources fossiles. Près de 87,5% de ses besoins en énergie sont importés, selon Bennouna. Ces importations concernent d’abord le pétrole : le gasoil représente près d’un quart des besoins énergétiques du Maroc, avec un tiers des volumes en provenance du Golfe persique.

Pour le mix électrique, la plus grosse dépendance concerne le charbon : à l’origine de 60% de l’électricité produite, la quasi-totalité du charbon utilisé est importée, principalement depuis les États-Unis. Le solaire affiché en vitrine, le charbon en coulisses.

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