Le 10 mars dernier à Fès, ce programme a connu une première déclinaison dans l’écosystème industriel avec la signature de la convention créant JAZARI Industrie X.0. Réunissant les ministères de l’Industrie et du Commerce, de l’Économie et des Finances, ainsi que celui chargé de la Transition numérique, aux côtés des quatre universités de Fès-Meknès, le projet prévoit une plateforme nationale de recherche, de développement et d’innovation dédiée à l’industrie intelligente.
Dans le détail, cet institut doit développer des solutions fondées sur l’intelligence artificielle, l’Internet des objets, la robotique avancée et l’analyse des données industrielles. Les applications visent à améliorer la productivité, à renforcer la maintenance prédictive et à soutenir la modernisation du “Made in Morocco” par la digitalisation.
Ainsi, après JAZARI ROOT à Rabat, d’autres instituts sont annoncés ou en cours de structuration, notamment JAZARI Smart City à Marrakech et JAZARI Énergies renouvelables à Dakhla
Plus largement, la convention de Fès s’inscrit dans une série de déclinaisons du programme Jazari, lancé en début d’année. Portée par Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, cette initiative a été conçue pour couvrir les douze régions du royaume, chaque institut ayant vocation à s’inscrire dans les spécificités économiques, académiques et industrielles de son territoire.
Ainsi, après JAZARI ROOT à Rabat, d’autres instituts sont annoncés ou en cours de structuration, notamment JAZARI Smart City à Marrakech et JAZARI Énergies renouvelables à Dakhla.
Lors de l’événement national “AI Made in Morocco”, organisé dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations issues des Assises nationales de l’intelligence artificielle, la ministre a présenté l’intelligence artificielle comme “un choix stratégique pour le Maroc, en vue de renforcer la souveraineté technologique, de promouvoir l’équité territoriale et de soutenir un développement inclusif”.
Elle a aussi inscrit le lancement des Jazari Institutes et de JAZARI ROOT dans la continuité de “la Vision Royale éclairée” visant à faire de l’intelligence artificielle un levier stratégique de coopération Sud-Sud.
l JAZARI ROOT, noyau du dispositif
Selon le ministère, JAZARI ROOT est le noyau fondateur des Instituts Al Jazari, appelés à former un ensemble structuré de centres d’excellence pour faire de l’intelligence artificielle un levier stratégique au service du développement national.
Installé dans la capitale, à proximité des instances nationales de décision, il concentre les fonctions techniques du réseau. Il doit, à ce titre, servir de centre d’orchestration du dispositif, avec un rôle direct dans la modernisation de l’administration publique à travers l’e-gov.
Pour ce faire, le projet prévoit une infrastructure souveraine de calcul et de stockage comprenant un data center de 50 MW et un supercalculateur, pour héberger les données sensibles de l’État et entraîner des modèles complexes sur le territoire national.
Le centre doit aussi intégrer un pôle de recherche&développement chargé de transformer des travaux scientifiques en solutions utilisables. Les travaux portent notamment sur des modèles adaptés à la darija, à l’amazigh et à l’OCR du patrimoine. Le dispositif comprend également une école dédiée à la formation et au renforcement du capital humain, avec des formations diplomantes, des bootcamps et des programmes de montée en compétences pour les cadres de l’administration.
En outre, le centre prévoit une structure d’incubation pour les startups et les PME technologiques. Cette structure doit donner accès à des infrastructures de pointe et à une Data Sandbox, c’est-à-dire un environnement sécurisé de test sur données anonymisées.
Le centre comprend aussi une Data Factory chargée de standardiser, classer, anonymiser et préparer les données publiques, ainsi qu’une forge logicielle nationale destinée à mutualiser des briques réutilisables entre administrations.
l Le choix du Groupement d’intérêt public
Le programme repose sur le statut de Groupement d’intérêt public. Ce cadre vise à réunir l’État, les universités, les grandes écoles et le secteur privé dans une même structure. Il permet une gestion plus souple, plus adaptée au rythme de l’innovation technologique, et doit aussi faciliter le recrutement de compétences de haut niveau, y compris au sein de la diaspora.
Dans le même temps, les instituts Jazari ne sont pas conçus pour développer en interne l’ensemble des solutions. Ils doivent surtout agir comme catalyseurs pour le secteur privé, en facilitant l’accès aux données, à la puissance de calcul, aux besoins de l’État et de l’industrie, ainsi qu’aux liens entre recherche et applications.
L’objectif est de faire émerger des solutions à haut TRL, pour Technology Readiness Level, autrement dit à un niveau de maturité suffisant pour passer du laboratoire au marché.
La déclinaison territoriale du programme couvre un ensemble large de domaines. Elle va de l’e-gov à la sécurité hydrique, de l’agriculture de précision à la gestion des ressources halieutiques, de la santé à la justice, de la fintech au tourisme, en passant par la cybersécurité, les villes intelligentes et les grands événements liés à la Coupe du Monde 2030.
Par son ampleur, le programme dépasse le seul cadre sectoriel pour s’inscrire dans une séquence plus large de transformation numérique et de coopération régionale. Le 12 janvier, Amal El Fallah Seghrouchni a indiqué que le Maroc avait gagné 14 places dans l’édition 2025 du Government AI Readiness Index, publié par Oxford Insights, qui évalue 195 gouvernements sur leur capacité à mobiliser l’IA au bénéfice du public.
