5G, data centers… : le Maroc construit les fondations de sa souveraineté numérique

La souveraineté numérique se joue désormais dans les réseaux, la puissance de calcul et l’hébergement des données. Au Maroc, cette é volution se traduit par le déploiement de la 5G, lancée le 7 novembre 2025, et les projets de data centers à Rabat et à Dakhla. Démonstration.

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Le basculement vers la 5G compte d’abord par les usages qu’il rend possibles. En effet, cette technologie permet de connecter en temps réel les données, les objets et les services. Dans l’industrie, elle accompagne l’automatisation et l’usine connectée.

Dans la logistique, elle améliore la gestion des flux. Dans la santé, elle facilite la télémédecine et les dispositifs connectés. Elle intervient aussi dans les villes intelligentes, la gestion de l’énergie, l’agriculture de précision et l’organisation des grands événements.

Selon une note de BMCE Capital Global Research, la 5G pourrait apporter entre 4 et 6 milliards de dollars à l’économie marocaine d’ici 2030, soit 1,5 à 2% du PIB projeté

L’enjeu est aussi économique. Selon une note de BMCE Capital Global Research, la 5G pourrait apporter entre 4 et 6 milliards de dollars à l’économie marocaine d’ici 2030, soit 1,5 à 2% du PIB projeté. La même source évoque près de 40 milliards de dirhams d’investissements additionnels dans les infrastructures et les services associés.

Cette dynamique devrait être portée à la fois par l’essor des usages professionnels, notamment dans l’industrie 4.0, les villes intelligentes, et par la progression de la consommation de données du grand public. Cette montée des usages accroît mécaniquement les besoins en stockage, en calcul et en sécurisation des données. C’est à ce niveau que les projets de data center à Rabat et à Dakhla prennent toute leur portée.

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À Rabat, un data center de 50 MW est en voie de concrétisation dans le cadre de Jazari Root. L’infrastructure, qui comprend également un supercalculateur de classe mondiale, constitue le socle physique de la souveraineté numérique du pays.

A terme, il doit permettre d’héberger sur le territoire national les données sensibles de l’État et d’entraîner des modèles complexes d’intelligence artificielle dans un environnement maîtrisé. Le data center de Rabat doit ainsi fournir au royaume une base nationale pour la donnée publique, le calcul intensif et les futurs usages de l’IA.

À Dakhla, le projet a une tout autre dimension. Il porte sur un data center hyperscale de 500 MW, entièrement alimenté par des énergies renouvelables. Le choix du site repose sur plusieurs facteurs. Il tient à la fois au potentiel éolien et solaire de la région, à son ancrage atlantique et à sa vocation de plateforme tournée vers l’Afrique.

Le 9 juillet 2025, la ministre chargé de la Transition numérique Amal El Fallah Seghrouchni a indiqué que ce centre devrait renforcer la sécurité du stockage des données. Elle a ajouté que, grâce à ce réseau de centres de données, “le royaume affirme non seulement sa souveraineté numérique, mais aussi son ambition de devenir un hub numérique régional au service de l’Afrique”.

Les deux projets ne remplissent pas la même fonction. Rabat renvoie d’abord aux besoins de l’État, aux données sensibles et au calcul souverain. De son côté, Dakhla renvoie à une logique de grande capacité, d’énergie disponible et de projection régionale. Mais les deux répondent à la même orientation, à savoir construire au Maroc les bases matérielles de la stratégie numérique.

l Du réseau au cloud

Par ailleurs, le Maroc prépare le développement d’un cloud hybride combinant cloud souverain et cloud public, avec une priorité donnée aux services de l’État

La 5G rejoint ici directement la question des data centers. Un réseau mobile de nouvelle génération produit, transporte et valorise davantage de données. Cette intensification suppose des capacités nationales de traitement, de stockage et de sécurisation.

Par ailleurs, le Maroc prépare le développement d’un cloud hybride combinant cloud souverain et cloud public, avec une priorité donnée aux services de l’État. Cette approche, présentée dans la feuille de route “Cloud 2025-2030”, repose sur une adoption progressive et structurée des services cloud au sein des administrations, selon une logique de “Cloud First Policy”.

L’objectif est double. D’un côté, répondre à la montée des besoins numériques des acteurs publics et privés. De l’autre, garantir que les données sensibles restent hébergées sur le territoire national, sous juridiction marocaine.

Ce choix, au-delà de la seule question technique, vise aussi à renforcer la cybersécurité, à rationaliser les coûts et à unifier les normes au niveau de l’État. Il s’appuie sur un cadre réglementaire déjà posé (notamment le décret n° 2-24-921 encadrant l’hébergement des données sensibles), ainsi que sur la mise en place d’outils dédiés, comme un centre d’excellence du cloud et un observatoire national.

l Objectif : 100 milliards

“Le Maroc vise une augmentation de 100 milliards de dirhams de son produit intérieur brut grâce à l’intelligence artificielle d’ici 2030”, a déclaré Amal El Fallah Seghrouchni lundi 12 janvier à Rabat

Le Maroc vise une augmentation de 100 milliards de dirhams de son produit intérieur brut grâce à l’intelligence artificielle d’ici 2030”, a déclaré la ministre, lundi 12 janvier à Rabat. Cet objectif repose notamment sur l’extension des capacités nationales de traitement des données, sur le développement du cloud et de la fibre optique, ainsi que sur la formation d’une main-d’œuvre qualifiée.

Le gouvernement prévoit, dans ce cadre, de créer 50.000 emplois liés à l’IA et de former 200 000 diplômés aux compétences en intelligence artificielle d’ici 2030. Le même jour, un partenariat a été signé avec la société française Mistral AI pour soutenir le développement d’outils d’IA générative au Maroc. Parallèlement, 11 milliards de dirhams ont été alloués à la stratégie de transformation numérique 2024-2026.

La 5G ouvre de nouveaux usages. Les data centers apportent les capacités nécessaires pour les traiter. Le cloud souverain et le cadre juridique encadrent leur exploitation. Le Maroc, lui, s’organise pour maîtriser l’ensemble de la chaîne, des réseaux jusqu’à la donnée.

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