1. Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide Suprême
L’Iran endeuillé pour quarante jours après la mort d’Ali Khamenei n’a pas attendu ce délai pour nommer à la tête du régime un nouveau Guide suprême. Ce dimanche 8 mars, Mojtaba Khamenei a été désigné par l’Assemblée des experts, une instance composée de 88 membres du clergé chiite. Selon une source du journaliste et observateur de la région George Malbrunot, “c’est lui en fait qui dirigeait dans l’ombre le pays avec les Gardiens de la révolution (CGRI).”
Conservateur et proche du CGRI, il ne correspond pas au profil que Donald Trump souhaitait imposer à l’Iran après l’assassinat du père. Sur son réseau Truth Social, le président américain écrivait la veille vouloir un dirigeant “GÉNIAL et ACCEPTABLE” après la “capitulation sans conditions” des mollahs. Mais le nouveau Guide suprême est davantage porté sur la ligne dure du régime qui prône une absence de dialogue avec l’Occident.
La mort de son père et de sa femme sous les bombes israélo-américaines n’a probablement fait que renforcer cette ligne dure. Sa participation à la guerre Iran-Irak en 1980-1988 lui a conféré une proximité et une légitimité avec l’armée. Le président américain l’a immédiatement qualifié de “poids plume”, réaffirmant son ambition d’obtenir un droit de regard sur le choix d’un dirigeant pour le pays. Car sans son soutien, déclare-t-il, “il ne tiendra pas longtemps.” Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été plus catégorique, et a considéré qu’à compter du 8 mars, Mojtaba Khamenei constitue une “cible”.
2. Les prix des carburants explosent
Tandis que les bombardements continuent de se faire entendre dans les localités pétrolières stratégiques du Moyen-Orient, le prix du baril du pétrole – indicateur du cours mondial – a de nouveau explosé. Ce lundi au matin, il a frôlé les 120 dollars, tandis qu’en janvier, il gravitait autour de 60 dollars. Une augmentation de 100% en deux mois, donc.
“Une légère augmentation qui rechutera rapidement lorsque la menace nucléaire iranienne aura été éliminée. Un prix très modique à payer pour la sécurité et la paix aux États-Unis et dans le monde”, estime Donald Trump sur son réseau social. Pendant ce temps, le régime continue de cibler activement les infrastructures pétro-gazières du Golfe ainsi que tous les pétroliers qui tenteraient de traverser le détroit d’Ormuz.
Ce passage par lequel transite 20% des produits pétroliers au monde ne montre pas de signes de reprise d’activité après son blocage depuis l’offensive du 28 février, malgré la promesse de Donald Trump d’y escorter les pétroliers si nécessaire. Par ailleurs, au cours du week-end, nombre d’installations pétrolières et gazières des pays du Golfe ont subi des attaques, et le régime iranien a réitéré sa promesse de faire monter le prix du pétrole à 200 dollars par baril… avec les conséquences que l’on peut attendre pour le Maroc.
3. Le Liban replonge dans la crise
Ce lundi, le Parlement libanais par la voix de son président Nabih Berri a décidé de reporter les élections législatives prévues à l’origine pour le mois de mai, suite à la reprise des attaques israéliennes sur le territoire libanais.
Le 5 mars en effet, Israël a ordonné l’évacuation de plusieurs quartiers du sud de Beyrouth – zone la plus peuplée de la capitale – forçant 700.000 personnes à évacuer. Il s’agit de la moitié de la population de la capitale, ou 12% de la population totale du Liban dont Tel Aviv force illégalement le déplacement. Et ce dans la panique, car le ministre des Finances israélien Bezalel Smotrich, à l’extrême-droite de la Knesset (parlement), a déclaré que “la banlieue sud de Beyrouth (bastion du Hezbollah, ndlr) ressemblera bientôt à Khan Younès (ville de Gaza, ndlr)”.
Beyrouth ou le sud du pays ne sont pas les seules régions du Liban touchées par Tsahal. Dans la nuit de dimanche à lundi, une opération héliportée a été engagée dans l’est du pays. Selon un communiqué du Hezbollah, publié à minuit dix, “nos combattants ont détecté l’infiltration d’une quinzaine d’hélicoptères israéliens en provenance de la Syrie” et ont riposté.
4. Phosphore blanc au Liban et pluie toxique à Téhéran
Ce lundi, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a dénoncé l’usage par Israël de phosphore blanc au Liban, sur des zones habitées du sud de la banlieue de Beyrouth. La substance, dont l’organisation dit qu’elle a repéré l’usage par l’armée israélienne via géolocalisation le 3 mars, est interdite d’usage offensif par l’ONU depuis 1983. Le phosphore blanc est une matière fortement inflammable et très difficile à éteindre une fois allumée. “Il adhère aux surfaces, notamment la peau et les vêtements. La fumée de la combustion est nocive en particulier pour les yeux et les voies respiratoires. Il peut provoquer des brûlures profondes et graves, susceptibles de traverser les os”, décrit l’ONU.
En Iran, c’est avec le carburant de la République islamique que l’axe Washington-Tel Aviv cause des dommages toxiques aux populations. Deux dépôts ont été bombardés par les forces israélo-américaines en périphérie de la capitale où résident 10 millions d’Iraniens. Les nuages noirs des milliers de tonnes de produits pétroliers en flamme ont plongé Téhéran dans un brouillard toxique. Pire, la pluie qui s’est abattue sur la ville a fait tomber avec elle des résidus de carburant qui tapissent la ville et dont l’évaporation provoque des exhalaisons dangereuses pour la santé.
🇮🇷⚔🇺🇸🇮🇱 ISRAËL FRAPPE LES INFRASTRUCTURES PÉTROLIÈRES IRANIENNES : TÉHÉRAN ÉTOUFFE SOUS LA FUMÉE NOIRE
🚨 Escalade majeure dans la guerre USA/Israël-Iran (jour 9) : les forces israéliennes / US ont bombardé quatre dépôts pétroliers majeurs et un site logistique autour de… pic.twitter.com/hhTbfGvwo1
— Camille Moscow 🇷🇺 🌿 ☦ (@camille_moscow) March 8, 2026
Aussi les autorités ont appelé les Iraniens à rester chez eux. Sur le long terme, ces particules risquent de pénétrer les nappes phréatiques existant sous Téhéran, rendant l’eau impropre à la consommation et à l’agriculture, et exposant les populations à des risques de cancers plus élevés.
5. Les pays du Golfe sur la retenue
Les pays du Golfe n’ont pas encore décidé de lever l’option qu’ils se sont donnée au début des bombardements iraniens contre leurs territoires d’entrer en conflit armé avec leur voisin. Malgré les infrastructures pétrolières touchées qui se multiplient, Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis (EAU), le Koweït et l’Arabie saoudite ne répliquent pas.
Un ex-Premier ministre du Qatar, Hamad bin Jassim, a affirmé que rien n’assurait aux pays du Golfe, victimes malgré eux de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, que les États-Unis resteraient directement engagés dans le conflit s’ils y entraient. “Ainsi, les États-Unis pourraient devenir un marchand d’armes aux deux camps”, expose-t-il. Pire, selon cet ancien chef de gouvernement et diplomate, avec l’affaiblissement des deux camps, “il devient plus facile pour Israël de mettre en œuvre sa stratégie du ‘Grand Israël’ et de récolter tous les bénéfices du conflit Iran-Golfe. Par conséquent, il est dans l’intérêt du Golfe de se retirer du conflit et de laisser les parties régler leurs différends entre elles.”
Mais la guerre cause bien des dommages aux pays du Golfe. Au-delà des ressources en hydrocarbures qui ne traversent plus le détroit d’Ormuz, c’est la réputation de ces pays, qui se rêvaient les El Dorado d’Orient, qui est touchée. Comment attirer les fortunes du monde à Dubaï ou Doha si son avenir proche est de brûler sur l’autel des ambitions régionales israélo-américaines ?
Dès lors, au Qatar, une opération de maintien de la réputation a été lancée. Déjà plus de 300 personnes ont été arrêtées à Doha pour publication de “rumeurs”, d’images d’attaques et “d’informations trompeuses”. Le ministère de l’Intérieur affirme dans un communiqué que les 313 personnes interpellées “ont filmé et diffusé des séquences vidéo, et publié des informations trompeuses ainsi que des rumeurs”.

