Émirats arabes unis
De tous les pays du Golfe, les Émirats arabes unis (EAU) est celui qui craignait le plus le scénario d’une guerre des États-Unis avec l’Iran. En signant les Accords d’Abraham, Abu Dhabi est devenu de facto l’allié symbolique de Donald Trump dans la région, et d’autant plus en l’Iran pour qui la défense de la Palestine constitue un ciment national. D’autre part, séparé de l’Iran par les maigres kilomètres du détroit d’Ormuz, les EAU constituent une cible militaire plus facile pour la République islamique. C’est notamment la raison pour laquelle aucun missile Américain n’a été tiré depuis son territoire – ni depuis celui d’aucun des pays du Golfe. Malgré cela, de nombreux sites émiratis ont été la cible d’attaques iraniennes. Dimanche, l’armée a affirmé avoir abattu plus de 500 drones, et avoir intercepté deux missiles de croisière ainsi que 160 missiles balistiques – malgré des débris ayant fait des dommages. Trois morts sont à déplorer. En réaction, Abu Dhabi a décidé de fermer son ambassade à Téhéran, et se “réserve le droit de riposter militairement”.
Arabie Saoudite
Même position du côté de l’Arabie saoudite. Alors que Riyad et sa région orientale ont subi des attaques iraniennes “repoussées”, le royaume du Golfe affirme se réserver le droit de “défendre sa sécurité (…) y compris en choisissant de riposter à l’agression”. L’Iran affirme ne pas s’attaquer à ses voisins régionaux, mais aux intérêts américains dans la région. L’Arabie saoudite abrite une base à quelques dizaines de kilomètres au sud de la capitale saoudienne, sur la base aérienne Prince Sultan. Celle-ci contient des missiles sol-air Patriot ainsi que des systèmes de défense antiaérienne. L’Arabie saoudite a également du arrêter la production de l’une des plus grandes raffineries du pays, Ras Tanur, frappé par l’Iran.
Irak
En Irak, trois jours de deuil national ont été décrétés dimanche par l’État en hommage au Guide Suprême Ali Khamenei. Le porte-parole de gouvernement Bassem al-Awadi a exprimé “une profonde tristesse” et a présenté ses “condoléances au noble peuple d’Iran et à l’ensemble du monde musulman”. Il qualifie l’opération israélo-américaine “d’acte d’agression flagrant”. À Bagdad, d’importantes et violentes manifestations ont émaillé le week-end, notamment à proximité des lieux représentant la diplomatie américaine.
Qatar
Malgré le fait qu’elle abrite la plus grande base américaine du Golfe, Doha semble pour l’heure relativement épargnée par les frappes iraniennes. Si quelques déflagrations sont rapportées, le ministère de l’Intérieur Khalifa bin Hamad a déclaré que ces attaques n’ont pas provoqué de dommages matériels. Néanmoins, le porte-parole du ministre des Affaires étrangères a affirmé que le Qatar a intercepté des attaques aériennes ciblant des infrastructures civiles, dont l’aéroport de Doha. Il affirme par ailleurs que son pays n’avait pas engagé d’action militaire contre l’Iran “pour le moment”. Conséquence de la situation sécuritaire, Qatar Energy, qui représente environ 18 à 20 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), a arrêté sa production.
Koweït
Après l’assassinat d’Ali Khamenei, le Koweït, allié des États-Unis dans la région, a constitué l’une des cibles de l’Iran dans sa riposte. L’État a ainsi déclaré avoir intercepté des drones visant sur son territoire la base militaire américaine d’Ali el Salem. Par ailleurs, selon plusieurs sources concordantes, d’épaisses fumées noires s’élèvent de l’ambassade des États-Unis à Koweït. Le pays a ainsi condamné les attaques “aveugles et irresponsables” qu’il subit de la part de l’Iran, visant “des territoires souverains” et mettant “en danger des vies civiles”. Malgré un mort sur son territoire, le porte-parole du ministère de la Défense, Saud Abdulaziz el Atwan, a déclaré avoir intercepté avec succès plusieurs missiles balistiques. Dans ce marasme, trois avions de combat américains ont été abattus par les systèmes de défense koweïtiens.
Bahreïn
Le petit État de Bahreïn, situé dans le Golfe, a figuré parmi les premiers territoires ciblés par la République islamique. C’est là qu’était stationnée la 5e flotte américaine, touchée par un “tir de missile”, assure le gouvernement. Plusieurs autres frappes iraniennes ont touché Manama depuis samedi, causant un mort. Le ministère de l’Intérieur a notamment informé que l’aéroport international a été visé par un drone, mais que l’attaque n’a pas fait de victimes.
Oman
Dans les négociations indirectes entre Téhéran et Washington, le pays médiateur était Oman, représenté par son ministre des Affaires étrangères Badr Albusaidi. Le 28 février, il s’est dit “consterné” après les frappes israélo-américaines. “Une fois de plus, des négociations actives et sérieuses ont été compromises”, se désole-t-il en référence aux négociations interrompues par l’opération israélienne en juin 2025 ayant provoqué la guerre des 12 jours. Il “exhorte les États-Unis à ne pas s’engager davantage dans ce conflit. Ce n’est pas votre guerre.” Le 1er mars, il dit croire que des négociations et une solution pacifique existent toujours, soulevant les progrès obtenus lors des négociations de Genève. Le 27 février, il assurait avoir obtenu de Téhéran la promesse de ne jamais acquérir le matériel nucléaire capable de générer une bombe, en empêchant l’accumulation de matériel nucléaire. Malgré cela, le lendemain, Washington attaque. Mais “la guerre ne devrait pas éloigner la perspective de la paix”, conclut-il. Un mort est à déclarer au large d’Oman après la riposte iranienne.
Turquie
La Turquie s’est imposée depuis 2023 comme un acteur pivot de la gestion des crises dans la région. Son président Receip Taip Erdogan a mené les négociations avec Donald Trump en octobre dernier pour parvenir à un cessez-le-feu à Gaza. Lorsqu’il a appris la mort d’Ali Khamenei, le chef d’État a exprimé “une profonde tristesse” et a adressé ses “condoléances au peuple iranien frère, au nom de [s]on pays et de [s]a nation”. Il a par ailleurs affirmé qu’il entendait “poursuivre les efforts pour parvenir à la stabilité et à la paix dans la région”. Cette prise de position ne manquera pas de rentrer en ligne de compte dans la stratégie que Tel Aviv adoptera à l’égard de la Turquie dans les mois et années à venir. Déjà, le 17 février, l’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett considérait qu’Ankara est “le nouvel Iran”.
Liban
Les Libanais pouvaient craindre à juste titre les conséquences de la résurgence d’un conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran. Ce matin du 2 mars, la banlieue sud de Beyrouth a de nouveau essuyé une frappe israélienne visant de hauts responsables du Hezbollah. Cette attaque fait suite à des roquettes tirées depuis le Liban par le Hezbollah, proxy de l’Iran, vers Israël en réponse au meurtre d’Ali Khamenei.
Le président libanais Joseph Aoun a condamné l’action du Hezbollah menaçant “tous les efforts et initiatives déployés par l’État pour maintenir le Liban à l’écart des graves confrontations militaires qui secouent la région”. Il refuse que son pays serve de “plateforme pour des guerres de soutien”, traduisant une stratégie d’apaisement avec son belliqueux voisin dont Beyrouth subit les foudres depuis plus de deux ans. “Les Libanais, qui s’emploient encore à panser les blessures causées par les affrontements précédents, ne l’accepteront pas”, a-t-il affirmé.
Égypte
Sans avoir subi d’attaque iranienne, l’Egypte, comme les EAU, représente pour Téhéran un pays ayant normalisé ses relations avec Israël et choisi la collaboration avec les États-Unis. Compte tenu du blocage du détroit d’Ormuz par la République islamique, le président Abdel Fattah al-Sissi s’est néanmoins inquiété des impacts d’une guerre régionale sur le canal de Suez, dont les revenus représentent une part importante du budget de l’État. L’embrasement de la région depuis 2023, et notamment l’implication dans le conflit des Houthis au Yémen a déjà provoqué une chute du trafic par le Canal de près de 60%. La perspective d’une guerre dans la région a de quoi inquiéter le Caire, d’autant que trois des plus grands armateurs mondiaux ont d’ores et déjà suspendu le passage de leur navire depuis l’attaque israélo-américaine samedi.
France, Allemagne et Royaume-Uni
Les trois puissances européennes se sont exprimées conjointement dans un premier communiqué le 28 février. Elles affirment ne pas avoir pris part aux frappes israélo-américaines sur l’Iran, mais ne les condamnent pas. “Nous sommes en contact étroit avec nos partenaires internationaux, y compris les États-Unis, Israël et les partenaires de la région”, affirment-elles, avant de condamner les attaques de Téhéran “contre les pays de la région. L’Iran doit s’abstenir de frappes militaires indiscriminées.” Comme Washington, Paris Berlin et Londres semblent espérer une réaction de la société civile iranienne : “Le peuple iranien doit pouvoir décider de son propre avenir.” Dans un second communiqué publié le 1er mars, les trois pays ont affirmé que “les attaques inconsidérées de l’Iran ont ciblé nos alliés proches et menacent notre personnel militaire et nos civils dans toute la région.” Ils déclarent par ailleurs prendre “des mesures pour défendre nos intérêts et ceux de nos alliés dans la région”.
Dans le détail, le chancelier Friedrich Merz a déclaré que le gouvernement fédéral partage “le soulagement de nombreux Iraniens de voir que ce régime des mollahs touche maintenant à sa fin”. Pour lui, “ce n’est pas le moment de faire la leçon à nos alliés (les États-Unis et Israël, ndlr)”. Le président français Emmanuel Macron a affirmé qu’un hangar français a été touché dans une attaque ciblant le port d’Abu Dhabi. “Cela nous conduit à réhausser notre posture et notre accompagnement défensif pour être aux côtés de ceux avec qui nous avons des accords de défense”, en conclut-il. D’après un général de l’armée française, ces mots supposent que la France mène des actions défensives, ce qui impliquerait une participation de Paris dans la guerre. Enfin, le premier ministre britannique Keir Starmer a quant a lui affirmé que ses avions menaient des opérations “défensives au Moyen-Orient”. Cela ne l’aura pas épargné des critiques de Donald Trump, qui affirme dans un entretien au Telegraph être “très déçu” par son homologue anglais. Il l’aurait en effet empêché d’utiliser les îles Chaos de l’océan indien pour mener des frappes contre l’Iran. L’accord aurait finalement été concédé par Londres dimanche soir, pour des objectifs défensifs. “On dirait qu’il s’inquiétait de la légalité”, s’est étonné le maître de la Maison Blanche.
Espagne
Mais en Europe, tous les pays ne tiennent pas le même discours de soutien à l’attaque orchestrée par Israël et les États-Unis. La voix de l’Espagne se distingue notamment, comme souvent depuis la crise que connaît le Moyen-orient depuis 2023 et le génocide gazaoui. “Aujourd’hui plus que jamais il est important de rappeler qu’on peut s’opposer à un régime qu’on estime odieux – c’est le sentiment de la société espagnole à l’égard du régime iranien – et être à la fois opposé à une intervention militaire injustifiée, dangereuse et en dehors du droit international”, a déclaré le Premier ministre Pedro Sanchez. Le chef du gouvernement n’incrimine ainsi pas l’Iran seul d’avoir réagi militairement à l’assassinat de son chef d’État, mais invite tous les acteurs du conflit à “choisir une solution négociée au lieu de la dévastation par les armes. Nous appelons à la désescalade immédiate, au plein respect du droit international et à la reprise du dialogue.”
Afrique
L’Afrique n’est pas directement concernée ni touchée par la violence qui s’exprime sur son flanc est, mais regarde avec inquiétude l’évolution de la situation au Moyen-orient. La CEDEAO a ainsi exprimé sa “préoccupation face à l’intensification des hostilités dans le Golfe”. Elle craint en effet qu’un conflit généralisé ne menace les ressources énergétiques mondiales, entraînant une flambée des prix de l’énergie, dont les impacts se ressentiraient “sur les économies ouest-africaines déjà fragilisées par l’inflation, la dépendance aux importations de produits raffinés” ainsi que sur “la sécurité alimentaire”.
Le président de l’Union africaine Mahmoud Ali Youssouf s’inscrit lui aussi dans ce discours, déclarant “que la nouvelle escalade menace d’aggraver l’instabilité mondiale, avec de graves conséquences pour les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique”. Il a néanmoins pris le parti de condamner “fermement les attaques de la République islamique d’Iran” contre les États du Golfe sans mentionner l’attaque préalable israélo-américaine.
Russie
Dans le monde, l’un des alliés principaux de l’Iran est la Russie. Son président, Vladimir Poutine, a qualifié l’opération ‘Epic Fury’ – son nom au Pentagone – de “violation cynique de la morale et du droit international”. Néanmoins, et malgré le soutien constant de Téhéran à l’effort de guerre russe en Ukraine via la fourniture de ses drones Shahed 136, aucune réaction d’ordre défensif n’est à signaler en provenance de la Russie en Iran. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a assuré que “la Russie reste attachée à un règlement politique et diplomatique du conflit”, et que Vladimir Poutine s’entretiendra ce lundi par téléphone “avec des responsables internationaux au sujet de la situation autour de l’Iran”.
AIEA
Côté nucléaire, qui était au centre des négociations menées dans la duplicité par Washington avec la République islamique d’Iran, le chef de l’agence des Nations Unies pour l’énergie nucléaire (AIEA) Rafael Grossi s’est montré inquiet de l’évolution de la situation et les risques d’escalade lors d’une réunion consacrée à l’Iran à Vienne. Il assure ne pas avoir d’indication quant à la possibilité que des installations nucléaires iraniennes aient été ciblées, touchées ou endommagées. Il a affirmé essayer d’entrer en contact avec les autorités de régulation nucléaire iraniennes, “sans réponse à ce stade”.
