Rabat : en 2026, le MMVI mise sur une programmation 100% marocaine

En 2026, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain fait le choix d’une programmation exclusivement consacrée aux artistes marocains. Rétrospectives et rendez-vous pluridisciplinaires rythmeront une année placée sous le signe de la création nationale. Tour d’horizon d’une saison inaugurale pour la nouvelle direction du musée.

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Le Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain à Rabat. Crédit: DR

Nommée à la tête du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain en octobre dernier, succédant à Abdelaziz El Idrissi qui a dirigé l’institution depuis son inauguration en 2014, Nadia Sabri entame sa première saison de programmation.

Lorsque nous l’interrogions au lendemain de sa nomination sur ses ambitions pour le MMVI, la nouvelle directrice insistait sur l’importance de la médiation culturelle, rappelait que “le rayonnement international du musée dynamise la promotion des artistes locaux”, soulignant leur centralité dans les catalogues et collections du MMVI. La nouvelle programmation annuelle du musée vient ainsi concrétiser cette volonté, en mettant exclusivement à l’honneur des artistes marocains pour cette année 2026.

Un ramadan pluridisciplinaire

Au MMVI, l’année 2026 s’est ouverte avec une exposition de Younès Rahmoun, artiste plasticien originaire de Tétouan, qui est aujourd’hui l’un des artistes marocains les plus représentés à l’échelle internationale. Ses œuvres figurent notamment dans les collections du Musée d’art moderne de Paris et au musée Victoria & Albert à Londres.

Pour Rabat, il a conçu l’exposition “Habba – Chajara – Zahra” (Graine – Arbre – Fleur, ndlr), inaugurée le 12 février, et qui se prolongera jusqu’à la fin du mois de mars. Le musée lui a réservé la salle du rez-de-chaussée qui s’étend sur plus de 300 m2, habituellement dédiée aux grandes expositions internationales. C’est aussi la première fois que le MMVI accueille une exposition dont le format est celui d’une installation vidéo immersive, qui plonge le public dans l’univers de Younès Rahmoun. “Il y a une dimension spirituelle très forte chez cet artiste, une invitation à la méditation”, commente la directrice du musée.

Pour ce mois de ramadan, le musée s’ouvre également sur une programmation pluridisciplinaire, qui allie musique et cinéma. Le 24 février s’est ouvert un cycle de nocturnes ramadanesques, prévoyant la projection de quatre films polonais et de quelques court-métrages marocains, en partenariat avec l’ambassade de Pologne. “Une connexion s’est opérée entre Cracovie, Varsovie et des artistes marocains dans les années 1950 et 1960”, rappelle Nadia Sabri. C’est le cas des frères Mustapha et Abdelkrim Derkaoui, passés par l’école nationale de cinéma de Lodz, l’une des plus anciennes d’Europe.

Côté musique, l’auditorium du MMVI accueillera, dans la soirée du 6 mars et en partenariat avec l’Orchestre philharmonique du Maroc (OPM), un concert de musique chambre mené par le violoniste et président de l’OPM Farid Bensaïd, et le pianiste libanais Serge Moukarzel. L’événement s’inscrit dans le cadre des “Concerts de poche” de l’OPM, un format plus restreint que les traditionnels concerts de musique de chambre, qui se caractérise par sa dimension intimiste et une proximité assumée entre les musiciens et leur public.

Dans les prochains mois, le MMVI devrait également mettre en place un programme de performances d’artistes, à hauteur de quatre rendez-vous annuels. Une pratique qui se situe à la croisée des arts visuels et du spectacle vivant, pendant laquelle un artiste est invité à réaliser ses œuvres en direct devant son public. Cette ouverture progressive à une programmation pluridisciplinaire s’inscrit, selon la directrice du MMVI, “dans la tradition des grands musées du monde, qui accueillent aussi bien la musique que le cinéma dans leurs espaces”.

Melehi et Aoulad Syad à l’honneur

C’est au début du mois de mai que s’ouvrira le premier jalon de cette programmation 2026, avec une grande rétrospective dédiée à Mohammed Melehi. Pensée par le MMVI, l’exposition se prépare avec le soutien et l’accompagnement des ayants-droit de l’artiste décédé en octobre 2020. Né à Assilah en 1936, Melehi a construit une œuvre traversée par des territoires qui l’ont probablement nourri — il a vécu en Espagne, en Italie, en France et aux Etats-Unis. Ses œuvres sont, le plus souvent, reconnaissables à un langage plastique singulier, fondé sur une palette vibrante où la figure géométrique de la vague est centrale.

“Une grande partie des œuvres qui seront exposées dans cette rétrospective sont proposées par la fratrie Melehi, et correspondent à la collection de l’artiste de son vivant”, indique Nadia Sabri, qui assure le commissariat de cette exposition, appuyée par un comité scientifique qui se compose notamment de Toni Maraini, historienne de l’art qui fut l’épouse de l’artiste. Jusqu’à la fin du mois d’août, la rétrospective donnera également à voir des collections de photos personnelles de l’artiste, ainsi que des dessins et carnets qui constituent de précieuses archives. “La particularité de cette rétrospective est de donner à voir essentiellement les œuvres marocaines de Melehi. Elles proviennent de sa collection personnelle, de celles du musée, mais aussi de celles de l’OCP et d’Attijariwafa. Certaines seront présentées au public pour la première fois” relève Nadia Sabri.

Le deuxième temps fort s’ouvrira en octobre, avec une deuxième rétrospective, cette fois-ci réalisée du vivant de l’artiste. Daoud Aoulad-Syad, né en 1953 à Marrakech, est cinéaste et photographe. Frappé par les travaux du photographe français Henri Cartier-Bresson, dont il découvre l’œuvre lors de ses années en France, Aoulad-Syad s’est notamment passionné pour les scènes du quotidien, les visages populaires et les artistes de rue. Après une année intégralement marocaine, des expositions d’artistes internationaux sont prévues pour 2027.

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