Iran, Ukraine... Comment l’intelligence artificielle remodèle les guerres du 21e siècle

Drones autonomes, ciblage automatisé, décisions accélérées… 
la guerre moderne change de vitesse, diversifie ses armes. Au-delà des outils, ce sont aussi les doctrines qui évoluent. Briefing.

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Image d'illustration d'un dispositif d'arme opérée par IA (Photo d'illustration générée par IA)

La berline roule à vive allure dans les rues d’Absard, à l’est de Téhéran. Escorte blindée, dispositif serré. Soudain, une rafale transperce le pare-brise. En moins d’une minute, tout est terminé. Aucun sniper identifié. Aucun drone visible. Puis le véhicule piégé explose.

La scène est racontée par la chercheuse Laure de Roucy-Rochegonde dans La guerre à l’ère de l’intelligence artificielle: il s’agit de l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh, chef scientifique du programme nucléaire iranien, le 27 novembre 2020.

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L’opération n’a duré qu’une minute. Quinze balles. Selon plusieurs sources concordantes, elle aurait impliqué (cela n’a jamais été officiellement confirmé) une mitrailleuse téléopérée, truffée de capteurs et assistée par un système de reconnaissance faciale piloté par IA. Une première : la démonstration documentée d’un usage combiné de robotique et d’algorithmes d’identification sur le terrain.

L’Ukraine, le catalyseur

L’invasion de l’Ukraine a servi d’accélérateur : drones autonomes, traitement massif d’images satellites, ciblage assisté par IA…

Aux États-Unis, des groupes comme Lockheed Martin multiplient les programmes intégrant l’IA dans la surveillance, la maintenance prédictive ou la planification opérationnelle. En Europe, Thales développe des systèmes d’analyse embarquée et des systèmes d’aide à la décision.

Les géants technologiques ne sont plus en retrait. En février 2025, Google a revu ses règles sur l’usage militaire de ses technologies, supprimant une clause qui interdisait explicitement le développement de technologies destinées à blesser.

Dans leur sillage, de nouveaux acteurs se sont imposés : aux États-Unis, Anduril Industries, devenue, en quelques années, une référence des systèmes autonomes de surveillance et de défense. En Allemagne, Helsing revendique la conception de “nouveaux types de systèmes autonomes”, connectant les matériels existants à un réseau optimisé par l’IA.

Pékin, de son côté, a formalisé une doctrine officielle d' »intelligentisation » de son armée, visant une parité technologique avec les États-Unis d’ici 2049.

La porosité entre civil et militaire y est assumée : en 2025, le constructeur public Norinco a présenté un véhicule de combat autonome équipé de l’IA DeepSeek, tandis que des universités de défense l’utilisent pour perfectionner le ciblage de drones.

Selon Alain Filipowicz, ancien ingénieur de l’armement et chercheur associé à l’IRIS, l’IA militaire se déploie aujourd’hui selon trois axes principaux.

D’abord, l’IA des capteurs : elle transforme des flux bruts en informations exploitables. Ensuite, l’IA générative, déjà omniprésente : rédaction automatisée de comptes rendus, synthèse d’analyses, préparation de briefings.

Enfin, la plus sensible : l’aide à la décision stratégique. Elle agrège des données multiples (terrain, logistique, comportements adverses) pour proposer des scénarios et anticiper les actions ennemies. Objectif affiché : raccourcir les boucles décisionnelles. En clair : décider plus vite que l’adversaire.

Applications concrètes

Sur le terrain comme dans les salles d’état-major, l’IA est désormais dans chaque maillon de la chaîne opérationnelle. Pour la formation des pilotes, des algorithmes scrutent en temps réel les données de vol afin de détecter les signes précurseurs de difficulté (système IA FPN).

En 2025, le constructeur public chinois Norinco a présenté un véhicule de combat autonome équipé de l’IA DeepSeekCrédit: DR

Dans le domaine du renseignement, la machine croise images satellites et flux textuels pour présélectionner automatiquement les cibles d’intérêt. Présenté à EuroSatory 2024, le système DeMAIA est un véritable copilote visuel. Il détecte hommes et matériels jusqu’à 3km de distance, camouflage compris, et les signale par un encadré rouge.

La liste des applications s’allonge : optimisation des trajectoires en zone hostile, détection d’intrusions cyber, identification de deepfakes ciblant les forces armées… Des outils qui réduisent le temps de décision tout en limitant l’exposition humaine au risque.

Précision accrue… ou illusion de contrôle ?

Les promoteurs de ces technologies mettent en avant une meilleure discrimination entre combattants et non-combattants. Mais la réalité invite à la prudence. Le système israélien « Lavender », utilisé pour identifier des combattants du Hamas, aurait ainsi affiché une marge d’erreur estimée à 10 %, soit, concrètement, une cible civile sur dix combattants.

La question n’est donc pas que technologique. Elle est avant tout doctrinale. D’un côté, une IA de défense, comme celle que l’armée française affirme cantonner à la protection des soldats et à la compréhension du terrain. De l’autre, les Systèmes d’Armes Autonomes (SAA) qui, comme leur nom l’indique, peuvent ouvrir le feu sans qu’aucun humain n’ait donné l’ordre final.

Et c’est justement cette frontière qui inquiète. Des voix s’élèvent à travers le monde pour réclamer un traité international interdisant formellement les SAA. Mais le pourraient-elles vraiment  ?

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