Niger : Après l'attaque de l'aéroport de Niamey, L'Etat islamique passe à l'offensive sur le narratif

Dans un communiqué publié jeudi 5 février, l'Etat islamique (EI) a publié racontant sa version de l'attaque de l'aéroport de Niamey. Il s'oppose frontalement au récit des autorités nigériennes.

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Images de l'attaque de l'EI sur l'aéroport de Niamey. Crédit: DR

Entre Niamey et ses ennemis islamistes, la guerre des récits continue. “Une fois de plus, l’État islamique a stupéfié le monde par son attaque audacieuse sur l’aéroport de la capitale Niamey, le cœur de la force aérienne de l’armée du Niger et le siège du commandement unifié des armées du Sahel”, se gargarise la chaîne de communication de l’EI ce 5 février. Car le 28 janvier, la branche armée du groupe au Sahel – probablement en collaboration avec sa branche d’Afrique de l’Ouest – a mené une attaque destructrice dans la capitale du Niger. Depuis, les récits s’affrontent. Le commandement nigérien, appuyé par ses alliés de l’Alliance des États du Sahel, minimise les faits et parle même parfois de “victoire” contre les forces islamiques qu’il combat.

À Niamey, le récit autour de l’attaque islamique est un sujet sensible. Le directeur de publication de L’Alternance Youssouf Sissoko a été incarcéré par la junte pour diffusion de fausses informations, atteinte à la réputation de l’État et insulte à l’égard d’un chef d’État étranger. “Soit ses services de renseignement sont d’une incompétence abyssale, soit il ment délibérément”, et il fait du Niger “un laboratoire pour une expérimentation politique toxique (en référence aux liens avec la Russie, ndlr)” a-t-il écrit.

Divergences

La nuit du 28 au 29 janvier, les assaillants affirment avoir fait voler un drone de reconnaissance pour identifier un point faible dans le dispositif de défense de l’aéroport. Ce faisant, l’EI a sélectionné “une porte négligée située à l’est de l’aéroport” qu’il a considéré être une “faille et un point d’assaut permettant l’effet de surprise”. Entrés à moto grâce à un combattant léger ayant ouvert la porte, les hommes ont “détruit et incendié tout ce que leurs mains pouvaient atteindre à l’intérieur de la base militaire, responsable d’avoir versé le sang des musulmans du Sahel.

Première contradiction : le président et général Abdourahamane Tiani affirmait que grâce à la “prompte réaction” des forces nigériennes appuyées par l’Africa Corps russe (ex-Wagner) et une frappe de drone, les terroristes ont été délogés en l’espace de 20 minutes. Côté dégâts matériels, outre des avions de compagnies civiles, le ministère nigérien de la Défense évoquait seulement “un stock de munitions qui a pris feu”. L’assaillant propose une toute autre version des faits. “En prenant d’assaut l’aéroport à bord de leurs motos et en y restant pendant deux heures et demie, les soldats du califat ont, durant ce laps de temps, détruit le quartier général du commandement aérien, sept avions militaires et un avion civil ; ils ont également détruit et incendié les logements des soldats ainsi qu’un grand nombre de véhicules, d’engins et de salles militaires à l’intérieur de la base”, décrit le communiqué de l’EI.

Tableau de chasse revendiqué par l’EI dans l’aéroport de Niamey.Crédit: DR

Dans son récit, le groupe terroriste assure avoir procédé à l’incendie des appareils militaires nigériens “sans être exposés à un seul tir de la part des soldats ennemis, contrairement à ce que diffuse leur média officiel”. C’est ce que confirme le visionnage de la vidéo publiée par le même EI au lendemain de l’attaque. Elle montre des “combattant circulant tranquillement sur la piste et prenant leur temps pour détruire et endommager” du matériel, assure Rida Lyammouri, senior fellow au Policy Center for the New South (PCNS).

D’autre part, le bilan humain proposé par Niamey est de 20 assaillants neutralisés et 11 capturés. L’Etat islamique évoque quant à lui sept “martyrs” : cinq tués lors des frappes de drone et deux à la suite d’une panne de moto lors de leur retraite. Pour l’EI, les personnes montrées dans les vidéos publiées par les autorités nigériennes ne sont rien de plus que “des civils de la région”, et “le communiqué de l’armée nigérienne est rempli de mensonges”.

Enfin, alors que le président Tiani accusait la Côte d’Ivoire, la France et le Bénin d’avoir “sponsorisé” l’attaque, notamment du fait de la présence dans les entrepôts de l’aéroport de 1.000 tonnes de ‘yellow cake’ (uranium non transformé, ndlr) dont le groupe français Orano revendique la propriété. “Théorie du complot”, accuse l’EI, qui affirme que son opération était planifiée depuis de longues semaines, sans lien avec la présence d’uranium.

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