En darija, Trent-sis est le nom par lequel on désigne le pavillon psychiatrique de l’hôpital Ibn Rochd à Casablanca. Par extrapolation, c’est également devenu l’un des noms par lesquels on désigne les fous. Et c’est aussi le titre d’un livre de Malika Moustadraf, morte en 2006 à seulement 37 ans, traduit pour la première fois vers le français et publié aux éditions Cambourakis.

Son œuvre n’est pas foisonnante : on sait qu’elle se compose de ce recueil de courtes fictions, ainsi que d’un unique roman auto-publié en 1999, Blessures de l’âme et du corps. Si elle a été connue des milieux militants des années 1990, et même soutenue par ceux-là, le nom de Malika Moustadraf n’est pas vraiment parvenu à la postérité. Plus aucune édition marocaine de ses textes n’existe.
On lui a reproché leur dimension autobiographique — qu’elle a d’ailleurs toujours réfutée —, ainsi que sa langue jugée trop crue, comme si Le pain nu de Mohamed Choukri n’avait pas été acclamé. Parce qu’elle est indiscutablement féministe, témoin d’une époque où le paysage littéraire marocain était encore largement dominé par les hommes, on gagnerait beaucoup à la lire.
