[Tribune] La relégitimation au prix d'un leader symboliquement décapité

Par Hicham Berjaoui

Les partis politiques, relais inévitable de la démocratie représentative, aspirent, d'une façon ininterrompue, à revitaliser leur légitimité, en particulier à l'aune des échéances électorales. Le plus souvent, le processus de relégitimation s'effectue par la décapitation symbolique des dirigeants atteints de l'imparable impopularité résultant, progressivement, du caractère foncièrement arbitral de la gestion des affaires publiques.

Les partis politiques, relais inévitable de la démocratie représentative, aspirent, d’une façon ininterrompue, à revitaliser leur légitimité, en particulier à l’aune des échéances électorales. Le plus souvent, le processus de relégitimation s’effectue par la décapitation symbolique des dirigeants atteints de l’imparable impopularité résultant, progressivement, du caractère foncièrement arbitral de la gestion des affaires publiques.

La gestion des affaires publiques obéit à la loi des arbitrages arrivés à terme. Gouverner, c’est arbitrer, et arbitrer, c’est créer les partisans des choix arbitraires, ou arbitrés par les contraintes de repositionnement, et tout naturellement, leurs contradicteurs.  En d’autres termes, l’approche des élections déclenche une dense mobilisation pour empêcher le transfert de l’impopularité du décideur vers l’organisation.

C’est, justement, dans ce contexte épineux de relégitimation que s’inscrit le retrait de M. Akhannouch de la scène politique préélectorale.

Par cette mesure déconcertante à première vue, le parti de la Colombe entend affirmer son engagement en faveur du renouvellement de son élite dirigeante.

La décapitation immatérielle d’un dirigeant, présenté il y a à peine quelques jours comme un acteur incontournable, constitue un message par lequel le RNI essaie de démontrer son adhésion aux principes de démocratie interne, assurant à ses cadres des opportunités authentiques d’évolution.

La décision inopinée de M. Akhannouch permettrait de faire éviter, ne serait-ce qu’en partie, à sa formation politique les répercussions des aspects moroses et peu populaires des politiques et des discours que le tempérament populaire général rattache directement à la personne du chef du gouvernement.

Il importe de rappeler que la préparation des élections législatives de 2026 évolue sous l’époustouflant effet d’un climat favorisant le renouvellement des sérails partisans.

Le RNI, à l’instar des autres partis constitutifs de la majorité, ne peut qu’exciper de cette prédisposition au changement, quelle que soit sa portée, pour redorer son blason.

Les discours royaux, les expressions contestataires et les engagements découlant de la politique étrangère, poussent les partis politiques à raviver leur crédibilité en revisitant le profilage de leurs candidats au jugement des urnes.

L’effet d’annonce est considérablement présent dans le contexte ayant circonscrit la déclaration de M. Aziz Akhannouch. D’aucuns auraient été pris de court par une décision se teintant d’un départ anticipé à la retraite politique.

Bien que les adeptes de M. Akhannouch tentent d’en atténuer l’impact, la décision de leur chef de file ne peut refléter un calcul prémédité. Bien au contraire, le timing choisi, coïncidant pratiquement avec le dernier semestre de la mandature gouvernementale, accrédite l’hypothèse d’une retraite arbitrée par l’écosystème, tant externe qu’interne, du parti fondé en 1978 par Ahmed Osman, beau-frère et ancien Premier ministre de feu Hassan II.

En tout état de cause, le paysage politique marocain se singularise par une sorte d’irréfragable stabilité, consubstantielle à la stabilité marquant le système politique dans sa globalité.

Bien que susceptible de perturber les logiques de carrière au sein de son organisation, le départ d’un dirigeant partisan demeure un événement passager et éphémère. Altéré par l’usure du temps, il finit par se transformer en fait divers.

Au demeurant, l’annonce de M. Akhennouch peut ralentir ou réorienter la cadence du travail du gouvernement étant donné que ce dernier est désormais dirigé par un chef s’étant solennellement retiré de la course électorale.

Par conséquent, le facteur électoral va devenir de plus en plus omniprésent dans les actes, les décisions et les programmes qui seront déroulés par les ministres dans les quelques mois restants de leur mandat.