A Casablanca, Lamia, Thanya, Océane et Fadhila assistent à une CAN en pleine effervescence. Elles ont posé leurs valises au Maroc quelques jours avant le 20 décembre, date à laquelle leur exposition, “Le football, langage universel”, s’est ouverte à la Galerie de l’Institut français de Rabat. Celle-ci s’inscrit dans le cadre du projet Heartbeat of Africa (HOA), que les quatre jeunes femmes ont lancé, avec une première édition marocaine.
Dans l’esprit, il s’agit de proposer une plateforme culturelle qui “met en lumière les talents, les savoir-faire et les initiatives qui participent activement à la construction d’une Afrique forte, unie et tournée vers l’avenir”. Une initiative dans laquelle sport et culture se croisent constamment.
Une expo panafricaine
Pour les quatre initiatrices de ce projet, l’engagement panafricain qui sous-tend Heartbeat of Africa a été puisé dans chacune de leurs trajectoires personnelles. Thanya Ockot, d’origine congolaise, se souvient de son enfance en France, entourée de communautés africaines variées. “J’ai vécu un panafricanisme au quotidien. Nous avons souhaité créer un projet qui bâtit des ponts entre les communautés africaines”, retrace-t-elle. Avec Lamia Kleich (franco-marocaine), Océane Voltat (Guyane) et Fadhila Chikh (franco-algérienne), elles ont souhaité imaginer un projet qui fédère les communautés africaines autour de la création culturelle.
“La CAN, c’est le moment d’expression panafricaine par excellence”
Le momentum tout particulier qu’offre la CAN leur est apparu comme une évidence : “La CAN, c’est le moment d’expression panafricaine par excellence” affirme Océane Voltat. Thanya Ockot confirme : “C’est un moment dans lequel nous faisons, toutes et tous, afrofusion. Des ressortissants de différents pays africains se rencontrent et s’unissent, là où ils n’auraient peut-être jamais eu l’occasion de le faire”.
Cette première édition de Heartbeat of Africa se déploie principalement autour d’une exposition intitulée “Le football comme langage universel”, réunissant 22 artistes photographes issus du continent africain et de ses diasporas, qu’ils soient amateurs ou confirmés. Côté Maroc, on y retrouve notamment les clichés de Jinane Ennasri (maroco-américaine) et de Alone Shark (italo-marocain). Actuellement présentée à la Galerie de l’Institut français de Rabat, l’exposition est le résultat d’un appel à contribution qui a été lancé par les organisatrices.

“La thématique nous a semblé assez évidente. Quand on pense football, on pense lien. A l’image de tout ce que nous voyons tout au long de la CAN à l’échelle du continent, le foot réunit” explique Océane Voltat. Alors que les organisatrices envisagent la création d’un parcours itinérant pour ces 22 photographies, la programmation de cette première édition prévoit également des journées caritatives, l’organisation de cycles de conférence en partenariat avec l’ESSEC Maroc, ainsi qu’une soirée Afrofusion, dont une première édition avait déjà eu lieu pendant la CAN précédente en Côte d’Ivoire, et qui se veut un moment de rencontres entre artistes et acteurs culturels africains.
Au-delà des stades
“Le Maroc illustre très bien comment le football est un levier de développement économique, touristique et culturel”
“Le Maroc illustre très bien comment le football est un levier de développement économique, touristique et culturel” observe Thanya Ockot. Pour les organisatrices de Heartbeat of Africa, c’est surtout ce dernier point qui relève d’une attention particulière : “Il y a un immense élan de créativité qui surgit du croisement entre sport et culture”, poursuit-elle. Qu’il s’agisse des hymnes officiels qui réunissent de nombreux artistes, de morceaux comme “Coup du Marteau” en Côte d’Ivoire qui font danser tout un pays et au-delà, ou de la créativité dont font preuve les supporters tout au long de la compétition, la CAN est effectivement, aussi, un grand moment de culture.
Les exemples abondent en ce sens : au lendemain de la cérémonie d’ouverture de la compétition, le producteur marocain RedOne a sorti un album dédié à cette édition marocaine de la CAN, “A.W.A.M”, réunissant près d’une trentaine d’artistes internationaux, dont des vedettes marocaines comme Salma Rachid, Dizzy Dros, Manal… Les fanzones officielles de la compétition multiplient les line-up, invitant des artistes nationaux à se produire après la diffusion des matchs. Le patrimoine culturel du pays hôte est mis l’honneur, les photographes artistiques immortalisent de précieux moments dans les rues comme dans les gradins des stades.
Côté design, les créateurs de contenu revisitent à merveille les maillots officiels des sélections nationales. Globalement, Thanya Ockot explique ainsi cet engouement artistique : “Ce qui revient beaucoup, quand on parle de CAN, c’est la fierté et le capital fierté des supporters. C’est aussi sur cette fierté que se fonde notre projet. Quel que soit le pays ou la diaspora, tout le monde sort les maillots. C’est les mêmes émotions, les mêmes joies et les mêmes surprises qui reviennent. Et donc, la CAN se transforme en un grand moment de créativité de tout bord”.
