CAN 2025 : Maroc–Tanzanie, une courte victoire et puis s’en va

Sans briller, sans rassurer, mais en avançant. Face à une Tanzanie joueuse et sans complexe, le Maroc a dû puiser dans ses nerfs pour arracher une qualification en quarts de finale (1-0). Une victoire précieuse, sans Ounahi blessé, un jeu longtemps grippé, et un éclair salvateur signé Brahim Diaz. Le succès est là, mais le doute aussi à l’approche des grands chocs.

Par

Rachid Tniouni/TelQuel

Les yeux étaient braqués sur la qualification pour les quarts de finale de notre CAN. Un rendez-vous censé rassurer, confirmer, faire basculer les Lions de l’Atlas vers les matchs qui comptent vraiment. Il n’en sera rien, ou presque. Car face à la Tanzanie, ce dimanche soir au Complexe Moulay Abdellah, la victoire marocaine (1-0) a surtout laissé un goût étrange : celui d’un succès nécessaire, mais fragile, arraché dans la douleur et sous une tension palpable.

Mi-temps sous tension

La soirée a basculé avant même de commencer. Azzedine Ounahi, maître à jouer des Lions, se blesse à l’entraînement la veille du match. Fin de CAN pour le numéro 8 : le Mountakhab doit faire sans lui. Le regard vide, capuche sur la tête, assis sur une glacière, il observe ses coéquipiers tenter de le rassurer. La scène est forte, presque prémonitoire. Comme si tout le monde avait compris, à cet instant précis, que l’absence du métronome allait peser bien plus lourd que prévu.

@telquelofficielCoup dur pour les Lions de l’Atlas au coup d’envoi du huitième de finale face à la Tanzanie. Blessé depuis la veille, Azzedine Ounahi a été contraint de déclarer forfait et est arrivé en béquilles au stade.♬ son original – telquel

Walid Regragui tente pourtant de rester fidèle à son plan. Même schéma, même intention, avec en prime le retour du capitaine Achraf Hakimi, enfin remis. Mais très vite, le jeu se grippe. Eliesse Ben Seghir n’est pas encore là, Ounahi non plus, et Bilal El Khannouss, chargé de reprendre le flambeau, peine à exister. Souvent caché entre les lignes, rarement disponible, il ne parvient ni à fluidifier le jeu ni à soulager un milieu étouffé.

À la récupération, le Maroc est lent. Trop. Le contre-pressing est inexistant, et la Tanzanie, sans complexe, joue sa chance à fond. Les Lions se font même peur dès l’entame, sur des transitions rapides qui surprennent une défense pas toujours sereine. Le danger est réel, l’alerte donnée.

À la pause, le score est nul et vierge. Mais surtout, l’ambiance est lourde. Dans les tribunes, dans les coursives, dans les ascenseurs du stade, les visages se ferment. Le public comprend. Une autre compétition commence. Celle des matchs couperets, ceux que le Maroc n’a historiquement jamais vraiment su apprivoiser.

Un éclair de génie et merci

Au retour des vestiaires, les Lions tentent d’accélérer. Marquer vite, pour se libérer. Une tête d’Ezzalzouli, une frappe écrasée de Saibari, des intentions, mais peu de certitudes. Le stade pousse encore, puis un peu moins. Les minutes passent, les voix baissent, le stress monte. Les tentatives s’enchaînent, les percées aussi, sans que le verrou tanzanien ne cède.

La pression du match à élimination directe est là, bien réelle. Dans toute son histoire, le Maroc n’en a gagné que trois en phase finale de CAN. Deux en 2004, face à l’Algérie et au Mali. Un troisième en 2021, contre le Malawi, sous l’ère Halilhodzic. Ce genre de chiffres qui ne rassurent personne quand le match refuse de basculer.

Walid ne bouge pas encore. Pas de panique, pas de déséquilibre inutile. Et pourtant, c’est la Tanzanie qui nous fait bondir. Sur un tir mal repoussé par Bono, la reprise adverse fuit le cadre. Le stade retient son souffle. Puis respire. Un avertissement de plus.

Et enfin, le déclic. À la 64e minute, Brahim Diaz surgit. Encore lui. Action individuelle, éclair de lucidité dans un match brouillon. Il renverse la tendance, libère tout un peuple, et célèbre son but au corner avec le maillot d’Ounahi. Un hommage fort, presque symbolique, à celui qui manque tant au cœur du jeu marocain.

La suite est tendue. Les minutes s’étirent, les nerfs aussi. Les changements tardent, puis arrivent. En-Nesyri, Anass Salah-Eddine et Eliesse Ben Seghir entrent en jeu. La Tanzanie, elle, tente le tout pour le tout. Action, réaction. Mais le Maroc gère, sans jamais vraiment plier le match. Sans éclat, sans folie. Juste avec ce qu’il faut de maîtrise pour ne pas tout perdre.

Le coup de sifflet final libère plus qu’il ne rassure. Victoire 1-0. Qualification assurée. Mais une qualification qui a fait douter, longtemps.

“Ça a été un match difficile. On n’a pas été à notre niveau aujourd’hui, surtout en première période. On a perdu 45 minutes, avec beaucoup de déchet technique et de stress. On aurait pu se faire surprendre”, reconnaissait lucidement Regragui après la rencontre. Avant de conclure : “On a marqué au meilleur des moments.”

Le Maroc avance. Mais sans certitude. Et dans cette CAN à domicile, les huitièmes font souvent office d’avertissement.

à lire aussi