Pourquoi Israël est devenu le premier pays à reconnaître le Somaliland

Israël est devenu le premier État à reconnaître le Somaliland, 35 ans après sa déclaration d'indépendance. Entre recomposition stratégique et nettoyage ethnique, voici ce qu'implique ce dernier coup géopolitique de 2025.

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, en 2017. Crédit: AFP PHOTO / POOL / RONEN ZVULUN

A quoi Israël joue-t-il dans la corne de l’Afrique ? Alors qu’à Gaza, le cessez-le-feu imposé par les États-Unis s’enlise et continue de faire des victimes parmi les Palestiniens, Tel Aviv s’est fait remarquer sur la scène internationale en brisant un tabou international : le 26 décembre, il est devenu le premier pays à reconnaître l’État du Somaliland.

Territoire pris entre Djibouti à l’ouest, l’Éthiopie au sud et la Somalie à l’est, il est officiellement une région constitutive de la République fédérale de Somalie depuis l’indépendance du pays en juillet 1960. Mais en mai 1991, suite à une guerre civile entre différentes ethnies somaliennes, le Somaliland s’auto-proclame souverain. Depuis, s’est développé à Hargeisa, sa capitale, un État de facto avec tous les attributs régaliens d’un pouvoir moderne : un territoire, une armée, une monnaie battue souverainement, mais aussi un gouvernement et un drapeau (voir encadré ci-dessous).

Petite histoire du Somaliland

Les frontières revendiquées aujourd’hui par Hargeisa remontent à la colonisation britannique du territoire en 1888. Londres donne à cet espace — qu’il occupe pour gêner l’accès à la France au détroit stratégique de Bab el-Mandeb —, le nom de Somaliland. L’ethnie majoritaire qui le peuple est appelée Isaaq. Le 26 juin 1960, le Somaliland déclare son indépendance et est instantanément reconnu par une trentaine de pays. Mais quelques jours plus tard, le 1er juillet, la Somalie déclare sa propre indépendance après la colonisation italienne, dans des frontières qui englobent le Somaliland. C’est ce projet de “Grande Somalie” qui va l’emporter, à l’international aussi bien que parmi les populations du Somaliland.

Une trentaine d’années plus tard, le 18 mai 1991, après des années de guerre civile particulièrement meurtrières pour l’ethnie des Isaaqs – certains parlent de génocide – le Somaliland déclare à nouveau son indépendance, cette fois-ci de la Somalie, et constitue un État de facto aux portes du détroit de Bab el-Mandeb. Depuis, il se distingue par une démocratie fonctionnelle et un État stable dans une région en proie aux conflits récurrents tant les intérêts y sont importants. Jamais reconnu, ce territoire de 6 millions d’habitants dispose pourtant d’une valeur géostratégique dont Israël semble vouloir tirer partie.

Malgré ses attributs régaliens, le Somaliland n’a pas encore la permission de la communauté internationale pour exister en son sein. Depuis 1991, Hargeisa n’a su convaincre aucun pays de lui accorder le sésame d’une reconnaissance diplomatique. Le territoire a suscité des intérêts de la part de voisins comme le Kenya ou Djibouti. Il a même été proche d’une reconnaissance par l’Ethiopie en 2024 avant le rétropédalage d’Addis Abeba en faveur de la Somalie.

Cette rétractation éthiopienne pouvait laisser penser à un recul définitif sur le dossier somalilandais, d’autant qu’un vote le 1er septembre 2025 avait consacré une sécession dans la sécession : les électeurs de l’est du Somaliland ont décidé de faire partie du nouvel État fédéral du Nord-Est de la République de Somalie plutôt que de demeurer sous l’autorité d’Hargeisa. Et pourtant donc, à la dernière minute, 2025 sera le signe d’une grande victoire de l’État sécessionniste.

L’évènement n’est pas à une contradiction près, mais la principale est que le Somaliland, pays majoritairement sunnite et appliquant partiellement la charia, a été le théâtre ces derniers jours de scènes de liesses :  drapeaux israéliens brandis et étoiles de David affichées un peu partout dans la capitale.

Pourquoi Israël ?

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