Nouvelle salve dans l’affaire Pharmaprom. Ce 26 novembre, le député PJD Abdellah Bouanou a tenu une conférence de presse entièrement consacrée au cas du ministre de l’Éducation nationale Mohamed Saad Berrada et de ses liens avec l’entreprise pharmaceutique. Le parlementaire maintient que le ministre n’a pas soumis sa démission au registre du commerce de Casablanca — contrairement à ce qu’indiquent les documents que nous avons pu consulter et les déclarations de sources proches du dossier, qui attestent d’un dépôt légal effectué le 11 novembre 2024 au greffe du tribunal de commerce sous le numéro 942473.
Mais Bouanou va désormais plus loin. Au-delà des considérations administratives et des appels d’offres décrochés par Pharmaprom depuis l’arrivée de Berrada au gouvernement, l’élu de l’opposition avance une accusation nouvelle : le ministre aurait continué à participer à des conseils d’administration de l’entreprise après sa nomination au sein de l’Exécutif. À l’appui de ses dires, Bouanou affirme détenir deux procès-verbaux du conseil d’administration de Pharmaprom. L’un attestant de la présence de Mohamed Saad Berrada à une réunion. L’autre « l’excusant de son absence ».
Si ces documents existent et sont authentiques, ils changeraient la nature du dossier. On ne parlerait plus d’un problème de forme ou de communication — mais d’une participation active à la gestion d’une entreprise privée à but lucratif, en violation de l’article 33 de la loi organique relative à l’organisation du gouvernement. Pour l’heure, le ministre de l’Éducation nationale n’a pas réagi à ces nouvelles accusations.
Ce que l’on sait
L’affaire remonte à plusieurs semaines. Abdellah Bouanou avait établi un lien entre la nomination de Berrada au gouvernement Akhannouch II, en octobre 2024, et l’explosion des marchés publics remportés par Pharmaprom — une société pharmaceutique dont le ministre est actionnaire via BIP Partners, aux côtés du patron de TGCC Mohamed Bouzoubaâ.
Dans l’année qui a suivi la nomination du ministre, Pharmaprom a décroché près d’une dizaine d’appels d’offres publics auprès du ministère de la Santé et des CHU. Le ministre assure avoir démissionné de ses fonctions d’administrateur et de PDG le jour même de sa nomination, le 23 octobre 2024. TelQuel a pu consulter les documents relatifs à cette décision.
La question qui reste en suspens
Les accusations de Bouanou portent sur une période postérieure à cette démission formelle. Si le ministre a effectivement continué à siéger — ou même à être « excusé » — lors de conseils d’administration après le 1er novembre 2024, cela signifierait qu’il a maintenu un rôle actif dans la gouvernance de l’entreprise malgré sa démission officielle.
Le député du PJD n’a pas rendu publics les documents qu’il dit détenir. Il n’a pas non plus précisé les dates des conseils d’administration concernés.
En l’absence de réaction du ministre et de publication des pièces évoquées par Bouanou, le doute persiste. Ce qui était une affaire de communication maladroite pourrait se transformer en scandale politique — ou s’éteindre faute de preuves. Le ministre de l’Education nationale ne s’est toujours pas exprimé sur le sujet.
