Le WeXchange Forum 2025, a été organisé le 21 octobre à Casablanca par la Fondation Abdelkader Bensalah, sur le thème : «Rôle économique du tiers secteur : révéler la force cachée» Crédit: DR

Le tiers secteur, cette force économique encore trop discrète

Au Maroc comme ailleurs, le tiers secteur s’impose comme une force économique encore méconnue. Au WeXchange Forum 2025, la Fondation Abdelkader Bensalah a réuni experts et décideurs pour repenser son rôle dans la création de valeur, l’innovation sociale et la compétitivité nationale.

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Le monde change, les défis sociaux grandissent, les inégalités persistent et une question s’impose : qui peut créer de la valeur tout en restant fidèle à la solidarité ?» C’est par ces mots qu’a été lancé le WeXchange Forum 2025, organisé le 21 octobre à Casablanca par la Fondation Abdelkader Bensalah, sur le thème : «Rôle économique du tiers secteur : révéler la force cachée».

Le tiers secteur s’affirme désormais comme une force économique à part entière. Au Maroc, il représente près de 2 % du PIB et compte 187.000 associations et 60.000 coopératives

Longtemps perçu comme un acteur caritatif ou de réparation sociale, le tiers secteur, qui regroupe associations, coopératives, mutuelles et fondations, s’affirme désormais comme une force économique à part entière. Au Maroc, il représente près de 2 % du PIB et compte 187.000 associations et 60.000 coopératives, dont 8000 féminines. Pourtant, seules 2500 structures déclarent des salariés à la CNSS : un indicateur du potentiel encore sous-exploité d’un secteur qui conjugue impact social et performance économique.

«Ce thème exprime une conviction profonde : le tiers secteur, au-delà de son rôle social, est une force économique et innovante indispensable à la vitalité de notre pays», a affirmé Kenza Bensalah, administratrice de la Fondation à l’ouverture du forum. Durant une journée rythmée par panels, masterclass, exposition et cercles de discussions, chercheurs, décideurs publics et acteurs de terrain ont débattu d’un enjeu majeur : comment faire du tiers secteur un levier de compétitivité nationale et de transformation durable ?

Un pilier du NMD

Inscrit dans le Nouveau Modèle de Développement (NMD) comme «troisième pilier» aux côtés de l’État et du secteur privé, le tiers secteur est appelé à jouer un rôle central dans la refonte économique du pays. Le NMD en fait un vecteur d’emploi local, de cohésion sociale et d’innovation citoyenne, capable de relier croissance économique et justice sociale. Cette vision s’inscrit dans une tendance mondiale.

Dans les pays de l’OCDE, l’économie sociale et solidaire (ESS) représente en moyenne 6 à 8 % de l’emploi total, soit plus de 11 millions de travailleurs en Europe et près de 900 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé

Dans les pays de l’OCDE, l’économie sociale et solidaire (ESS) représente en moyenne 6 à 8 % de l’emploi total, soit plus de 11 millions de travailleurs en Europe et près de 900 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé. Ce secteur emploie plus de 60 % de femmes et près de 40 % d’entrepreneurs sociaux sont des jeunes.

Au Maroc, ce modèle trouve une résonance particulière dans un contexte marqué par des défis structurels importants : un taux de chômage élevé chez les jeunes diplômés, des inégalités territoriales persistantes et une nécessité pressante de diversifier les sources de création d’emplois. Le tiers secteur apparaît ainsi comme une réponse pragmatique et innovante, capable d’absorber une partie de la main-d’œuvre tout en répondant à des besoins sociaux non satisfaits par le marché traditionnel.

Lors de son intervention en keynote au Forum, Lamia Kamal-Chaoui, directrice du Centre pour l’entrepreneuriat et les PME à l’OCDE, a rappelé que l’économie sociale et solidaire constitue «une force d’inclusion et d’innovation». Selon elle, «partout, elle a démontré sa capacité à créer des entreprises collectives, des emplois durables et une croissance plus inclusive». Le Maroc, a-t-elle souligné, «s’est fixé un objectif ambitieux : quadrupler la contribution de l’ESS au PIB et créer 50.000 emplois par an».

Vers un nouveau paradigme

Le premier panel du Forum, intitulé «Le tiers secteur, levier de développement économique : regards croisés pour un nouveau paradigme», a mis en lumière la nécessité de construire des passerelles entre acteurs publics, privés et associatifs.

“Notre objectif est clair : faire de l’économie sociale un pilier de la compétitivité nationale. Avec une contribution actuelle de 2 % au PIB, nous devons viser 4 % à l’horizon 2035”

Lahcen Essaadi, secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’ESS

Le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat et de l’ESS, Lahcen Essaadi, a rappelé : «Notre objectif est clair : faire de l’économie sociale un pilier de la compétitivité nationale. Avec une contribution actuelle de 2 % au PIB, nous devons viser 4 % à l’horizon 2035. Ce secteur n’est pas marginal, il constitue un moteur essentiel de création de valeur et de transformation durable».

Le secteur privé, représentée par Fatima Zahra El Khalifa, vice-présidente de la commission RSE et diversité à la CGEM a insisté sur la nécessité de concilier impact et rentabilité. «Les initiatives issues de l’économie sociale doivent être durables. C’est en créant des passerelles entre les acteurs publics et privés que nous pourrons maximiser les synergies et renforcer la contribution du tiers secteur», a-t-elle estimé.

Sur le terrain, Ahmed Benabadji, président d’Open Village, a appelé à mieux structurer le monde associatif à travers des plateformes territoriales concertées et un cadre juridique clair. De son côté, Amal Chevreau Bahij de l’OCDE a insisté sur la nécessité de mesurer l’impact réel de l’économie sociale, au-delà des chiffres, en intégrant emploi, inclusion et cohésion sociale.

L’innovation comme moteur de transformation

Le deuxième panel, consacré à l’innovation sociale, a élargi le débat à l’échelle internationale. Pour Malick Diop, président du Forum africain de l’ESS, «l’économie sociale est par essence territoriale : elle s’ancre dans les réalités locales et répond aux besoins concrets des communautés».

Même conviction pour Marie-Christine Ladouceur Girard de la Maison de l’Innovation sociale au Canada et Alexandre Lourié du Groupe S.O.S en France, qui ont plaidé pour un double maillage entre économie et social, à travers des incubateurs d’innovation et des dispositifs d’accompagnement dédiés. «Mesurer notre impact, c’est donner du sens à notre engagement. La solidarité, lorsqu’elle s’inscrit dans la durée, devient un véritable levier de création de valeur», a souligné Tarik Maâroufi, directeur général de la Fondation Abdelkader Bensalah.

Les masterclass, les cercles de discussion et l’espace d’exposition ont prolongé cette réflexion autour de thématiques concrètes : emploi de proximité, indicateurs de richesse territoriale, contribution du tiers secteur aux ODD ou encore design thinking appliqué à l’innovation sociale. Autant de pistes pour structurer et professionnaliser un écosystème encore fragmenté. Si le tiers secteur reste souvent perçu comme une composante discrète de l’économie, il a été démontré qu’il peut devenir l’un des moteurs d’un développement plus inclusif, durable et résilient.

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