10.691 mariages de mineures autorisés, des dérogations et des vies brisées

En 2024, la justice marocaine a autorisé 10 691 mariages de mineures, soit 63% des demandes enregistrées. Derrière cette statistique se cachent des fillettes déscolarisées, des familles en détresse et un système judiciaire pris entre le respect des engagements internationaux et les réalités sociales. Enquête sur une pratique que le Maroc devait éradiquer.

Par

Yassine Toumi / TelQuel

En 2024, les tribunaux marocains ont enregistré 16 985 demandes d’autorisation de mariage impliquant des personnes mineures. Parmi elles, 10 691 ont été acceptées, soit un taux d’acceptation de 63%. Un an plus tôt, en 2023, 20 192 demandes avaient été enregistrées et 12 629 autorisations délivrées (62,5%).

Sur le papier, la baisse de 17% du volume des dossiers enregistrés pourrait laisser espérer une décrue du phénomène. Or, la réalité est plus nuancée : la diminution du nombre de dossiers déposés s’accompagne d’une légère hausse du taux d’acceptation, ce qui signifie que la justice continue, dans une proportion notable, de valider les mariages de mineures. Ces données officielles, publiées par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), montrent que les magistrats restent, pour l’heure, permissifs.

Surtout, les chiffres révèlent que la quasi-totalité des demandes concerne des filles (plus de 98%), essentiellement des mineures de 16 et 17 ans. Pour celles qui sont âgées de 17 ans, le taux d’acceptation dépasse 70%, pour les 16 ans, il avoisine 53%, et pour les 15 ans, il dépasse les 13%. Ce n’est que pour les moins de 15 ans que le taux d’acceptation chute drastiquement, tombant à un niveau quasi symbolique (1,67%). Plus la personne mineure est proche de la majorité, plus la justice est encline à valider l’union.

Mais si les chiffres traduisent une certaine prudence protectrice envers les plus jeunes, ils soulignent aussi la banalisation des mariages à 16-17 ans, présentés comme exceptionnels mais qui restent courants.

“Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire avait recommandé aux magistrats de ne pas accepter les demandes de mariage des mineures de moins de 17 ans. Dans certaines régions, ces orientations ne sont clairement pas respectées”, commente l’avocate spécialisée en droit de la famille et militante associative Khadija Rouggany, interrogée par TelQuel.

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