U20 : Jeunes et (très) bons

Par Nassim El Kerf

Ils n’ont pas crié, ils ont joué, ils ont gagné. Pas de slogans, pas de grandes déclarations. Juste des buts, une défense solide, de la rigueur et un coach au visage impassible. Mohamed Ouahbi n’a pas besoin de parler fort : il fait gagner. De la Belgique il a gardé la méthode, du Maroc, la fougue et l’audace. Résultat : un titre mondial U20, le premier de l’histoire, obtenu sans superlatifs ni discours héroïques.

Le sélectionneur des Lionceaux revient de loin. On l’a moqué après son premier échec à se qualifier pour la CAN, accusé d’être trop calme, trop droit et formateur pour comprendre le foot africain et ses vices. Il a été maintenu, contre toute attente, par une fédération qui a choisi la cohérence et la patience. Il a répondu à la critique par la seule chose que le football comprend : des résultats. Victoire à l’UNAF, qualification au Mondial, finale de la CAN. Malgré cette dernière marche ratée en CAN, il est revenu au Maroc. Osant même annoncer : “On ira chercher cette Coupe du Monde, pourquoi pas. Ce serait magnifique de l’offrir aux Marocains”. Quelques mois plus tard, au Chili, la promesse devient prophétie. Le Maroc bat le Brésil, l’Espagne, la Corée du Sud, la France, les États-Unis, et l’immense Argentine en finale. La géographie de la gloire.

“On est devenus bons techniquement, mais aussi tactiquement. On pensait que nos ados étaient ‘jeunes et cons’, cette génération Z nous prouve qu’ils sont ‘jeunes et bons’”

Nassim El Kerf

Cette victoire ne s’explique pas par un hasard heureux, ni par une génération tombée du ciel. Elle est le fruit d’un travail profond, celui de l’Académie Mohammed VI, implantée à Salé il y a quinze ans. Et d’une politique de scouting bien ficelée à travers le monde. Aujourd’hui, l’Académie récolte les fruits d’une vision. C’est sur ses pelouses que Yassir Zabiri a appris à frapper, que Yassine Khalifi a appris à penser, que Houssam Essadak et Fouad Zahouani ont appris à rêver. Elle a redonné au football marocain un vocabulaire : au-delà de la technique, on parle de rigueur, d’intelligence et d’humilité. On est devenus bons techniquement, mais aussi tactiquement. On pensait que nos ados étaient “jeunes et cons”, cette génération Z nous prouve qu’ils sont “jeunes et bons”. 

Mais l’autre victoire, plus subtile, se joue ailleurs : dans les choix de ces jeunes binationaux qui ont dit “oui” au Maroc. Othmane Maamma en est le parfait exemple. Né en France, formé à Montpellier avant de rejoindre Watford. Élu meilleur joueur du Mondial U20, il a choisi le drapeau rouge et vert sans calcul. Comme si, pour cette génération, l’attachement ne s’explique plus seulement par la nostalgie des parents, mais par la promesse d’un projet clair. Là où d’autres pays vendent des carrières, le Maroc a commencé à offrir des histoires, à tracer des destinées.

Le triomphe des Lionceaux n’est pas qu’un trophée, c’est un message. Comme au Qatar, il dit à la génération suivante que la victoire n’est pas une utopie, qu’elle s’apprend, qu’elle se construit. Il dit aussi au football marocain qu’il peut cesser de douter, qu’il n’a plus besoin d’attendre des miracles pour exister. Et il rappelle à tout un peuple que le talent, quand il est encadré, finit par se transformer en épopée. Le plafond de verre est brisé.

Ce mercredi 22 octobre, les champions du monde ont été reçus par le prince Moulay El Hassan. Une scène rare, symbole d’un pays qui célèbre sa jeunesse pour ce qu’elle accomplit. Ils sont entrés dans le palais royal, trophée en main, avec dans les yeux la lumière de Santiago du Chili et l’admiration de tout le royaume. Les caméras ont immortalisé des sourires, des accolades, des visages stressés, des voix tremblantes et des mots simples. Un moment suspendu, qui nous a fait comprendre que le Maroc du football n’est plus ce pays qui espère, c’est celui qui réalise.

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