[Tribune] Citoyenneté et fierté nationale : le Maroc se découvre à travers le sport

Le sport, et particulièrement le football, dépasse le cadre du jeu. Il est devenu un vecteur de cohésion, d’éducation civique et de confiance nationale. Dans un contexte social exigeant, il révèle la capacité du Maroc à unir ses citoyens, à renforcer la citoyenneté et à bâtir un avenir fondé sur la fierté et les valeurs partagées.

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À Rabat, au coup de sifflet final, les supporters laissent éclater leur joie. Cette soirée historique marque un tournant pour le football marocain : en battant l’Argentine, les Lionceaux de l’Atlas offrent au pays sa toute première Coupe du Monde. Crédit: Rachid Tniouni

Voir les Marocains, du pays comme de la diaspora, vibrer à l’unisson, heureux et fiers d’un même exploit, est une émotion qu’aucune stratégie, ni aucun programme ne saurait provoquer. Ce sentiment de fierté nationale, né du sport, dépasse les logiques institutionnelles et les discours officiels : il jaillit spontanément du cœur d’un peuple qui se reconnaît dans ses victoires.

Rachid Essedik, président du Centre marocain pour la citoyenneté (CMC).Crédit: DR

C’est ce que le Maroc a vécu lors de la Coupe du Monde au Qatar, et plus récemment lorsque la sélection nationale des moins de 20 ans a remporté la Coupe du Monde U-20 au Chili. Ces moments d’allégresse partagée ont révélé une vérité simple et profonde : le sport, et plus encore le football, possède un pouvoir unique — celui d’unir, d’élever et de rendre les Marocains sincèrement heureux et fiers de leur pays.

“Dans un pays où beaucoup de citoyens vivent les effets de la pauvreté, du chômage et des inégalités, le sport devient un espace d’évasion, de dignité retrouvée et d’espérance collective”

Rachid Essedik, président du Centre marocain pour la citoyenneté (CMC)

Dans un pays où beaucoup de citoyens vivent les effets de la pauvreté, du chômage et des inégalités, le sport devient un espace d’évasion, de dignité retrouvée et d’espérance collective. Il redonne confiance dans le potentiel national, montre que l’effort, la discipline et la cohésion permettent de vaincre les obstacles. Sur le terrain, les joueurs incarnent l’image d’un Maroc qui se bat, qui rêve, qui ose, et qui gagne par le mérite et la solidarité. Chaque victoire devient ainsi un miroir de ce que le pays peut accomplir lorsqu’il avance uni.

La victoire des U-20 au Chili prouve que les Marocains peuvent être compétitifs à l’échelle internationale, notamment à travers leur jeunesse, talentueuse et déterminée. Elle démontre que le potentiel existe, qu’il est réel, mais qu’il a besoin d’être accompagné. Pour libérer pleinement cette énergie, il faut renforcer la confiance des jeunes dans leurs institutions, et cela passe d’abord par une lutte sérieuse et crédible contre la corruption. Tant que les jeunes percevront que les efforts individuels ne suffisent pas face à l’injustice et au favoritisme, cette confiance restera fragile. Or, sans confiance, il n’y a pas de mobilisation nationale durable ni de véritable citoyenneté active.

“Pour libérer pleinement l’énergie des jeunes, il faut renforcer leur confiance dans leurs institutions, et cela passe d’abord par une lutte sérieuse et crédible contre la corruption”

Rachid Essedik, président du Centre marocain pour la citoyenneté (CMC)

Le sport est aussi un formidable outil de renforcement de la citoyenneté. Il forme les comportements civiques par la pratique du respect des règles, du vivre-ensemble et du sens des responsabilités. Il apprend la tolérance, la gestion des différences et le respect de l’adversaire. Il développe l’esprit collectif, la discipline et l’engagement. Dans les écoles, les clubs ou les associations locales, le sport devient un véritable laboratoire du civisme : on y apprend à coopérer, à accepter la décision de l’arbitre, à travailler pour un objectif commun. Ces valeurs, profondément ancrées dans l’expérience sportive, façonnent des citoyens conscients, solidaires et respectueux des autres.

Au moment de ces festivités, où les rues, les places et les cafés s’emplissent d’une joie partagée, on mesure à quel point le sport peut transformer notre rapport à nous-mêmes et aux autres. Ces moments devraient inspirer une autre personnalité du Marocain dans l’espace public : plus de tolérance, plus de respect mutuel, plus de bienveillance envers autrui. La même énergie qui pousse des millions de citoyens à célébrer ensemble pourrait devenir une force quotidienne de vivre-ensemble, de respect des règles et de civilité. La victoire la plus précieuse n’est pas seulement celle sur le terrain, mais celle qui se joue dans nos comportements de tous les jours.

La Coupe du Monde 2030, que le Maroc co-organisera, doit être envisagée comme un objectif stratégique national. L’enjeu ne se limite pas à réussir un grand événement sportif, mais à créer un nouveau Maroc d’avant et d’après 2030. Un Maroc plus confiant, plus organisé, plus équitable et plus fier de lui-même. Ce rendez-vous planétaire doit être l’occasion de consolider les valeurs du sport dans la vie publique, de moderniser nos institutions et de faire du civisme, de la discipline et de l’excellence des références partagées.

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Pour un pays comme le Maroc, le sport représente bien plus qu’un loisir : il est un instrument de cohésion, d’inclusion et de rayonnement. Il rapproche les générations, transcende les différences sociales et culturelles, et offre à chacun la possibilité de participer à une fierté collective. Quand le drapeau monte et que l’hymne national résonne, ce n’est plus seulement une équipe qui gagne, mais un peuple — du nord au sud, de l’intérieur comme de la diaspora — qui retrouve sa dignité et son unité.

Le football, en particulier, demeure aujourd’hui le seul domaine capable de provoquer un tel sentiment de bonheur partagé. Ni la politique, ni l’économie, ni les discours ne parviennent à créer ce lien émotionnel et spontané entre les Marocains. Ce pouvoir d’unir, d’élever et de redonner confiance est une richesse nationale à préserver. Investir dans le sport, c’est investir dans la citoyenneté, dans l’espoir et dans la fierté d’un peuple qui, à travers ses victoires, apprend à croire de nouveau en lui-même.

Mais pour que cette fierté soit durable et partagée, il est essentiel d’accorder la même importance à la santé, à l’éducation et à la justice territoriale, piliers complémentaires du développement humain et de la cohésion nationale.