Le cessez-le-feu de Gaza n’est pas le fruit d’un plan de paix mais d’une méthode. Celle de Donald Trump qui entend “closer” personnellement les conflits mondiaux comme on clôt un deal immobilier sur Fifth Avenue. Fini le multilatéralisme onusien, les négociations sans fin, les médiations collectives, surtout lorsqu’elles représentent un “gaspillage” de l’argent public américain, selon le locataire de la Maison Blanche. Le président américain impose ses solutions au forceps, transformant la diplomatie en rapport de force pur. Et tant pis pour ceux qui ne le suivent pas.
Malgré les 70.000 morts palestiniens, le plan Trump n’a pas été conçu pour réparer les injustices. Il est le symbole d’une certaine efficacité américaine qui ne prend en compte que son propre point de vue géostratégique. Le Hamas doit disparaître, Israël doit garder ses zones tampons, pendant que des milliardaires transformeront Gaza en machine à billets. Pendant ce temps-là, les Palestiniens n’auront qu’une voix sur dix pour décider de leur gouvernance. Un strapotin, en bref.
C’est brutal, humiliant, de la hogra pur jus. Mais le deal est “closé”. Le plus troublant reste l’efficacité apparente de cette méthode. En quelques semaines, Trump a obtenu un cessez-le-feu que deux ans de diplomatie traditionnelle n’avaient pu arracher. C’est du cynisme érigé en unique mode de fonctionnement. Car peu importe que ce soit une paix bancale, injuste, explosive. Ce qui compte, c’est que les armes se taisent aujourd’hui, même si c’est pour mieux tonner demain.
C’est la fin d’un monde. Celui où l’on croyait encore aux vertus du dialogue patient et de la négociation multilatérale. Là où les dirigeants des grandes puissances habillaient leurs discours de principes universels et de droit international, Trump assume le règne de la force pure. “Je désarmerai le Hamas s’il ne le fait pas lui-même”, prévient-il sans détour. Plus besoin de résolutions onusiennes ou de consensus international.
Ce sont les États-Unis qui décident, unilatéralement, brutalement. Un point c’est tout. La diplomatie est devenue une affaire purement transactionnelle, vidée de toute considération morale ou humanitaire. Plus besoin de convaincre l’ensemble de la communauté internationale lorsqu’il suffit de s’entendre avec Washington. L’accord tripartite Maroc-États-Unis-Israël illustrait déjà cette logique implacable : normalisation contre reconnaissance, donnant-donnant, affaire conclue.
« Si Trump peut “closer” en notre faveur aujourd’hui, il peut aussi “closer” contre nous demain. Tout dépend de ses humeurs, de ses intérêts du moment, de ce qu’on peut lui offrir en échange”
Mais voilà le piège qui se referme sur nous tous : si Trump peut “closer” en notre faveur aujourd’hui, il peut aussi “closer” contre nous demain. Tout dépend de ses humeurs, de ses intérêts du moment, de ce qu’on peut lui offrir en échange. Dans deux semaines, lors de l’examen de la résolution sur la Minurso, nous verrons si la “transaction” scellée en 2020 va véritablement aboutir. Beaucoup annoncent une résolution qui ferait office de “game changer” dans le dossier du Sahara. Reste à savoir quel sera le prix à payer pour l’obtenir. Car avec Trump, il y a toujours un prix, et il est rarement symbolique.
Dans deux semaines, nous saurons si le Sahara reste dans les bonnes grâces de cette diplomatie transactionnelle ou si d’autres intérêts auront pris le dessus. En attendant, contemplons Gaza : voilà à quoi ressemble le monde quand un seul homme décide de “closer” l’histoire. C’est expéditif, c’est brutal, c’est cynique, mais c’est désormais notre réalité. La question n’est plus de savoir si c’est juste, mais combien cela coûtera.
