Les verres teintent impatiemment tandis que le Palais des Congrès attend les représentants des patronats français et marocain. Le bâtiment donne une impression d’îlot bâti dans l’océan de travaux et de gravats qu’est la ville de Dakhla : à l’extérieur, passé l’important dispositif policier qui cercle le bâtiment, s’étendent à perte de vue des palissades de chantier battues par un vent constant, culminées par les immeubles d’un centre-ville lointain. L’intérieur du ‘Ksar’, aux couleurs sable, revendique une identité saharienne – renforcée par les photos de désert qui émaillent les hauts murs de la salle d’accueil.
Enfin, la délégation française arrive. La salle se remplit instantanément d’un brouhaha caractéristique de gens qui se connaissent, mais dont l’immédiat sentiment d’aise montre qu’ils connaissent aussi, sinon Dakhla, du moins le Maroc. Le mot sera répété à l’envi, lancé par Ross McInnes, président du conseil d’administration de Safran et co-président du club des chefs d’entreprise France-Maroc : ils sont ici en “amis”. Arrivent ensuite les membres manquants de la délégation de la CGEM, et les sessions peuvent commencer – avec 40 minutes de retard.
Histoire ou business as usual ?
Le communiqué de presse rédigé conjointement par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et le Mouvement des entreprises de France (Medef) oscille entre la rupture et la permanence dans laquelle s’inscrit ce forum économique. La rupture est matérialisée par le “nouveau livre” que le chef d’État français appelait de ses vœux lors de sa visite d’État, un an auparavant, au cours de laquelle il avait tenu cette formule réconciliatrice entre Rabat et Paris : “le présent et l’avenir du Sahara s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine”. Souvenons-nous qu’accompagnant le président Emmanuel Macron le 28 octobre 2024, un parterre d’entrepreneurs français avait fait le déplacement, et signé des accords d’une importance financière importante à Rabat. L’évènement de Dakhla s’inscrit donc “dans la continuité de [ladite] visite d’Etat” et de la feuille de route associée, lit-on dans le communiqué.
