Le Boualem, la famine à Gaza et le réveil tardif de l'Empire

Par Réda Allali

Accrochez-vous à cette page, les amis, il s’est passé quelque chose de phénoménal cette semaine. Imaginez un peu, l’homme à la tête de l’Empire, l’agent orange lui-même, vient de demander à la seule démocratie de la région de lever un peu le pied. Il a déclaré, tenez-vous bien, qu’il y avait bien un réel problème de famine à Gaza, et qu’il était temps de monter des centres de distribution alimentaire. Des centres ouverts à tout le monde, a-t-il également estimé nécessaire de préciser.

Zakaria Boualem a ainsi découvert qu’il existait une limite, c’est une nouvelle remarquable. Après tout, on a eu droit, au cours de ces derniers mois affreux, à des journalistes assassinés, des enfants exécutés, des malades brûlés, des débats surréalistes sur le droit à violer des prisonniers, ce genre de diableries, le tout documenté par des témoignages, des aveux, des vidéos innombrables, et la liste est trop longue pour être rappelée ici. Pourtant, tout ce tsunami de preuve n’a pas suffi à déclencher le ras-le-bol de l’empire. Il s’est plié en quatre, au contraire, pour convoquer dans l’espace public tous ceux qui trouvaient tout ceci bien normal.

Toute une cohorte d’intervenants à la légitimité douteuse s’est ainsi pointée avec célérité sur les écrans fascisants pour justifier l’injustifiable, et ils étaient plein de créativité, hamdoullah. Il s’en est même trouvé un, figurez-vous, pour nous expliquer que les Palestiniens étaient jaloux de l’Holocauste du peuple des lumières et voilà pourquoi ils voulaient le leur, les chacals. Un autre, philosophe de son état, s’est indigné du fait qu’on tente de s’attaquer au capital victimaire du peuple élu, c’est son expression. Ils pensent en circuit fermés, et en voilà un autre exemple : si un million de personnes descendent dans la rue pour exiger un cessez-le-feu, c’est qu’il existe un million d’antisémites et que donc, il faut taper encore plus fort.

“On peut se demander les raisons de cette indignation soudaine, ou alors, comme le Boualem, se féliciter qu’elle surgisse enfin : la survie de la planète est en jeu”

Réda Allali

Tout cela, nous l’avons vu et entendu, mais ça n’a pas suffi. Ce qui compte, aux yeux des maîtres du monde, ce n’est pas ce qu’on fait, mais qui l’on est. À partir du moment où vous avez le badge de l’armée la plus morale du monde, dès que vous êtes considéré comme un membre de l’humanité supérieure, alors vous avez tous les droits, sauf Poutine qui attend toujours son macaron le pauvre. Depuis qu’il a obtenu son adhésion impériale, le paradis fasciste, promu fer de lance néo-colonialiste, peut faire ce qu’il veut, puisqu’il lutte contre les barbares. Il n’y a rien à analyser de plus.

Mais là, donc, soudain, la famine, ça ne passe pas, allez savoir pourquoi. On peut se demander les raisons de cette indignation soudaine, ou alors, comme Zakaria Boualem, se féliciter qu’elle surgisse enfin, et qu’elle dépasse le stade des mots, car la survie de la planète est en jeu. Oui, il le répète, un monde sans droit est très dangereux, et la stabilité générale est inversement proportionnelle à la charge d’injustice produite par les puissants.

Depuis presque un quart de siècle, le Boualem accuse nos héros de la démocratie locale de moult turpitudes. Il est bien obligé d’admettre qu’en comparaison avec les leaders de cette planète en perdition, ils sont plutôt dignes…

Réda Allali

Et surtout, il lui faut à présent présenter ses excuses. Oui, depuis presque un quart de siècle, dans ces mêmes colonnes, le Boualem a eu l’occasion d’attaquer notre classe politique à nous. Il a accusé nos héros de la démocratie locale de moult turpitudes. Il leur reprochait, le bougre, leur face de graphène, leur viscosité morale, leurs contorsions idéologiques, et leur voracité immobilière. Pourtant, il est bien obligé d’admettre qu’en comparaison avec les leaders de cette planète en perdition, ils sont plutôt dignes. Il faut donc leur demander pardon. C’est tout pour la semaine, et merci.