Souveraineté sanitaire : un hub marocain pour la santé en Afrique

Alors que le continent cherche à se doter de véritables capacités de réponse aux crises sanitaires, la coopération Sud-Sud reprend tout son sens. Pionnier en matière de souveraineté sanitaire, le Maroc multiplie les partenariats avec ses voisins africains.

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Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) en République démocratique du Congo

En pleine redéfinition de la souveraineté sanitaire africaine, le Maroc s’impose comme un partenaire de référence. Portée par des infrastructures en essor et une volonté politique affirmée, son expertise séduit jusque dans les laboratoires de Kinshasa.

« Le Maroc est en avance sur beaucoup de pays africains. Sous l’impulsion du roi, vous avez pris en main ce principe de souveraineté nationale dans le secteur de la santé », observe le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) en République démocratique du Congo, et virologue mondialement reconnu pour avoir co-découvert le virus Ebola en 1976.

Preuve de cette reconnaissance, l’INRB a été chargé de valider les tests Covid développés au Maroc : d’abord les PCR, puis les tests rapides. « Ce sont des exemples concrets de coopération Sud-Sud. Nous partageons les mêmes défis et devons trouver ensemble les solutions », insiste Muyembe.

Cette collaboration s’inscrit dans une dynamique plus large de régionalisation de la santé. Si la pandémie a révélé les carences du continent en matière de réactifs, de médicaments ou de vaccins, elle a aussi accéléré une prise de conscience collective. « Pendant le Covid, tout devait venir de Chine ou d’Europe. Or, dans les grandes pandémies, chacun garde ses stocks pour soi. C’est pourquoi l’Afrique doit se doter de ses propres capacités de production. »

Du Nord au Sud

Cette exigence d’autonomie s’accompagne d’un changement profond dans les schémas de coopération. « Habituellement, nos échanges étaient tournés vers le Nord, mais les priorités ne sont pas les mêmes. Aujourd’hui, nous avons besoin de partenariats Sud-Sud, avec des pays qui partagent nos réalités et nos urgences sanitaires », plaide Muyembe. Dans cette perspective, le Maroc incarne une alternative crédible, capable d’apporter un appui technique, industriel et réglementaire adapté aux besoins du continent.

Pour les laboratoires africains, l’intérêt est double : bénéficier de solutions diagnostiques développées localement et accélérer leur déploiement en cas de crise. « Grâce aux technologies acquises durant la pandémie, nous pourrons désormais adapter rapidement des tests pour de futures maladies, qu’il s’agisse d’antigènes ou d’acides nucléiques », explique-t-il. L’objectif : ne plus subir les pandémies, mais y répondre efficacement avec des moyens endogènes.

La production locale de vaccins et de traitements fait également partie de cette ambition. L’idée d’un écosystème de santé intégré, reposant sur des hubs régionaux interconnectés, gagne ainsi du terrain. Et le Maroc, avec ses capacités industrielles et sa stabilité réglementaire, apparaît comme une pièce maîtresse de ce puzzle sanitaire panafricain.