Crises virales, mobilités humaines, événements de masse : la pandémie de Covid-19 a rappelé combien la capacité à surveiller les risques sanitaires est un enjeu de souveraineté. Depuis, le Maroc a engagé plusieurs réformes, mais des défis majeurs subsistent.
« La souveraineté sanitaire suppose de pouvoir détecter et contrôler les menaces de manière autonome, avec des outils et des stratégies propres », résume le Dr Jamal Eddine Kohen, réanimateur et président de la Société Marocaine d’Anesthésie, d’Analgésie et de Réanimation (SMAAR). Pour lui, l’épidémiosurveillance ne se limite pas à la gestion de crise : c’est une vigilance permanente, capable de repérer les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent incontrôlables.
Des avancées ont été réalisées : création de réseaux de recherche régionaux, renforcement de certaines capacités hospitalières, production locale de dispositifs de diagnostic, coopération accrue avec les agences africaines et internationales. Mais ces efforts restent fragmentés, faute d’une vision systémique partagée.
« Il manque une coordination nationale forte, un cadre intégré où hôpitaux, laboratoires, autorités territoriales et institutions publiques puissent partager rapidement l’information », alerte le Dr Kohen. Selon lui, la surveillance reste trop centrée sur les grandes épidémies, alors que d’autres menaces, plus diffuses, échappent encore au radar.

Des points d’entrée sous haute vigilance
Autre point critique : les points d’entrée du territoire. Dans un pays touristique, carrefour de mobilités africaines et méditerranéennes, ports, aéroports et frontières terrestres constituent autant de zones sensibles. Or, les dispositifs de dépistage qui y sont déployés restent souvent temporaires, activés en réaction aux crises. À l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations, prévue pour 2025, la question prend une acuité particulière.
« Cet événement va mobiliser des flux massifs de supporters, d’équipes et de délégations venant de tout le continent. Il est impératif de garantir une surveillance sanitaire efficace avant, pendant et après l’événement », insiste le Dr Kohen. Cela passe par des protocoles clairs, une coordination multisectorielle et des moyens dédiés, y compris en matière de logistique et de formation des agents aux frontières.
Enfin, la question industrielle n’est pas anodine. Pour consolider l’autonomie du Maroc, encore très dépendant des importations, il est nécessaire de soutenir les acteurs locaux capables de développer des outils de diagnostic rapides et adaptés aux réalités du terrain. Cela suppose un appui institutionnel clair, une reconnaissance réglementaire et une meilleure articulation avec les besoins de santé publique.
En somme, le Maroc progresse, mais il lui reste à transformer les initiatives fragmentées en un dispositif cohérent, résilient et réactif, capable de faire face aux menaces sanitaires de demain.
