Le foot au pays du soccer : un an pour mieux faire

Par Nassim El Kerf

La vitrine était pourtant si belle. Des stades XXL, 32 des meilleures équipes de la planète, et des billets hors de prix. Mais la sauce américaine n’a pas pris. Des tribunes vides, des matchs se déroulant dans des ambiances glaciales… heureusement que les supporters maghrébins et sud-américains ont sauvé les meubles. Le constat, après un mois de compétition, c’est que le pays du soccer n’est décidément pas un pays de football.

Tout n’était pas à jeter. Merci aux Sud-Américains et aux Maghrébins, merci aussi à leurs joueurs qui ont rappelé que le football ne se jouait pas seulement en Europe. Merci aux fans qui ont obtenu le visa (oui, c’était compliqué) et fait le déplacement, et merci pour leur passion contagieuse en tribunes, qui a su transcender les acteurs pour les pousser à l’exploit. Comme lorsque le club brésilien Botafogo, qui participait pour la première fois à une Coupe du monde des clubs, a renversé l’intouchable PSG champion d’Europe (1-0) avant de se qualifier pour les 8es de finale, laissant derrière lui l’Atlético de Madrid de Diego Simeone qui se plaindra du temps, du soleil, des pelouses et du timing de la compétition.

D’un coup, le “soccer” a enfin pris des allures de football. Grâce aux émotions, aux larmes et à la passion. Soulignant une fois de plus que ce ne sont pas les grands stades qui font le foot, mais bien ceux qui les remplissent. Sans ferveur, les images étaient tristes, sous un soleil de plomb, les risques d’ouragan retardant et décalant les matchs. Au pays de l’oncle… Trump, un match doit être suspendu si la foudre frappe à 15 km. Ce qui a interrompu la rencontre Chelsea-Benfica à cinq minutes de la fin. Elle a repris… deux heures plus tard. Vous imaginez les rues de Casablanca si cela arrivait l’été prochain lors d’un Maroc-Brésil en quart de finale ?

“La FIFA a beau vanter ses chiffres, on n’oubliera pas les tickets bradés à 11 dollars (au lieu des 200 dollars, prix de lancement), ni le match Mamelodi Sundowns-Ulsan HD qui s’est déroulé devant quelque 557 supporters”

Nassim El Kerf

Oui, le niveau de jeu a parfois été élevé. Oui, on a eu des surprises comme le parcours de Fluminense jusqu’en demi-finale. Mais cela n’a pas suffi à faire oublier le décalage horaire aux spectateurs, et les températures avoisinant les 40°C aux joueurs. On se souviendra de cette hérésie : l’entrée des joueurs, un par un, brisant ainsi le principe du “groupe” qui fait du football le sport qu’il est. La FIFA a beau vanter ses chiffres, on n’oubliera pas les tickets bradés à 11 dollars (au lieu des 200 dollars, prix de lancement), ni le match Mamelodi Sundowns-Ulsan HD qui s’est déroulé devant quelque 557 supporters. On n’oubliera pas non plus que la FIFA a fait présenter des équipes de foot par Michael Buffer (célèbre speaker américain habitué à annoncer les matchs de boxe et de catch), alors que son “Let’s get ready to rumble” sonne creux en dehors des rings.

Une Coupe du monde des clubs à 32 tous les quatre ans, l’idée peut sembler excitante. Sur le papier, elle est même prometteuse, mais pas aux Etats-Unis. Certes, la FIFA trouvera toujours des sponsors et du bling. Mais la passion qui fait ce sport, elle, est ailleurs. Elle ne s’invente pas. Le foot ne s’achète pas, il se vit. Et en matière de ferveur, les Américains ont encore un an pour mieux faire. Le chantier est grand avant la Coupe du Monde, la vraie, celle qui déchaîne les passions des peuples.