Dimanche dernier s’est déroulée la finale de la Coupe du monde des clubs, entre deux multinationales de fort belle facture, et la bleue a gagné. Mais ne fuyez pas, le Boualem n’est pas là pour vous parler du match. Cette finale a eu lieu quelque part dans le New Jersey, et là surgit le sujet de cette page enjouée. Au cœur de l’empire, donc, s’est jouée une finale qui est venue démontrer que les Américains, du moins ceux-là, n’ont rien compris au football.
Ils ont décidé de la jouer en mode Super Bowl. Avec, à la mi-temps, rallongée pour l’occasion, un mini-concert pour démontrer leur capacité surnaturelle à organiser un show. Le problème, c’est que tout le monde s’en fout. Menés trois à zéro contre toute attente, les fans du PSG ont la tête dans le sac, ils se demandent par quelle diablerie ils en sont arrivés là, et, surtout, s’il est possible de s’en sortir. Quant aux supporters de Chelsea, ils pourraient avoir devant eux Bob Marley ressuscité qu’ils trouveraient ses chansons trop longues, puisqu’elles les éloignent de la seule chose qu’ils veulent entendre : le coup de sifflet final. Telle est la réalité, stupide et simple : les supporters du foot viennent au stade pour voir un match, la fête se jouera ailleurs pour la moitié d’entre eux.
“Après la finale de la Coupe du monde des clubs dans le New Jersey, la conclusion s’impose : les Yankees ne comprennent rien au foot. Cette culture leur est complètement étrangère, et c’est grave”
Mais ce n’est pas le plus gênant, en fait. Nous avons eu droit, pour une raison inconnue, à des gesticulations déplacées de l’armée américaine avant le match, un passage d’avions de guerre et un hymne national plein d’emphase. Il est très difficile de déterminer ce qui a pu convaincre les organisateurs que le monde avait envie de voir des soldats en ces temps troublés, il faudrait une enquête. Et, pour terminer, il a fallu se farcir l’agent orange lui-même, sur le podium, festoyant avec les vainqueurs sans vergogne, un peu comme un président botoliste venu grappiller quelques miettes de gloire. Pardon, il faut rectifier, puisque dans ce dernier cas, le président est avec ses joueurs, alors que l’agent orange ne sait même pas à qui il a affaire, seule la caméra l’intéresse. La conclusion s’impose, il faut la répéter : les Yankees ne comprennent rien au foot. Cette culture leur est complètement étrangère, et c’est grave.
Parce que, figurez-vous que pour une bonne partie de la planète, la notion de l’autre a été comprise grâce au foot. Accepter la défaite, saluer les vainqueurs, se maîtriser pendant que l’adversaire jubile, tenter de faire bonne figure alors qu’on est ravagé de l’intérieur, digérer une humiliation, voilà ce que les officiels de tous les pays doivent endurer pendant une finale perdue. Français, Allemands, Anglais, Espagnols, Brésiliens, Argentins ont tous des leaders qui savent qu’il est possible de regarder une coupe sans la toucher.
L’agent orange, comme tous les présidents de l’empire, ne connaît pas ce sentiment. Son pays joue au basket, et il est à peu près imbattable. Les USA jouent au base-ball et à un autre football (“l’américain”, ndlr), mais ils le font tout seuls. Les autres sports collectifs ne comptent pas vraiment. Certes, il s’est trouvé un match de hockey sur glace perdu contre les Soviétiques en 1980 et le choc a été tel qu’ils en ont fait un film, imaginez un peu. L’Autre, ce concept complexe, est imposé par le sport, qui vous plante sous les yeux cet étranger avec ses objectifs, les mêmes que les vôtres, et il vous faut accepter. Cela manque cruellement à l’empire. Voilà pourquoi ils sont aussi nuls en géographie, qui comme chacun sait est enseignée par la Coupe du monde, à laquelle ils ne comprennent rien. C’est tout pour la semaine, et merci.
