Yassir Bachour : “Je ne connais pas de studio marocain de gaming qui ait réellement trouvé son modèle de développement”

À l'occasion de la deuxième édition de la Morocco Gaming Expo, qui s'est tenue début juillet à Rabat, le secteur du jeu vidéo marocain fait le point sur ses ambitions et ses défis. Entre événements spectaculaires et développement concret de l'industrie, entre talents créatifs et manque de structuration, le gaming au Maroc cherche encore sa voie. Entretien avec Yassir Bachour, fondateur de MAPLAB et du média Lgaming.ma.

Par

Yassir Bachour, fondateur de MAPLAB et de Lgaming.ma, lors de la deuxième édition de la Morocco Gaming Expo Crédit: DR

Pour sa deuxième édition, la Morocco Gaming Expo s’est tenue du 2 au 6 juillet au Complexe Prince Moulay Abdellah à Rabat, sous l’égide du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication. Conçu comme un rendez-vous annuel incontournable pour les professionnels et passionnés de l’industrie, ce salon international vise à renforcer la position du Maroc en tant que hub stratégique pour le gaming en Afrique et dans la région MENA mais, surtout, à capter une part du marché mondial (estimé à 300 milliards de dollars), selon les ambitions affichées par Mehdi Bensaïd, ministre de la Culture.

Après avoir rassemblé plus de 45.000 visiteurs lors de la précédente édition, l’événement entend cette année encore catalyser les échanges B2B, valoriser le capital humain local et attirer investisseurs et institutions autour des thématiques économiques, technologiques et culturelles du jeu vidéo. 

TelQuel : De plus en plus d’événements dans le secteur du gaming comme la Morocco Gaming Expo sont portés par des institutions, parfois étatiques, ce qui montre l’importance croissante accordée au secteur. Comment jugez‑vous les infrastructures techniques dont dispose le Maroc ?

Yassir Bachour : Je ne considère pas que les infrastructures constituent le principal défi du Maroc. Le véritable enjeu réside dans l’accessibilité à Internet et aux services cloud. Bien que nous disposions généralement d’un accès basique au cloud et à Internet, la différence entre 1 Go et 5000 Go n’est pas déterminante. Le problème fondamental est l’inégalité d’accès à ces ressources, qui restreint le nombre d’acteurs capables d’évoluer dans ce secteur.

« En termes de chiffre d’affaires, l’industrie du gaming représente à peu près le triple de celui du cinéma, ce qui montre l’ampleur de son potentiel »

Yassir Bachour, fondateur de MAPLAB

Cette contrainte peut ralentir les projets. En ce sens, un effort d’investissement dans les services cloud serait déterminant. Aujourd’hui, les jeunes studios marocains peinent à payer les coûts élevés du cloud. Il faudrait peut‑être des offres dédiées ou un modèle économique différent, par exemple un partage des revenus. Donc au niveau des infrastructures, je ne perçois pas de handicap majeur, seulement un besoin d’optimiser l’accès et les conditions tarifaires.

L’industrie du gaming est vaste, porteuse, et génère beaucoup d’argent. En termes de chiffre d’affaires, elle représente à peu près le triple de celui du cinéma, ce qui montre l’ampleur de son potentiel. Mais pour profiter de ce potentiel, il faut faire des choix stratégiques : croître, structurer son offre, investir… Sans cela, on reste bloqué. Convaincre les acteurs et obtenir les ressources nécessaires reste un défi.

Aujourd’hui, les financements commencent à arriver, mais le marché est extrêmement compétitif et exigeant. Au Maroc, nous en sommes encore au stade embryonnaire. Je ne connais pas de studio marocain qui ait réellement trouvé son modèle de développement pérenne.

La suite de cet article est réservée aux abonnés.
Soutenez un média indépendant et exigeant
  • Accédez à tous les contenus de TelQuel en illimité
  • Lisez le magazine en numérique avant sa sortie en kiosque
  • Accédez à plus de 1000 numéros de TelQuel numérisés
Déjà abonné ? Se connecter