Le départ des Marocains vers les autres pays du Maghreb n’est pas un événement. L’émigration saisonnière entre le Maroc et la Régence d’Algérie existe ainsi depuis longtemps. “30.000 Rifains franchissaient la Moulouya pour faire la moisson et les vendanges en Oranie depuis la fin du 19e siècle. Et quelques centaines d’entre eux s’étaient engagés dans des régiments de tirailleurs algériens pendant la Grande Guerre, rapportant avec eux la technique de la guerre de fantassins contemporains”, relève l’historien Daniel Rivet dans Le Maroc de Lyautey à Mohammed V, le double visage du Protectorat (2004).
De l’Algérie à la Libye
Ces transhumances intermaghrébines ne sont pas aisément définissables en termes de migration, puisque la frontière est un concept importé d’Occident, difficilement applicable ici. Ceci étant, il faut souligner que 15.000 Algériens en 1936, puis 33.000 en 1947, ont posé leurs malles dans le Royaume. Et encore davantage durant la guerre de libération contre la France.
De même, à l’amorce du 20e siècle, et jusqu’à la Première Guerre mondiale, l’Algérie sert de tremplin à de nombreuses populations marocaines, essentiellement des Chleuhs venus de l’Atlas pour travailler en Algérie française. Ils suivent alors le mouvement de leurs coreligionnaires algériens qui quittent le “bled” pour la métropole en quête d’un meilleur salaire.

