Une femme politique, tout simplement

Par Fatym Layachi

L’année a bel et bien commencé. Elle a démarré sur les chapeaux de roue. L’actualité aussi. La guerre au Proche-Orient continue de durer. Et elle semble partie pour durer encore longtemps. La paix au Proche-Orient semble s’éloigner. Et elle semble partie pour s’éloigner encore plus. C’est d’ailleurs peut-être ça le plus triste, s’habituer à cette guerre. C’est peut-être ça finalement notre triste condition, finir par être totalement impassibles, conscients de notre impuissance. C’est plutôt sinistre comme constat. Et c’est encore plus sinistre de débuter l’année avec ce genre de constat.

Toi, malgré le cynisme qui te constitue et la lassitude qui te caractérise, tu veux continuer de croire à deux, trois trucs. Tu veux continuer de croire à la force des convictions et au pouvoir de les défendre. Tu veux continuer de croire qu’il y a des valeurs qui te sont cardinales et surtout tu veux continuer de sentir qu’elles t’animent. Et parmi les valeurs que tu défends, il y a le féminisme. Il y a forcément le féminisme.

Comme une évidence. Pas parce que tu es une femme. Surtout pas parce que tu es une femme. D’ailleurs tu ne vois pas en quoi ce combat serait un territoire féminin. Bien au contraire. Le féminisme n’est qu’un humanisme. Il s’agit de droits humains. Il ne s’agit que de droits humains.

Dans plusieurs endroits de la planète, et notamment dans le plus beau pays du monde, les droits des femmes sont bafoués. Des lois révoltantes consacrent l’inégalité entre les êtres. Ces lois aberrantes qui vont à l’encontre de la dignité humaine. Ces lois qui te révoltent et qui te rappellent à quel point le féminisme est fondamental pour l’équilibre d’une société. Et puis, en pensant à ça, tu ne peux t’empêcher de penser à la place publique des femmes dans la société. Dans la classe politique. Alors tu te demandes quelles sont les figures qui t’inspirent. Quelles sont les femmes qui seraient des modèles à suivre. Des modèles d’aujourd’hui, pas des figures du passé.

Là, un nom te saute aux yeux : Nadia Fettah. Une évidence. Ministre. Puissante. Déterminée. Tu ne dis pas que tout ce qu’elle fait est formidable. Ce n’est pas de ça dont il s’agit. Absolument pas. Une femme ministre n’est absolument pas la garantie de plus de droiture, de plus de douceur ou de n’importe quelle mièvrerie sexiste. Giorgia Meloni ou Bassima Hakkaoui prouvent bien que certaines idées ne sont pas moins nauséabondes quand elles sont portées par des femmes.

Nadia Fettah est un politique comme les autres. Elle a réussi à s’imposer comme femme sans jamais se revendiquer en tant que telle

Fatym Layachi

De Nadia Fettah, tu admires la liberté et la singularité. Pas nécessairement son engagement sur les questions des droits des femmes. Tu ne connais pas son avis sur la question. Tu l’imagines, mais sans certitude. Et là encore, ce n’est pas de ça dont il s’agit. Nadia Fettah est un politique comme les autres. Elle a réussi à s’imposer comme femme sans jamais se revendiquer en tant que telle. Sans jamais se définir en tant que telle. Être femme pleinement. Politique totalement.

Sans céder à aucune injonction. Toi, de toute façon, les injonctions faites aux femmes te mettent hors de toi. Toutes les injonctions. Même celles aux allures féministes. Surtout celles aux allures féministes. Une femme ne devrait être ni ceci, ni cela. Et Nadia Fettah n’est ni ceci, ni cela. Elle est, elle fait, elle agit. Ça plaît, ça ne plaît pas. Ça convainc, ça ne convainc pas. C’est ça, la politique. Elle le savait en s’y embarquant. Elle savait qu’on allait la critiquer. Elle a réussi à faire en sorte qu’on ne puisse jamais l’essentialiser ou la réduire. Elle est ministre. Tout simplement. Sans rogner sur ce qu’elle est. Et surtout sans excuse et sans faveur.