“Modernités arabes” : les œuvres du musée de l’IMA s’exposent au MMVI à Rabat

L’art arabe est mis à l’honneur depuis le 1er mars au musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) à Rabat. Pour la première fois, une collection d’œuvres d’exception de l’Institut du monde arabe (IMA) est dévoilée hors les murs.

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Nathalie Bondil, directrice du département du musée et des expositions de l'IMA, dévoile la collection d'œuvres de "Modernités arabes", au MMVI. Crédit: DR

Depuis l’exposition “Le Maroc contemporain”, qui avait été présentée à Paris en 2014 puis à Rabat l’année suivante, l’Institut du monde arabe et la Fondation nationale des musées (FNM), présidés respectivement par Jack Lang et Mehdi Qotbi, coopèrent dans le domaine artistique.

L’exposition “Modernités arabes”, inaugurée le 28 février et ouverte au public depuis le 1er mars, est la concrétisation de ce partenariat et démontre une volonté réciproque d’enrichir constamment le dialogue culturel entre les institutions française et marocaine.

La richesse du monde arabe en 120 œuvres

Les œuvres présentées illustrent la pluralité de la modernité arabe et dévoilent la vision singulière d’artistes ayant à cœur de dévoiler la force du lien qu’ils entretiennent avec leur pays et leurs origines. Seize pays arabes y sont représentés : Maroc, Algérie, Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Jordanie, Liban, Libye, Palestine, Qatar, Soudan, Syrie, Tunisie et Yémen. Une collection enrichie par la récente donation de 1800 œuvres d’art contemporain et moderne par les collectionneurs Claude et France Lemand à l’IMA.

L’exposition constitue un croisement de démarches esthétiques qui s’inscrivent toutefois dans une histoire partagée. Un voyage à la découverte de plusieurs grandes écoles de l’art arabe à travers 120 œuvres, dont une majorité de peintures, mais également des photographies et œuvres graphiques, ainsi que des sculptures comme celles de Mona Saudi. L’artiste jordanienne, dont les œuvres sont teintées de musicalité et de spiritualité, avait notamment vu l’une de ses conceptions, “Géométrie de l’esprit”, offerte par le royaume de Jordanie à l’IMA lors de son inauguration en 1987.

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“Modernités arabes” traduit l’engagement des artistes ayant vécu avant, pendant et après l’indépendance de leur pays et les réflexions qui ont nourri leur travail, de la création de la Ligue arabe en 1945 à nos jours. Nathalie Bondil, commissaire de l’exposition et directrice du musée et des expositions à l’IMA, évoque un projet “d’une très grande élégance, et en même temps d’une très grande force”.

Discours d’inauguration de Jack Lang, président de l’IMA, lors de la conférence de presse le 28 février 2023.

On peut ainsi y admirer les œuvres d’artistes marocains comme Mahi Binebine, dont la conception artistique puise dans l’humanisme, ou Fouad Bellamine, l’un des premiers peintres “installationnistes” au Maroc. Mais aussi certains avant-gardistes s’inscrivant dans le courant des “peintres du signe”, tels que Ahmed Cherkaoui, pilier de la peinture marocaine contemporaine abstraite et symbolique, ou le graveur algérien Mohammed Khadda, l’un des pionniers de la peinture algérienne contemporaine qui avait par ailleurs participé à l’exposition inaugurale de l’IMA à Paris.

Exposition itinérante

Pour Mehdi Qotbi, président de la FNM, la spécificité de ce projet réside dans sa grande richesse : “Cette exposition est un événement considérable parce que c’est la première fois que des œuvres d’une telle qualité sont exposées ensemble, ici au Maroc”, nous explique-t-il.

Le directeur du musée Mohammed VI, Abdelaziz El Idrissi, souligne quant à lui le rapport de confiance entre l’IMA et la FNM : “Les responsables de l’Institut du monde arabe vont rentrer chez eux après la mise en place de l’exposition, et leur patrimoine va rester ici, donc c’est un gage de confiance envers l’institution, envers les compétences humaines et techniques de l’établissement et envers le public marocain qui va venir admirer ces œuvres pendant cette période.” 

Il est prévu que les œuvres occupent durant quatre mois le musée de Rabat, mais la collection est amenée à se déplacer afin d’en présenter une partie au musée de la Kasbah, espace d’art contemporain à Tanger, et une autre au musée des Confluences Dar El Bacha à Marrakech. Le but est de pouvoir “donner la possibilité à tous les Marocains d’aller voir cette exposition”, nous explique Mehdi Qotbi.

Ce projet a également une dimension pédagogique puisqu’il est prévu qu’un millier de jeunes écoliers issus d’établissements publics marocains puissent découvrir cette exposition dans les semaines à venir, nous apprend l’ambassadeur de France au Maroc Christophe Lecourtier, lors de sa déclaration au vernissage le 28 février.

Hommage à Pauline Demazière

La Fondation nationale des musées a également organisé, conjointement avec le directeur du musée Mohammed VI, une exposition documentaire en parallèle de “Modernités arabes”.

Exposition hommage à la galerie LAtelier au MMVI.

Un hommage à Pauline Demazière, une pionnière qui a su mettre en valeur des artistes marocains fondateurs de la modernité dès les années 1970. Cette dernière a fondé à Rabat la galerie L’Atelier en 1971, afin de visibiliser l’art arabe à une époque où il n’était que peu considéré à l’international. Une galerie avant-gardiste donc.

“Il est normal que l’on donne aussi justice à cet art arabe, sa diversité, sa richesse”, déclare Mehdi Qotbi, à qui cet hommage tenait beaucoup à cœur. 

Le musée d’art de l’IMA va faire peau neuve

Jack Lang, président de l’IMA, informe à cette occasion qu’un projet de reconfiguration du musée d’art de l’IMA, soutenu par le président français Emmanuel Macron, est déjà sur les rails afin d’en faire “le premier musée d’art arabe en Occident”. Axé sur l’art moderne et contemporain, le nouveau musée devrait voir le jour en 2026. Et de déclarer, non sans une certaine fierté : “Cette manifestation d’art arabe aujourd’hui, c’est une première expression de ce nouveau musée à travers ces chefs-d’œuvre qui sont présentés et qui dévoilent un panorama de l’incroyable richesse et diversité de la culture arabe des différents pays.”