Covid-19 : ce que l’on sait du prix des vaccins

Quel est le prix des vaccins à l’unité et quels accords ont été passés entre les États et les laboratoires pharmaceutiques ? Des chiffres sous le sceau du secret, afin de laisser aux fabricants les coudées franches pour négocier.

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WANG ZHAO / AFP

Elle s’est justifiée en avançant avoir été “transparente, peut-être trop transparente”. Le 17 décembre 2020, alors ciblée par les critiques de l’opposition nationaliste flamande qui l’accusait de ne pas avoir prévu suffisamment de fonds pour l’achat de vaccins, la secrétaire d’État belge au Budget et à la protection des consommateurs, Eva De Bleeker, a voulu remettre les pendules à l’heure. Et c’est par le biais de son compte Twitter que la clarification a eu lieu.

Une valse à trois temps où elle annonce d’abord: “Comme je l’ai dit quarante fois en commission, il y a suffisamment de marge dans les provisions (…) pour financer les vaccins.” Pour appuyer sa démonstration, elle publie ensuite un tableau où figure le détail des contrats signés entre la Belgique et les laboratoires pharmaceutiques, des quantités commandées jusqu’au prix unitaire des doses.

Or, ces données font normalement l’objet de clauses de confidentialité entre les parties et sont secrètement couvertes par l’industrie pharmaceutique. L’erreur ne passe pas inaperçue et, dans la foulée, le message est supprimé. Mais il est déjà trop tard.

L’approvisionnement marocain du vaccin développé par AstraZeneca- Oxford se fera à travers l’Inde et son fabricant industriel, Serum Institute of India (SII).Crédit: Kirsty O'Connor / POOL / AFP

Accords internationaux et confidentialité

Dans le détail, les prix des doses commandées par la Belgique étaient donnés comme suit: 1,78 euro l’unité pour AstraZeneca, 7,56 euros pour Sanofi/GSK, 10 euros pour Curevac et 12 euros pour Pfizer-BioNTech. Pour Johnson & Johnson et Moderna, les prix avancés ont été publiés en dollars américains: respectivement 8,50 $ (6,90 euros ou 75 dirhams) et 18 $ (14,7 euros ou 159 dirhams). Un coût total de plus de 279 millions d’euros pour un approvisionnement de 33,5 millions de doses.

Appelée à se justifier devant le parlement sur ce que certains médias belges ont qualifié “d’erreur politique”, la secrétaire d’État au Budget a rétorqué qu’il ne s’agissait pas “d’un tableau définitif officiel”.

Il n’en reste pas moins difficile de prévoir avec exactitude les prix des vaccins acquis par les États, et plus encore le montant global des partenariats noués avec les laboratoires pharmaceutiques établis sur plusieurs millions de doses. “Le Maroc étant lié par des accords internationaux, portant notamment sur la confidentialité et les transactions commerciales, il n’est pas possible de divulguer le prix auquel l’État marocain achètera ce vaccin”, avait éludé le ministre Khalid Aït Taleb, lors d’une interview accordée à TelQuel en décembre 2020.

Au Maroc, la gratuité a été actée pour la campagne de vaccination, attendue ces prochaines semaines. Concernant le coût de l’acquisition du vaccin développé par Sinopharm CNBG, Khalid Aït Taleb justifiait: “La non-divulgation du prix s’inscrit dans le cadre de la sauvegarde des intérêts chinois”.

Les laboratoires exigent ces clauses de confidentialité afin de conserver des marges de négociation avec leurs différents clients. C’est ainsi que pour le vaccin Pfizer-BioNTech, l’agence Reuters annonçait en décembre dernier que l’Union européenne avait commandé 300 millions de doses pour un montant de 15,50 euros l’unité. Un tarif en dessous de ce que devront payer les états-Unis, où 100 millions de doses ont été achetées à 19,50 euros l’unité.

“Le Maroc étant lié par des accords internationaux, portant notamment sur la confidentialité et les transactions commerciales, il n’est pas possible de divulguer le prix auquel l’État marocain achètera ce vaccin”, déclarait Khalid Aït Taleb à TelQuel en décembre.Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

Un bien public?

Toutefois, il reste nécessaire de distinguer les accords passés entre un État et un laboratoire pharmaceutique — qui se fondent sur un certain prix à l’unité —, et le tarif du produit lorsqu’il est mis sur le marché. Ce dernier pourra même être amené à changer. Pour la Chine, les vaccins font partie d’un maillage général de la diplomatie sanitaire que Pékin entend déployer, notamment dans les pays en développement.

En mai dernier déjà, le président chinois Xi Jinping qualifiait le vaccin chinois de “bien public”, destiné à être accessible et abordable. En août, Liu Jingzhen, le président du groupe pharmaceutique public chinois Sinopharm, annonçait que la double dose du produit coûterait 140 dollars (soit approximativement 115 euros, ou 1230 dirhams) une fois sur le marché.

Un vaccin qui serait toutefois vendu bien plus cher que le deuxième commandé par le Maroc et développé par AstraZeneca-Oxford. L’approvisionnement marocain de ce vaccin se fera à travers l’Inde et son fabricant industriel, Serum Institute of India (SII), comme l’indiquait, le 6 janvier, l’autorisation d’urgence de mise sur le marché émise par le ministère de la Santé.

Son PDG, Adar Poonawalla, annonçait récemment que les 100 premiers millions de doses qui sortiraient de l’usine pharmaceutique seront destinés au gouvernement indien au “prix spécial” de 200 roupies, soit environ 25 dirhams, tandis que les doses vendues sur le marché privé devraient coûter 1000 roupies (environ 120 dirhams).

Si ces propos ont rapidement fait l’objet d’un démenti de la part du gouvernement indien, ces chiffres permettent de donner une indication. En Europe, à titre d’exemple, AstraZeneca avait déclaré fin novembre que son vaccin serait initialement commercialisé en France “à prix coûtant”, soit environ 2,5 euros. Comme quoi, les affaires sont les affaires, Covid ou pas.

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