FIFA : le Maroc derrière un changement des statuts sur la nationalité sportive

Lors de son 70e congrès, la FIFA a donné son feu vert à un changement des statuts, permettant à certains joueurs binationaux d’évoluer pour une autre sélection. Une proposition issue d’un intense “lobbying” de la Fédération royale marocaine de football, et une aubaine pour Munir El Haddadi, un joueur qui a cristallisé toute la complexité de changer de sélection ces dernières années.

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L'ailier du FC Séville Munir EL Haddadi pourrait prochainement porter les couleurs du Maroc

Rejoindre la sélection de son pays d’origine ou jouer pour un pays d’accueil — le plus souvent européen — pour y améliorer la visibilité de sa carrière : voilà le dilemme de certains footballeurs binationaux. Un vieux feuilleton qui, ce 18 septembre, a connu un nouveau chapitre.

En adoptant la réforme sur le statut de la binationalité à l’occasion de son 70e congrès, la FIFA vient d’apporter une modification majeure. Désormais, un joueur âgé de moins de 21 ans au moment de sa première sélection peut choisir d’endosser la tunique d’une autre sélection, à condition qu’il compte moins de trois matchs avec sa première sélection, que ce soit en compétition officielle ou amicale.

Un changement de couleur autorisé seulement si le joueur n’a pas été appelé par sa première sélection depuis au moins trois ans, et qu’il n’a jamais pris part à une phase finale d’une Coupe du monde ou d’un tournoi continental avec la sélection en question.

De part et d’autre du détroit, la transversale Munir El Haddadi

Au cœur de cette petite (r)évolution qui pourrait avoir son importance dans le calendrier des sélections internationales, un joueur : Munir El Haddadi, 25 ans depuis début septembre, devenu la figure emblématique de la bataille avec les instances pour changer de sélection. En actant l’assouplissement des règles concernant les joueurs disposant d’une double nationalité, la FIFA vient ainsi de permettre à l’ailier hispano-marocain du FC Séville d’être éligible, à l’avenir, pour la sélection marocaine. Une victoire pour le joueur, mais aussi pour la Fédération royale marocaine de football (FRMF), à l’initiative de la proposition qui a atterri sur le bureau de l’instance dirigeante du football international.

La fin d’un long chemin se dessine ainsi pour le joueur né en Espagne de parents originaires de la région de Meknès qui, malgré quelques minutes d’apparition sous les couleurs de la Roja en 2014, avait fortement émis le souhait de rallier la tanière des Lions de l’Atlas, au point de devenir la figure de proue des joueurs dont le cœur balance entre deux sélections ces dernières années.

C’est un garçon qui veut absolument jouer pour le Maroc”, nous explique une source avertie, proche de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Depuis des années, nous l’avons eu plusieurs fois au téléphone, tant il a le Maroc chevillé au corps. Il a conscience qu’il a fait une erreur de jeunesse.

Récents vainqueurs de la Ligue Europa, le 22 août, dernier, Munir El Haddadi pourra bientôt rejoindre ses coéquipiers Yassine Bounou et Youssef En-Nesyri en sélection marocaine.Crédit: Capture d'écran / Twitter

Sa faute ? Avoir répondu, en septembre 2014, à l’appel de Vicente Del Bosque, alors sélectionneur de l’équipe nationale espagnole, pour prendre part à un match de qualification pour l’Euro 2016 face à la Macédoine, remporté 5-1. Alors âgé de 19 ans, le joueur était entré treize minutes en jeu. Suffisant pour “verrouiller” l’avenir de la carrière internationale du joueur qui se dessinera avec la Furia. L’Hispano-Marocain était alors considéré comme un grand espoir outre-détroit, glanant même quelques apparitions sous le maillot du FC Barcelone. Le joueur avait fait ses classes dans le prestigieux centre de formation du club catalan, La Masia, et porté à plusieurs reprises les couleurs espagnoles dans les catégories de jeunes.

Depuis, l’actuel pensionnaire du FC Séville, récent vainqueur de la Ligue Europa où évoluent les internationaux marocains Youssef En-Nesyri et Yassine Bounou, a multiplié les procédures pour changer de nationalité sportive. En vain. Et ce, malgré un appel au Tribunal arbitral du sport (TAS), débouté en mai 2018 alors que le joueur souhaitait disputer la Coupe du monde russe sous les couleurs marocaines.

D’une sélection à l’autre, le forcing marocain

Désormais, si le sélectionneur Vahid Halilhodzic le souhaite, le joueur évoluant en Liga pourra faire partie du prochain rassemblement des Lions. Une décision qui ne scelle pas pour autant l’avenir d’un autre binational, dont l’avenir international s’inscrit encore en pointillé : Mohammed Ihattaren, 18 ans. Annoncé frustré de son récent choix d’opter pour les Pays-Bas, son pays d’origine, le pensionnaire du PSV Eindhoven aurait, il y a peu, pris contact avec la FRMF pour faire part de son choix d’évoluer avec le Maroc. Une information que nous n’avons pu confirmer, bien que l’on nous a informé d’une situation “différente”, avec un joueur ayant fait les frais “d’un entourage difficile et de pressions émises par la Fédération néerlandaise pour évoluer avec les Oranje. D’autres joueurs originaires des Pays-Bas pourraient, en revanche, être concernés, tels que les pensionnaires d’Aston Villa et d’Anderlecht, Anwar El Ghazi (25 ans) et Zakaria Bakkali (24 ans).

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Reste que c’est une véritable percée marocaine qui s’est dessinée derrière cette mise à jour pour les binationaux. Cette nouvelle règle a été proposée à l’initiative du président de la FRMF, Faouzi Lekjaa, pour lequel il a fallu “un important travail de lobbying auprès de l’instance internationale de la part du Maroc”, nous apprend une source, pour faire voter la motion. Nous avons utilisé tout le poids que nous avons afin de mettre en place une coopération internationale et réussir à peser sur le dossier”, nous indique notre interlocuteur.

Un travail de lobbying mis en place depuis plus de deux années. L’idée : d’abord “faire accepter que la règle actuelle était mauvaise avant d’opérer pour la faire changer”. Résultat : “Un travail de longue haleine”, explique notre interlocuteur, lors duquel le Maroc a pu essentiellement s’appuyer sur plusieurs réunions avec les présidents de fédérations affiliées à la Confédération africaine de football (CAF) avant de se diriger vers les autres confédérations et l’administration de la FIFA. “Ce lobbying concerne surtout les fédérations africaines et les pays du tiers-monde, parce que c’est essentiellement elles qui se faisaient avoir et se voyaient privées d’un réservoir de joueurs”, poursuit notre source. Derrière, une victoire autrement plus importante : “Cela montre que le Maroc est capable de relever le défi de l’influence dans les instances du football et de faire preuve d’un certain leadership, en prenant pour lui la défense d’intérêts qui lui sont propres et communs avec d’autres fédérations.

La binationalité, casse-tête des sélections nationales

Jusqu’en 1964, il était possible pour les footballeurs de jouer successivement pour plusieurs équipes nationales à condition d’en avoir la nationalité : soit par la double nationalité, soit en ayant été naturalisé. La FIFA avait alors coupé court à la pratique et un choix effectué devenait définitif. Depuis, les binationaux devaient faire un choix concernant leur nationalité sportive avant l’âge de 21 ans : un jeune joueur ayant par exemple défendu les couleurs françaises en catégories juniors ou espoirs ne pouvait plus opter pour une autre sélection après cet âge-là.

Vecteur de nombreuses polémiques sur l’identité nationale, parfois agitée en chiffon rouge pour exprimer des problématiques d’insertion dans des débats de société dans certains pays occidentaux, la question de la binationalité avait connu une nouvelle révolution en 2009. Le congrès de la FIFA à Nassau avait voté l’abolition de la limite d’âge pour jouer en faveur d’une autre sélection, à condition qu’un joueur n’ait disputé que des matchs amicaux avec son ancienne sélection. En première ligne, les fédérations africaines avaient mené ce combat, principalement rangées derrière le président de la fédération algérienne de football, Mohamed Raouraoua.

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