Grèce : des milliers de migrants sans abri après un énorme incendie dans le camp de Lesbos

Des milliers de migrants se sont retrouvés sans abri sur l’île de Lesbos après l’énorme incendie qui a ravagé Moria, le plus grand camp de réfugiés de Grèce, dans la nuit du 8 au 9 septembre.

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Des milliers de migrants ont passé la nuit du 9 septembre en bord de route près de Mytilène pour fuir les flammes. Crédit: Angelos Tzortzinis/AFP

Selon le ministre grec des Migrations Notis Mitarachi, des demandeurs d’asile qui protestaient contre la quarantaine imposée après la détection de cas de Covid-19 sont à l’origine de l’incendie déclaré dans la nuit du mardi 8 septembre.

Aucune victime, ni blessé, ni disparu n’a été signalé”, a-t-il souligné, saluant “l’intervention rapide” des pompiers et des policiers.

Au moins 3500 migrants sans abri

La Protection civile grecque a déclaré “l’état d’urgence” à Lesbos, île de la mer Égée de 85.000 habitants et principale porte d’entrée des migrants en Grèce en raison de sa proximité avec la Turquie.

“Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Où peut-on aller ?”

Mahmout, originaire d’Afghanistan

Au moins 3500 migrants sont sans abri (…) et nous prenons des mesures d’urgence pour ces personnes : les plus vulnérables, environ 1000, seront hébergées sur un ferry qui va arriver mercredi soir au port de Mytilène”, chef-lieu de l’île, annonçait hier Notis Mitarachi. Deux bâtiments de la marine grecque se rendront ce jeudi 10 septembre à Mytilène pour héberger d’autres migrants et des tentes vont être installées.

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La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a fait part de sa “profonde tristesse”, soulignant que l’UE se tenait “prête à aider”. D’ores et déjà, la Commission européenne a annoncé qu’elle prenait en charge le transfert immédiat vers la Grèce continentale de 400 enfants et adolescents.

Des milliers d’hommes, femmes et enfants sont sortis paniqués dans la nuit des tentes et des conteneurs, certains se réfugiant dans les champs d’oliviers environnants. Mercredi après-midi, la majorité d’entre eux se sont retrouvés assis au bord de la route reliant le camp au port de Mytilène, formant de longues files d’attente de trois kilomètres, a constaté une journaliste de l’AFP.

“Nous avons tout perdu”

Qu’est-ce qu’on va faire maintenant? Où peut-on aller?”, demande Mahmout, originaire d’Afghanistan. À côté de lui, sa compatriote Aisha cherche ses enfants : “Deux de mes enfants sont là, mais je ne sais pas où sont les autres.

Cornille Ndama, Congolais, a aussi fui Moria dans la nuit. “Nous avons tout perdu. Comme vous me voyez, je suis laissé comme ça. Je n’ai rien, rien avec moi et nous ne savons pas où nous allons dormir.” Le camp hébergeait quelque 12.700 demandeurs d’asile, soit quatre fois sa capacité d’accueil, dont 4000 enfants.

Mercredi soir, un nouvel incendie s’est déclaré dans une partie du camp qui avait été relativement épargnée, entraînant les mêmes scènes de chaos : des familles paniquées fuyant le feu qui consumait leurs tentes. “Moria finished” (“Moria c’est fini”), criaient des migrants. “Cet incendie est plus limité que celui de mardi soir”, a précisé un responsable des pompiers.

Protestation contre la quarantaine

Selon Notis Mitarachi, des demandeurs d’asile sont à l’origine de l’incendie. “Les incidents à Moria ont éclaté quand des demandeurs d’asile ont protesté contre la quarantaine”, a-t-il déclaré, précisant que de “nombreux foyers” se sont déclarés dans le camp dans la nuit.

“Je reconnais les conditions difficiles, mais rien ne peut servir d’alibi pour des réactions violentes contre les contrôles sanitaires”

Kyriakos Mitsotakis, Premier ministre grec

Peu avant, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, qui a exprimé “sa tristesse”, avait attribué l’origine du désastre à “des réactions violentes contre les contrôles sanitaires” effectués depuis la semaine dernière après la détection de 35 cas de Covid-19 dans le camp. “Je reconnais les conditions difficiles (à Moria), mais rien ne peut servir d’alibi pour des réactions violentes contre les contrôles sanitaires”, et “surtout pour des troubles de cette envergure”, a-t-il déclaré.

Le premier cas de coronavirus avait été détecté à Moria la semaine dernière et le camp a été immédiatement placé à l’isolement pour quinze jours.

La partie principale du centre d’enregistrement d’identification a été complètement détruite, selon Notis Mitarachi. Outre cette partie principale du camp abritant près de 4000 personnes ainsi que les locaux administratifs et d’asile, le camp de Moria s’étendait dans les oliveraies avoisinantes, où habitaient près de 8000 personnes dans des tentes, qui ont subi également de nombreux dégâts.

L’UE pointée du doigt

L’Allemagne, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne, a demandé aux pays de l’UE d’accueillir des migrants du camp. Mais les ONG s’inquiètent de la situation. “De nombreuses personnes sont dispersées à des endroits sur l’île” où les ONG ne peuvent pas avoir accès, explique Giovanna Scaccabarozzi, employée de Médecins sans Frontières (MSF) à Lesbos, qui dit ressentir “détresse et désespoir”.

En Allemagne, plusieurs milliers de personnes ont manifesté spontanément dans plusieurs villes pour exiger des autorités de prendre en charge des migrants. “Droit de séjour partout, personne n’est illégal” ou encore “nous avons de la place”, ont scandé des manifestants à Berlin, Hambourg, Hanovre ou encore Münster.

Ces dernières années, le camp de Moria a été décrié pour son manque d’hygiène et son surpeuplement par les ONG qui appellent régulièrement les autorités grecques à transférer les demandeurs d’asile les plus vulnérables vers le continent.

La commissaire du Conseil de l’Europe Dunja Mijatovic a critiqué mercredi “le manque de solidarité des pays membres de l’Europe qui sont aussi responsables de la situation catastrophique” sur l’île.

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