Tunis : un policier tué dans un double attentat suicide devant l’ambassade américaine

Un policier a été tué et quatre autres, ainsi qu’un civil, ont été blessés dans un double attentat suicide qui a frappé ce 6 mars des forces de l’ordre protégeant l’ambassade des États-Unis à Tunis.

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La police et la police scientifique sur les lieux du double attentat suicide à Tunis, le 6 mars. Crédit: Fethi Belaid/AFP

Une explosion a secoué, ce vendredi 6 mars en fin de matinée, le quartier des Berges du Lac, à une dizaine de kilomètres du centre-ville. C’est là que se trouve l’ambassade américaine, protégée en permanence par d’importants barrages de sécurité.

Notre siège de travail est à 300 mètres de là, mais l’explosion était tellement forte que les vitres de notre bâtiment ont tremblé”, a expliqué à l’AFP Haykel Boukraa, 49 ans. “C’était la panique totale. Des collègues ont eu une crise d’angoisse (…). On ne savait pas si on devait sortir ou rester au bureau”, raconte-t-il, encore secoué.

La police scientifique a rapidement été dépêchée sur les lieux, survolés par un hélicoptère, alors que des policiers sous le choc ont bouclé le périmètre, ont constaté des journalistes de l’AFP. “C’est dur de devoir continuer à travailler alors que tu viens de voir tes collègues blessés”, a réagi un policier sur place.

Un lieutenant décédé

Les deux assaillants sont arrivés à moto et ont enclenché leur charge explosive à l’approche des policiers en faction sur le rond-point menant à l’ambassade, selon des policiers sur place. Une seule détonation a toutefois été rapportée, laissant supposer qu’un des deux kamikazes n’est pas parvenu à actionner sa charge.

“C’est la patrouille de police qui était visée plutôt que l’ambassade”

Khaled Ayouni, porte-parole du ministère de l'Intérieur

Un lieutenant est décédé de ses blessures, quatre autres policiers ont été touchés, ainsi qu’un civil, légèrement atteint, a indiqué le ministère de l’Intérieur. “Toutes les unités de sécurité ont été placées en état d’alerte élevée”, a précisé le ministère dans un communiqué.

Les cordons de sécurité ont notamment été renforcés devant le ministère de l’Intérieur, sur la principale avenue du centre de Tunis, où la circulation automobile a été interrompue. Le porte-parole du ministère, Khaled Ayouni, a affirmé à l’AFP que “c’est la patrouille de police qui était visée plutôt que l’ambassade”. Il a relevé que l’attentat avait eu lieu la veille du quatrième anniversaire de la dernière attaque jihadiste d’envergure en Tunisie.

Le 7 mars 2016, des jihadistes venus de Libye avaient en effet tenté, sans succès, de s’emparer de postes des forces de sécurité de Ben Guerdane (sud), faisant 20 morts. Chaque attaque replonge le pays dans le souvenir de la série d’attentats suicide dont il a été l’objet après sa révolution de 2011.

Cible de l’EI et d’AQMI

Après la chute de la dictature en 2011, la Tunisie a en effet été confrontée à un essor de la mouvance jihadiste, responsable de la mort de dizaines de soldats et de policiers, mais aussi de nombreux civils et de 59 touristes étrangers. La Tunisie reste d’ailleurs sous état d’urgence depuis novembre 2015, lorsqu’une attaque suicide contre la garde présidentielle, en plein centre de Tunis, avait fait 12 morts. Elle avait été également revendiquée par l’EI.

En septembre 2012, l’ambassade américaine avait déjà été visée par des manifestants issus pour la plupart de la mouvance salafiste, qui entendaient protester contre un film islamophobe réalisé aux États-Unis. Quatre personnes avaient été tuées et des dizaines blessées lors de violents affrontements entre police et manifestants.

AQMI a perpétré plusieurs attaques meurtrières au cours de la décennie écoulée

Après une série d’attaques qui avaient notamment visé des touristes sur une plage à Sousse (est) et au célèbre musée du Bardo à Tunis en 2015, la situation sécuritaire s’était néanmoins nettement améliorée ces trois dernières années. Mais des attaques contre les forces de sécurité ont encore lieu, notamment dans les massifs montagneux frontaliers de l’Algérie, et ponctuellement à Tunis.

En octobre 2018, une femme d’une trentaine d’années avait déclenché un engin explosif artisanal près d’une patrouille de police en plein centre-ville, faisant 26 blessés.

Fin juin 2019, le double attentat suicide revendiqué par l’EI avait visé des policiers dans le centre de Tunis et devant une caserne, coûtant la vie à un policier. Revendiqué par l’organisation État islamique (EI), cet événement avait mis en évidence la résilience des groupes extrémistes dans le pays, bien que la situation sécuritaire se soit nettement améliorée.

Outre l’EI, Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a perpétré plusieurs attaques meurtrières au cours de la décennie écoulée. Fin février, l’AQMI confirmait le décès d’un de ses cadres, Abou Iyadh, fondateur du principal groupe jihadiste tunisien proche d’Al-Qaïda, Ansar al Charia, notamment accusé d’avoir orchestré les violences contre l’ambassade américaine en 2012.

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