L'ONU accuse Israël de possibles "crimes contre l'humanité" à Gaza

L'ONU accuse Israël de possibles "crimes contre l'humanité" à Gaza

La riposte israélienne aux manifestations de Palestiniens à Gaza en 2018 s'apparente à des “crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité”, a conclu le 28 février une commission d'enquête de l'ONU dans un rapport jugé “partial” par Israël.

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Manifestations de Palestiniens à la frontière de la bande de Gaza le 30 mars 2018. Crédit: Jack GUEZ / AFP

Dans leur rapport, les trois enquêteurs, mandatés par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU mais qui n’ont pas reçu le feu vert d’Israël pour aller sur le terrain, se sont penchés sur les violences ayant entouré les rassemblements hebdomadaires de fin mars 2018 jusqu’à fin décembre dans le territoire palestinien.

Selon la commission, ces manifestations étaient essentiellement de “nature civile” et il existe des “motifs raisonnables de croire que des tireurs d’élite israéliens ont tiré sur des journalistes, du personnel de santé, des enfants et des personnes handicapées, sachant qu’ils étaient clairement reconnaissables comme tels”.

Le chef de la diplomatie israélienne, Israel Katz, a dénoncé un rapport “hostile, mensonger et partial” contre son pays et reinvoqué le droit d’Israël à se défendre contre les agissements “terroristes” du Hamas, qui gouverne sans partage la bande de Gaza.

Mais pour le président de la commission de l’ONU, Santiago Canton, “les soldats israéliens ont commis des violations du droit international humanitaire et des droits humains”. “Certaines de ces violations peuvent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité et doivent immédiatement faire l’objet d’une enquête par Israël”, a-t-il affirmé.

Dans ses conclusions, la commission recommande par ailleurs aux autorités de la bande de Gaza de cesser d’utiliser des “cerfs-volants et des ballons dotés de dispositif”, l’envoi de ces engins vers Israël constituant un des aspects de la vaste mobilisation palestinienne.

La bande de Gaza, coincée entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée, est le théâtre depuis mars 2018 de protestations hebdomadaires, généralement accompagnées de violences, le long de la barrière.

Au moins 251 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens depuis cette date, la grande majorité le long de la frontière, et les autres dans des frappes israéliennes en représailles à des actes hostiles en provenance de l’enclave. Deux soldats israéliens ont été tués sur la même période.

Selon la commission, “plus de 6.000 manifestants non armés ont été touchés par des tireurs d’élite militaires, semaine après semaine lors des manifestations”, dans la bande de Gaza l’an dernier.

La commission, avec qui Israël n’a pas coopéré, a procédé à 325 entretiens avec des victimes, des témoins et des sources et recueilli plus de 8.000 documents. Elle a aussi eu accès à du matériel audiovisuel, dont des enregistrements réalisés par des drones.

Outre la fin du blocus israélien imposé à l’enclave depuis plus de 10 ans, la “Marche du retour” réclame le retour des réfugiés palestiniens sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création de l’Etat d’Israël en 1948. Israël n’a cessé de proclamer que cette protestation massive était orchestrée par le Hamas, mouvement islamiste qui dirige la bande de Gaza et auquel il a livré trois guerres depuis 2008.

C’est le Hamas, une organisation dont l’objectif déclaré consiste dans la destruction de l’Etat d’Israël, qui pousse les habitants de Gaza, y compris les femmes et les enfants, vers la barrière (frontalière), c’est lui qui porte la responsabilité”, a assuré Israel Katz, le ministre des Affaires étrangères, réagissant dans un communiqué au rapport.

Mais pour les enquêteurs de l’ONU, “les manifestations étaient de nature civile, avec des objectifs politiques clairement énoncés” et “malgré certains actes de violence importante, la commission a estimé que les manifestations ne constituaient pas des combats ou des campagnes militaires”.

Il n’y a aucune raison de tuer ou de blesser des journalistes, des médecins et des personnes qui ne représentent pas une menace imminente de mort (…) pour les personnes qui les entourent. Cibler des enfants et des personnes handicapées est particulièrement alarmant”, a relevé une autre enquêtrice de l’ONU, Sara Hossain.

Un rapport plus détaillé sera présenté le 18 mars devant le Conseil des droits de l’Homme, instance onusienne que les autorités israéliennes accusent habituellement de partialité envers Israël.

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