Attentats au Burkina Faso : "Aujourd’hui, les jihadistes sont recrutés localement"

Vendredi 2 mars, une double attaque terroriste, revendiquée par le Groupe de soutien de l'islam et des musulmans (GSIM), visait l'état-major général des armées ainsi que l'ambassade de France à Ouagadougou. Paul Koalaga, consultant burkinabè en questions de sécurité et terrorisme, analyse le contexte et la portée de ces actes.

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(AFP/Ahmed OUOBA)

Ce n’est pas la première fois que Ouagadougou est visé par des offensives terroristes. Il s’agit du troisième attentat visant la capitale burkinabè, en deux ans seulement. Depuis 2015, les attaques à la frontière malienne, dans le nord du pays, se sont également multipliées.

Aujourd’hui, le Burkina Faso, membre du G5 Sahel, paie son implication dans la lutte contre le terrorisme. Depuis la chute du régime de l’ancien président, Blaise Compaoré, fin 2014, le climat sécuritaire s’est fortement dégradé.

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Le mode opératoire de l’attaque du 2 mars est cependant nouveau. C’est la première fois qu’un attentat à la voiture piégée est perpétré en Afrique de l’Ouest. Le point avec Paul Koalaga, consultant burkinabè en questions de sécurité et terrorisme, et expert du Réseau de réflexion stratégique sur la sécurité au sahel (2r3s).

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Que sait-on du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) qui a revendiqué les attentats du 2 mars ?

C’est une fusion de plusieurs groupes jihadistes du Sahel. À l’intérieur du groupe, il y a plusieurs leaders plus ou moins connus. Le premier, le Malien Iyad Ag Ghaly vient du groupe Ansar Dine. Il a un parcours un peu spécial. Avant de devenir jihadiste, il a participé à un certain nombre de négociations avec l’État malien. Mais c’est en 2012 qu’on a compris qu’Ag Ghaly était devenu un terroriste à part entière, avec son organe de choc Ansar Dine.

L’autre leader assez important que tous connaissent, c’est l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, chef du groupe Al-Mourabitoune. C’est lui qui avait notamment revendiqué la première attaque visant Ouagadougou, le 15 janvier 2016.

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Durant cette attaque, l’état-major général des armées était visé, et non plus seulement les populations occidentales. Que signifie cela ?

En effet, les cibles ont changé. Ce ne sont plus les cafés, restaurants et hôtels qui sont visés, mais bien des symboles forts du pays. Le mode opératoire des attaques a évolué. Attaquer une capitale en plein jour, cela signifie que ces forces terroristes sont décidées à s’engager dans une aventure morbide et sans issue. En réalité, ils ne calculent pas le nombre de morts qu’ils causeront, mais plutôt l’impact médiatique qu’ils auront au niveau international.

Comment le peuple burkinabè réagit-il, dès lors qu’il est lui aussi attaqué ?

C’est déjà la troisième attaque. Comme vous pouvez l’imaginer, ces populations sont désemparées. Le moral est au plus bas. Si on parvient à attaquer l’état-major, si on peut attaquer une puissance diplomatique, si on peut attaquer le Sahel, si on peut attaquer la capitale à n’importe quel moment, les citoyens ne se sentent plus à l’abri.

Il faut que les autorités travaillent là-dessus, pour redonner confiance aux populations. Il faut proposer des solutions, nous avons besoin d’un système de réseaux, car en matière de renseignements, il y a un réel problème au Burkina.

Pensez-vous qu’il existe un lien entre l’attaque de vendredi et le procès du putsch manqué de septembre 2015, qui avait commencé quatre jours auparavant ?

Une certaine opinion établit effectivement des liens entre le jugement du putsch et les attentats. Je pense foncièrement que les groupes terroristes observent très bien ce qui se passe à l’intérieur de l’État, et choisissent des moments plus tendus pour agir. En effet, le procès a mobilisé l’ensemble de l’opinion publique. Les Burkinabè ont les yeux braqués sur ce procès.

A-t-on une idée de la nationalité des assaillants ?

Pour le moment, on dit clairement que la plupart des assaillants sont issus du Burkina Faso. Par le passé, ils venaient soit du Mali, soit du Niger, pour commettre des actes terroristes au Burkina Faso. Aujourd’hui, ils sont recrutés localement. Selon des sources sécuritaires, il n’y aurait qu’un seul étranger parmi les terroristes. Cela prouve qu’aujourd’hui, des cellules qui ont épousé une idéologie jihadiste voient le jour au Burkina Faso. La radicalisation existe.

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