Sahara : Avec Köhler à Lisbonne, la relance du processus de négociation voulue par l’ONU est-elle possible ?

Une délégation marocaine rencontre l'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU pour le Sahara ce mardi à Lisbonne. Alors que le dialogue était bloqué avec son prédécesseur Christopher Ross, l'ancien président allemand peut-il faire avancer la résolution du conflit malgré les positions de chacune des parties prenantes ?

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Discussions bilatérales entre délégation marocaine conduite par Nasser Bourita et l'envoyé personnel du SG de l'ONU pour le Sahara marocain, le 6 mars à Lisbonne - Crédit : MAP

La rencontre a démarré ce mardi, en milieu de matinée, dans une petite salle de l’Altis Grand Hôtel de Lisbonne, où tous les participants apparaissent un peu à l’étroit. Elle devrait se poursuivre toute la journée, et se clôturer par un dîner, rapporte 2m.ma sur son fil Twitter.

D’un côté de la table, une délégation marocaine emmenée par le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita. Elle est composée d’Omar Hilale, représentant du Maroc à l’ONU et des présidents des régions de Laayoune-Sakia El Hamra et de Dakhla-Oued Eddahab.

En face, Horst Köhler, envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara, accompagné de son conseiller spécial David Schwake et de sa porte-parole Obina Okinba.

Bourita et Köhler se rencontrent officiellement pour la deuxième fois depuis que l’ancien président allemand a été nommé envoyé personnel en juin 2017 par Antonio Guterres. Dans le cadre d’une tournée régionale, Köhler avait été reçu par le roi Mohammed VI en octobre 2017 à Rabat.

Il succédait à l’Américain Christopher Ross qui avait occupé cette fonction de janvier 2009 jusqu’à sa démission en janvier 2017. Le Maroc lui avait retiré sa confiance en 2012, lui reprochant des « déclarations et ses initiatives inacceptables et contrevenant aux prérogatives de son mandat« .

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Lors de la rencontre, Nasser Bourita et Horst Köhler affichent leur plus beau sourire, en témoignent des images publiées par 2m.ma. Alors que de sommets de l’Union africaine en batailles juridiques à l’Union européenne, le Maroc ne cesse de défendre que le cadre du dossier du Sahara doit être onusien, ce dialogue dans un format renouvelé présage-t-il d’une « relance du processus de négociation avec une nouvelle dynamique« , telle que voulue par le secrétaire général de l’ONU dans son premier rapport annuel sur le Sahara publié en avril 2017 ?

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Tabula rasa ?

Côté ONU, exit Christopher Ross, au profit d’un politique allemand rompu aux négociations. Horst Köhler a mené sa première négociation en 1990. Quelques jours après la chute du Mur de Berlin, alors secrétaire d’État aux Finances, il fait partie d’une équipe chargée de l’unification de la monnaie allemande.

Afin de faire avancer les discussions, Köhler va même jusqu’à « frapper sous la table » l’un de ses collègues, a confié l’ancien ministre allemand des Finances, Thilo Sarrazin, dans un entretien accordé à Deutschland Radio Kultur.

La même année, Horst Köhler se rend à Moscou pour négocier le retrait des troupes soviétiques de la RDA. En 1992, il est le négociateur en chef de l’Allemagne lors des discussions pour le traité de Maastricht, ainsi que l’envoyé personnel du chancelier Helmut Kohl lors du sommet du G7 de Munich.

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Côté Maroc, exit les représentants du CORCAS (Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes) dans la délégation, au profit des deux présidents de régions des provinces du Sud. Sidi Hamdi Ould Errachid, pour Laayoune-Sakia El Hamra et Ynja Khattat, pour Dakhla-Oued Eddahab. Objectif : présenter à l’ONU des interlocuteurs démocratiquement élus par les habitants de la région, pour franchement contraster avec les représentants du Polisario.

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Entre le Maroc et Köhler pas de crise, mais ce n’est pas pour autant le grand amour. En début d’année, lorsque l’envoyé personnel a envoyé des invitations au Maroc, au Polisario, à l’Algérie et à la Mauritanie en février pour organiser avec chacun d’entre eux des discussions bilatérales, le Maroc ne s’est pas précipité pour accepter, à l’inverse de l’Algérie et du Polisario.

Fin janvier, le chef du Polisario, Brahim Ghali, rencontre Köhler à Berlin. Mi-février, la diplomatie algérienne fait de même à Munich en marge de la Wehrkunde, Forum annuel de Munich sur les politiques de défense.

Selon nos informations, lors de la rencontre entre Mohammed VI et Köhler en octobre, la possibilité que la diplomatie chérifienne rencontre à nouveau l’envoyé spécial lors de ce forum avait été évoquée. Mais, craignant que la rencontre bilatérale ne se transforme en un format élargi, ce scénario est finalement écarté.

En outre, avec l’Américain Ross, les rencontres se déroulaient aux États-Unis, avec le blocage que l’on connait. Le Maroc préfère éviter d’impliquer l’Allemagne et propose Paris ou Lisbonne à une date ultérieure. Ce sera la capitale portugaise, plus neutre.

Guerre de tranchées

Aussi, la rencontre du 6 mars est bien une rencontre bilatérale. Répondant à l’invitation de l’envoyé spécial, les éléments de langage de la diplomatie marocaine reprise dans la presse font état d’une démarche « d’écoute » plus que de proposition. Les diplomates marocains seront particulièrement attentifs aux éléments de l’Allemand qui laisseront transparaitre ses intentions en prévision du rapport qu’il présentera en avril au secrétaire général des Nations unies. Pour son premier rapport annuel, s’en tiendra-t-il à un exposé factuel ou esquissera-t-il déjà quelques pistes ?

Conscient du rôle politique de l’envoyé personnel, qui tient son mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, le Maroc se dit prêt à multiplier les rencontres avec lui. Il ne lui reconnait en revanche aucune compétence en matière de ressources naturelles, de droits de l’homme ou même en cas de tension à Guergarat.

En outre, la diplomatie marocaine dans le cadre de ces échanges est tenue par quatre « principes et fondamentaux de la position marocaine » énoncés par le roi dans son discours du 6 novembre 2017 pour les 42 ans de la Marche verte. « Aucun règlement de l’affaire du Sahara n’est possible en dehors de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, et en dehors de l’Initiative d’autonomie« , avait déclaré Mohammed VI, fixant d’emblée un préalable aux négociations.

« Le problème n’est pas tant de trouver une solution à cette affaire, mais plutôt d’arriver à définir le processus à suivre pour y parvenir. Il appartient, donc, aux parties à l’origine de ce conflit monté de toutes pièces, d’assumer pleinement leur responsabilité dans la recherche d’un règlement définitif« , poursuivait le souverain, sous-entendant que l’Algérie devrait être présente à la table des négociations pour que le Maroc s’y installe aussi.

Mohammed VI appelait aussi au respect du seul cadre onusien pour la résolution du conflit. Les rencontres, coup sur coup en janvier, de Horst Köhler avec le président de l’Union africaine Paul Kagamé, le président de la Commission de l’UA Moussa Faki et le président du Conseil paix et sécurité (CPS) de l’UA Smaïl Chergui, sont-elles un signal contradictoire ? Élu fin janvier comme membre du CPS, le Maroc entend en tout cas faire en sorte que cette instance africaine ne se prononce plus sur la question.

Enfin, Mohammed VI formulait un « refus de toute proposition obsolète visant à écarter le plan de règlement des paramètres référentiels retenus, de l’insertion abusive d’autres sujets« .

La perspective de discussions multilatérales semble donc a priori assez éloignée. Néanmoins, la fermeté du roi sur ces paramètres n’interdit pas à la diplomatie une certaine ouverture sur les modalités.

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