Rapport présenté à l'ONU : "80% des femmes qui ont des troubles mentaux sont victimes de violence" au Maroc

Rapport présenté à l'ONU : "80% des femmes qui ont des troubles mentaux sont victimes de violence" au Maroc

Deux ONGs ont présenté un rapport alarmant à l'ONU sur la violence contre les femmes en situation de handicap au Maroc, à l'occasion de la 18e session du comité sur les droits des personnes handicapées qui se tient du 14 août au 1er septembre.

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© Yassine Toumi/TELQUEL

La vidéo de Zineb, agressée sexuellement dans un bus, et identifiée comme étant une jeune fille de 26 ans souffrant de troubles mentaux, a choqué l’opinion publique. Si cette vidéo a marqué les esprits, l’histoire de Zineb n’est pourtant pas isolée. Un rapport de deux ONGs, The Advocates for rights associates et Mobilising for rights associates, présenté à l’ONU dresse un état alarmant de la situation des femmes en situation de handicap qui subissent une « double discrimination« .

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Le rapport a été présenté lors de la 18e session du comité sur les droits des personnes handicapées qui se tient du 14 août au 1er septembre au siège de Genève de l’ONU, lors de l’examen du Maroc auquel s’est déplacée Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de l’Egalité, de la Famille et du Développement social. « Pour l’instant, la violence contre les femmes handicapées reste non connu et sans réponse« , explique le rapport. En 2015, le rapport annuel publié par le ministère de Bassima Hakkaoui « n’incluait pas une seule référence aux femmes en situation de handicap« . Pourtant, les chiffres et les témoignages sont là.

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80% des femmes qui ont des troubles mentaux sont victimes de violence

L’association marocaine des parents et amis des personnes handicapées mentales (Hadaf) estime que plus de 80% des femmes avec des troubles mentaux sont victimes de violence au Maroc. « La vulnérabilité de ces femmes vient de facteurs risques liés à leur handicap comme le manque d’indépendance financière et la dépendance physique envers d’autres personnes« , décrypte le rapport qui ajoute que ce sont souvent les proches qui abusent de ces femmes, comme le père, le mari, le frère, le voisin, un collègue ou un ami.

Les femmes avec des troubles mentaux « sont souvent cachées, traitées comme des petites bonnes par leur propre famille. Elles sont souvent l’objet de plusieurs formes de harcèlement sexuel, du toucher et de la caresse aux abus en tant qu’outil de formation sexuelle pour leur famille ». 

Le rapport cite le témoignage d’une ONG – restée anonyme – qui raconte le cas d’une jeune fille de 15 ans qui a des troubles psychosociaux et intellectuels. Elle a été « victime de viol et d’exploitation sexuelle par plusieurs personnes de sa communauté étant donné son incapacité à distinguer les comportements appropriés ou non et signaler la violence« . Tombée plusieurs fois enceinte, elle a maintenant deux enfants. Le cas de cette jeune fille n’est pourtant pas exceptionnel, explique le rapport qui liste les impacts traumatisants pour ces femmes qui sont blessées psychologiquement, font des dépressions, perdent l’appétit ou tentent de se suicider.

Les femmes avec des invalidités motrices souffrent aussi d’abus physiques face à leur incapacité à se défendre. Le rapport donne trois exemples rapportés par  des ONGs locales : l’une a souffert d’agression, de viol et d’un manque de soutien financier, la seconde à moitié paralysée, a été enfermée dans un puits par son mari et ses frères. La dernière ayant une déficience motrice a déclaré qu’elle était abandonnée par son mari en raison des coûts médicaux élevés associés à ses soins.

Porter plainte, le parcours du combattant

La difficulté à se saisir de la justice pour ces jeunes femmes aggrave davantage leur souffrance. « Plusieurs barrières lié à la difficulté à rapporter les abus, chercher de l’aide et avoir accès à la justice » freinent le processus. De fait de leur handicap, le premier obstacle est de faire le pas et de porter plainte. Les femmes « avec des troubles mentaux ont du mal à s’exprimer et à communiquer« , explique le rapport qui ajoute l’exemple d’une « femme aveugle qui n’a pas pu identifier son agresseur« . De plus, ces femmes ont souvent peur de rapporter la violence qu’elles ont subie.

Une fois qu’elles ont l’idée et acceptent d’aller porter plainte auprès des autorités, elles font encore face à de nombreux obstacles « Elles sont souvent dénigrées par la police. Elles ne sont pas prises au sérieux et son considérées comme étant folles (insane)« , détaillent les ONGs.

Une ONG a reporté qu’ils ont accompagné une femme muette à la police et leur seule réponse a été d’essayer de trouver un interprète, aucune plainte n’a été enregistrée et aucune mesure protectrice n’a été mise en place.

Sans compter le manque d’accès handicapé dans les postes de police, l’absence de procédure et de service spécifique qui sachent investiguer et s’adresser à ces personnes fragiles.

Des lois limitées et le non respect des normes internationales

Les femmes en situation de handicap subissent aussi des violences, car elles sont mal protégées par la législation selon le rapport. Le Marc a pourtant signé plusieurs traités internationaux avec l’obligation de donner des droits à ces femmes et de les protéger de toute violence. Ces personnes devraient aussi être protégées par l’article 19 de la Constitution marocaine qui prône l’égalité homme-femme, l’article 22 qui interdit toute violation physique, intégrité morale et dignité, ainsi que l’article 54 qui demande à l’Etat d’avoir une politique pour défendre les personnes qui ont des besoins particuliers.

Le rapport soulève aussi les limites de la loi sur les personnes handicapées 97-13, qui « ne fait pas référence à la violence ou autres formes de discrimination contre les femmes en situation de handicap« . De même pour le projet de loi 103-13 encore devant le parlement sur la lutte contre les violences faites aux femmes qui « ne fait aucune référence aux femmes handicapées« . En ce qui concerne le Code pénal, le rapport critique le fait qu’il ne soit jamais appliqué. Le code de la famille présente les personnes avec des problèmes mentaux comme des « personnes démentes » et « folles qui ont perdu son esprit ».

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« Le gouvernement du Maroc doit indiquer les étapes envisagées pour promulguer une loi qui combat les violences contre les femmes, incluant inclure un point de vue sur l’invalidité dans la définition de la violence et aborder les obstacles spécifiques auxquels sont confrontées les femmes et les filles handicapées dans l’accès à la justice« , notent les deux ONGs. Ce dernier conclut que « le Maroc n’offre aucune évidence concrète des ces améliorations », alors qu’il manque encore d’accueil policier adéquat pour recueillir les plaintes de ces victimes de violence ainsi que d’infrastructures et de services psychiatriques spécifiques pour les suivre.

Pour aller plus loin (en anglais) : Rapport de la société civile pour l’Onu sur la violence faite aux femmes en situation de handicap au Maroc

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