Abdellah Tourabi - L’Afrique et nous

Par Abdellah Tourabi

Nous connaissons tous la formule, souvent citée, de Hassan II comparant le Maroc à un arbre “dont les racines sont en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe”. Sauf que du temps du monarque défunt, ces racines africaines du Maroc ont été souvent délaissées et abandonnées pour se consacrer davantage aux branches arabes et à un houppier qu’on espérait voir atteindre un jour le ciel européen. Le retrait du Maroc de l’Organisation de l’Union Africaine en 1984 s’est avéré avec le temps comme une erreur stratégique, car il a privé le royaume de défendre sa cause nationale et de servir ses intérêts dans un lieu de plaidoyer et de pouvoir. Les nouveaux choix africains du Maroc se présentent comme plus judicieux et inspirés. Le continent africain est encore perclus de pauvreté et de mauvaise gouvernance mais il attire de plus en plus d’investissements étrangers. Il est souvent désigné, par les institutions économiques internationales, comme un nouvel “eldorado” pour les entrepreneurs en quête de nouveaux horizons.

L’offensive diplomatique du Maroc en Afrique replace le royaume sur l’échiquier continental. Et lui permet d’aspirer à se situer comme une force régionale. Un “soft power” qui s’appuie sur trois piliers : les investissements économiques, la religion et la diplomatie. En abandonnant son “insularité”, ou ses chimères européennes d’antan, le Maroc pourrait faire prévaloir, dans cette quête d’influence, des ressources symboliques propres à son histoire et à sa culture. L’ancien empire chérifien n’arrive pas dans cette démarche comme un aventurier vilement opportuniste, ou exprimant un néocolonialisme qui avance masqué, mais comme un pays qui souhaite défendre ses intérêts tout en regroupant autour de lui et avec lui les intérêts d’un continent. Après les indépendances, les pays africains tentaient de se mobiliser autour des idéaux de l’émancipation de la colonisation, de la souveraineté et de la dignité. Aujourd’hui, les rapprochements et les alliances se font sur la base du développement économique et du pragmatisme diplomatique. Les temps changent, les intérêts aussi.

Mais au Maroc, il existe, sur cette question africaine, un décalage entre les orientations officielles et les perceptions populaires. Le sentiment d’appartenance à l’Afrique reste extrêmement faible chez les Marocains. Dans la majorité des enquêtes et études faites sur ce sujet, nos compatriotes placent l’identité africaine en bas de leur échelle d’appartenance. Cette identité est liée, dans leur imaginaire, à des images de misère, de famine et de guerre. Ces perceptions sont tenaces et s’expriment de différentes manières. Il suffit par exemple d’entendre, lors des rencontres sportives, des commentateurs qui continuent à parler de “jungle africaine” alors que les matchs se déroulent dans des pays qui ont le même niveau de développement que le Maroc, ou parfois meilleur. C’est à ce niveau, populaire et national, qu’un autre travail de persuasion et de séduction mérite d’être fait.

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