Google Duo, la nouvelle appli pour appeler gratuitement (et qui marche au Maroc)

Google Duo, la nouvelle appli pour appeler gratuitement (et qui marche au Maroc)

Il y a désormais une application de messagerie vidéo grand public fonctionnelle au Maroc grâce à une technologie VoIP un peu différente de ses concurrentes. Avec Google Duo, adieu au blocage de l’ANRT ? On fait le point.

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Depuis la mi-août, la nouvelle application de messagerie vidéo de Google est disponible sur Android et iOS : Google Duo. Ultra-simplifiée, elle permet d’effectuer des appels vidéo en 1-to-1, mais pas de visioconférence. Pas de fonctionnalités compliquées, mais l’application est capable de passer d’un réseau Wi-Fi au réseau cellulaire sans que l’utilisateur ne s’en rende compte, et le flux vidéo est ajusté en fonction de la qualité de la réception. Petit gadget amusant et humanisant, la fonctionnalité « Toc-toc-Toc » permet à votre interlocuteur, lorsqu’elle est activée, de visualiser le flux vidéo avant de décrocher. En somme, pour le monde entier, Google Duo est une application de plus qui se place en concurrent direct de Facetime, exclusive, elle, aux utilisateurs d’appareils Apple sous iOS.

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En revanche, au Maroc, c’est une petite révolution, car Google Duo y fonctionne, tout simplement. Or, les applications de messagerie vidéo fonctionnelles au Maroc, ça ne court plus les circuits imprimés des smartphones depuis que l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) a bloqué ces fonctionnalités dans les applications utilisant la voix sur IP (VoIP). On bidouille avec un VPN pour utiliser WhatsApp, FaceTime et autre Skype, mais le confort d’utilisation s’en retrouve amoindri. Il y a IMO en revanche qui permet en plus d’échanger des messages textes ainsi que des images, sans s’encombrer d’un VPN. Si ces applications, IMO et Google Duo notamment, fonctionnent au Maroc malgré le blocage de la VoIP, c’est tout simplement parce qu’elles utilisent une sous-technologie un peu différente : le WebRTC.

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Alaa-eddine Kaddouri, Architecte logiciel.

« Il est un peu plus compliqué de bloquer ce type de communications »

On rentre dans des considérations techniques, mais ne fuyez pas. Pour comprendre, ces enjeux traditionnellement réservés à une caste de spécialistes, nous avons posé quatre questions à Alaa-eddine Kaddouri, architecte logiciel et entrepreneur dans les technologies de l’information et de la communication. Ses réponses claires et limpides – il est intervenu lors du TEDx de Casablanca en 2012 – permettent de comprendre ce qui se passe dans votre téléphone lorsque vous appelez vos proches gratuitement à l’autre bout du monde.

Alaa-eddine Kaddouri

Alaa-eddine Kaddouri

Quelle est la différence entre la VoIP et le WebRTC ?

Il faut d’abord préciser que la VoIP n’est pas une solution technique en soi, mais un concept : celui de transmettre la Voix à l’aide d’internet (IP, pour Internet Protocol). Toute technologie utilisant Internet pour transmettre de la voix est donc une VoIP. Avec le développement d’Internet, des applications (comme Skype) sont apparues avec chacune une implémentation technique propre. Elles permettent de transmettre la voix, et plus tard la vidéo, à travers le réseau internet. Les technologies ont évolué, des normes sont apparues, et, récemment, les grands acteurs du Web (W3C, Google, Firefox, Microsoft, Apple, et autres) se sont mis d’accord sur la mise en place d’un standard, permettant de faire (entre autres) de la VoIP sur des navigateurs. C’est ainsi que WebRTC est né. D’abord dans les navigateurs Web, donc, mais aujourd’hui, ce standard est aussi utilisable dans des applications bureau, mobile, etc. Le WebRTC est donc une technologie VoIP, et plus précisément un stack technique implémentant la VoIP.

Quel type d’emplois peut-on faire du WebRTC ?

Les utilisations sont diverses, la plus évidente est bien entendu la communication par voix et par vidéo, mais puisque le standard WebRTC permet également la transmission de données, de nombreuses applications peuvent être imaginées : échange de fichiers, sauvegarde, streaming…. Techniquement, WebRTC permet de faire tout ce que la voix IP permet, d’ailleurs, il y avait déjà eu des annonces indiquant que Skype allait adopter WebRTC pour ses futures versions. Google Hangout utilise déjà WebRTC depuis un moment, et le tout nouveau Google Duo se base dessus également.

La VoIP va-t-elle être progressivement abandonnée par les développeurs au profit du WebRTC ?

Comme expliqué plus haut, WebRTC est une implémentation de la VoIP, celle-ci ne va donc pas être abandonnée en tant que technologie. En revanche, les autres technologies actuelles de la VoIP vont fort probablement être de moins en moins utilisées. Le WebRTC apporte trois grands atouts :

Il est multi-plate-forme. Il peut fonctionner sur un navigateur Web ou des applications, quel que soit le système d’exploitation (Unix, Windows, Mac, Android, iOS, etc.)

Son implémentation est ultra simple. Un développeur Web confirmé peut créer un prototype d’application de communication voix et vidéo en une journée.

Son implémentation ne nécessite (presque) pas d’infrastructure, puisque les communications sont transmises en peer-to-peer. C’est à dire qu’une fois la connexion établie entre deux interlocuteurs ou plus, nul besoin de serveurs intermédiaires pour communiquer. Or, les infrastructures pour supporter la transmission de données coûtent cher dans une infrastructure VoIP classique.

WebRTC est aussi un standard souhaité et imposé par les géants du Web, son adoption ne sera donc pas un choix, mais presque une obligation. Cependant, cela risque de prendre du temps, voire de ne pas se faire dans les utilisations corporate, puisque les entreprises souhaitent maîtriser le flux de leurs données et leurs infrastructures.

L’ANRT peut-elle bloquer le WebRTC au Maroc ?

Techniquement, il est un peu plus compliqué de bloquer ce type de communications, mais cela est tout à fait possible. Là-dessus, c’est plus l’argument légal, mais aussi la cohérence et l’intérêt d’un tel blocage qu’il faut questionner.

Lire aussi : Nada El Harif : « Le blocage de la VoIP est une violation grave des libertés »

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