Skwadra, instigateur du hooliganisme ou “martyr” des ultras ?

Instigateur de la mort de deux supporters pour les uns, parfait bouc émissaire pour d’autres, qui est Skwadra, le capo des supporters du Raja actuellement poursuivi en justice ?

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Skwadra, capo des ultras Rajaouis , Crédit : Dr

Instigateur de la mort de deux supporters pour les uns, parfait bouc émissaire pour d’autres, qui est Skwadra, le capo des supporters du Raja actuellement poursuivi en justice ?

«S’il n’était pas innocent je ne l’aurais jamais défendu» nous confie le père de Zakaria Belqadi, alias Skwadra, le 8 avril au tribunal de première instance à Aïn Sebaâ à Casablanca lors du procès des ultras rajaouis, reporté au vendredi 15 avril. Zakaria Belqadi est poursuivi pour incitation à la violence suite aux affrontements dramatiques qui ont eu lieu samedi 19 mars au complexe Mohammed V à Casablanca, entre les deux groupes rivaux du club vert, les Eagles et les Green Boys, ayant provoqué la mort de trois personnes et fait des dizaines de blessés. Zakaria est poursuivi avec 18 autres personnes pour «outrage à fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, dégradation de biens publics et à biens d’autrui.»

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Depuis l’arrestation de Skwadra, une frange des supporters rajaouis réclament sa libération sur les réseaux sociaux, tandis que d’autres se sont rendus au tribunal le jour du procès pour le soutenir avec des pancartes où l’on peut lire «Zakaria Belqadi n’est pas un bouc émissaire». Plus étonnant encore, la situation de Skwadra ne divise pas au sein des ultras. «Il doit être libéré, car il n’a rien fait (…) ils disent qu’il a provoqué les membres de notre groupe (Eagles) mais ce n’est pas vrai, la preuve c’est qu’on est ici pour le soutenir» nous raconte un membre du noyau de l’ultra Eagles.

Crédit : Dr
Rassemblement de supporters en soutien à Skwadra durant son dernier procès. Crédit : DR
Une graffiti faite à Casablanca après l'arrestation de Skwadra, Crédit : Dr
graffiti faite à Casablanca après l’arrestation de Skwadra, Crédit : Dr

«Je n’ai provoqué personne, et je n’ai aucun problème avec les Eagles, d’ailleurs ils étaient là pour moi et ils m’ont aidé. (…) Au stade je suis l’ami de tout le public rajaoui. Je n’appartiens à aucun groupe» nous déclare Skwadra depuis sa cellule dans la prison d’Oukacha. Zakaria a quitté les Green Boys après la création du groupe ultra des Eagles «pour garder la même distance vis-à-vis des deux groupes et pouvoir assurer sa tâche de capo en bons termes» explique le sous-capo de la Magana, Najib Sahira. Un capo est un leader de groupe ultra. «Zakaria était à l’origine de notre dernière réconciliation avec les Green Boys après l’affrontement d’août 2015. Personne n’a osé prendre cette initiative sauf lui (…) il a le charisme d’un  leader » nous confie Ayoub, membre des Eagles.

Lors de son interrogatoire avec les agents des forces de l’ordre, Skwadra a été interpellé sur son rôle de capo. «On m’a demandé comment j’étais capable de mobiliser 30 000 personnes. J’ai répondu que ce sont des personnes qui me faisaient confiance et avec lesquelles j’ai un grand entendement» raconte Skwadra qui se dit «prêt à aider par son témoignage la police»  et à identifier les «vrais» responsables du drame.

Colère contre les ultras

Zakaria Belqadi n’est pas surpris par les conséquences du drame du 19 mars. «Je m’attendais à tout ce qui s’est passé, ça se tramait depuis longtemps, les autorités attendaient le moment favorable pour nous (les ultras, ndlr) interdire» explique-t-il. Pour lui, «il n’y a pas de mouvement ultra au Maroc» car, selon lui, les ultras n’ont pas acquis les vraies valeurs de cette culture. «Certaines personnes parmi nous confondent ultra et criminalité» déplore le capo qui estime que «les leaders des groupes inspirent les jeunes dans les virages et doivent éviter de semer la haine parmi les supporters (…) ils ont une grande responsabilité». Au sujet de la dernière décision du ministère de l’intérieur d’interdire les activités des ultras au Maroc, Zakaria ne cache pas sa colère envers les groupes. «Les premiers responsables de cette interdiction sont les groupes ultras (…) ils ont préparé un cadeau pour l’État» déclare-t-il et rajoute, «on ne peut pas prétendre aimer cette culture et la défendre en portant des armes blanches dans les gradins (…) les ultras ont provoqué leur propre fin» développe-t-il.

Skwadra reprochait toujours à ses amis ultras leur recours récurrent à la violence. «Des fois, quand je me dispute avec quelqu’un au virage, il me gueule dessus (…) Zakaria conseille toujours les deux groupes d’éviter les affrontements pour le bien du club et de la Magana» confie Najib Sahira. Son avocat, Saâd Ajiach, qui l’a accompagné durant les derniers procès, croit en son innocence : «Un garçon comme Zakaria qui mène les chants et se charge de l’organisation des supporters n’est pas un hooligan» déclare le membre du comité de défense des supporters rajaouis.

Une passion qui s’appelle Raja

Muni d’un Baccalauréat en série littéraire et d’un diplôme en hôtellerie, Zakaria n’a jamais pu trouvé un emploi stable. «Je lui ai donné mon taxi pour qu’il le conduise, après trois mois il a tout abandonné pour le Raja» nous raconte son père, Mohammed Belqadi.

Un ancien rajaoui, ami d’enfance de Skawdra, nous raconte que ce dernier avait eu plusieurs occasions de partir travailler dans les pays de Golfe, mais il a préféré rester au Maroc .«C’est un vrai Rajaoui, nous avons tous laissé tomber le club à un certain moment pour partir à l’étranger, mais lui, il est resté au Maroc malgré les offres de travail pour le Raja» révèle-t-il.

Mohammed Belqadi reproche à son fils sa passion pour le club vert : « Mon fils est correct dans sa vie, je ne lui demande rien de plus, mais j’espère qu’il laissera tomber ce mode de vie (…) je n’ai jamais vu quelqu’un aussi fou amoureux du Raja» déplore t-il avant d’ajouter : «Sa mère est dans un état lamentable depuis son arrestation». Pire, le capo de la Magana a reçu une menace de mort d’un jeune homme l’accusant d’être derrière le meurtre des deux adolescents. Il a lui demandé de quitter les gradins.

Cependant, Skwadra semble déterminé dans sa mission, et ne compte pas lâcher la prise. «Je suis innocent et je sais bien qu’ils ont voulu m’arrêter pour donner l’exemple aux autres capo au Maroc» déclare Skwadra qui garde toujours son amour pour les Verts dans un coin de sa tête : « je n’ai peur de personne, ils n’auront pas ce qu’ils veulent, je vais me défendre jusqu’au bout (…) si je sors je vais retrouver la Magana, j’ai une mission à accomplir là-bas ».

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