Tout ce qu'il faut savoir sur la Vision 2015-2030 pour l’éducation

Le Conseil supérieur de l’éducation a finalisé, avec plus de trois semaines de retard, sa « vision 2015-2030 pour l’éducation ». Telquel.ma vous livre les détails.

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Noureddine Ayouch et Omar Azziman. Crédit : DR

Avec quelques semaines de retard, la « vision 2015-2030 pour l’éducation » a été finalisée par le Conseil supérieur de l’Education (CSE). Dans son rapport, que Telquel.ma a pu obtenir, l’instance dirigée par Omar Azziman présente un projet ambitieux, d’une éducation qui doit être égalitaire et généralisée. Telquel.ma fait le point.

Une école pour tous

Premier objectif du CSE : assurer « l’équité et l’égalité des chances » dans les écoles. Pour atteindre ce but, l’instance, composée de 92 membres, estime que l’enseignement préscolaire doit être rendu obligatoire sur l’ensemble du territoire marocain. Cette procédure doit notamment être accompagnée de la création d’un cadre institutionnel placé sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, ainsi que l’adoption d’un modèle pédagogique propre à ce niveau d’enseignement. Les grandes lignes de ce modèle ne sont toutefois pas définies dans la vision 2015-2030 du CSE.

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A court terme, l’une des mesures proposées par le Conseil afin de réaliser cet objectif et de mettre en place une aide aux familles nécessiteuses qui couvrirait une période s’étalant du cycle primaire à la fin du cycle secondaire. Aucun seuil de revenus pour les familles nécessiteuses n’est fixé par le CSE, qui n’a également pas déterminé une fourchette pour le montant de cette aide.

A moyen et long terme, l’instance dirigée par Omar Azziman recommande d’assurer « l’accessibilité des établissements d’éducation et de formation, les internats, le transport scolaire [ainsi que] l’éducation et la formation nécessaires à tous les enfants en situation de handicap ». Le Conseil ne fixe pas de limite de temps pour la réalisation de ces objectifs.

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Dans le but d’assurer l’accès à l’école dans les zones rurales, le CSE invite les autorités à encourager, à travers des partenariats contractualisés, les promoteurs immobiliers « à construire des écoles et des espaces de scolarisation dans le milieu rural et les régions moins pourvues ». Afin d’attirer les enseignants dans les écoles situées en zones rurales, le Conseil appelle également, sans donner plus de détails, à « instituer des mécanismes de motivation et d’encouragement pour tous les cadres pédagogiques et administratifs ».

Pour intégrer les personnes touchées par l’analphabétisme, l’instance créée par le roi Mohammed VI prône la mise en place d’un programme à deux vitesses. Le CSE souhaite que les responsables de l’éducation nationale initient, « à moyen terme », un programme assurant une scolarisation de rattrapage pour les jeunes analphabètes. En parallèle, ces jeunes devront être intégrés dans « le fonctionnement normal du système éducatif ».

Une meilleure qualité d’enseignement, mais sans darija

Autre objectif de cette vision 2015-2030 pour l’éducation : assurer un enseignement de meilleure qualité. Afin d’atteindre ce but, le CSE suggère une révision des conditions d’accès au métier d’enseignant et une refonte du modèle pédagogique. La « réadaptation » de ce modèle devrait notamment se faire à travers « l’élaboration d’un socle commun pour chaque cycle » ainsi que « la révision régulière des curricula [qui répondraient] aux besoins d’une société en mutation constante ».

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Le renforcement de la qualité de l’éducation se fera, selon le CSE, par une approche claire concernant les langues enseignées sur les bancs des écoles marocaines. Ainsi, pour le Conseil, un élève marocain devra, à l’issue du second cycle, maitriser la langue arabe ainsi que deux langues étrangères, qui seront le français et l’anglais. Au début du second cycle, les étudiants pourront, selon la vision du Conseil, choisir une troisième langue étrangère obligatoire parmi « un éventail de langues étrangères » comprenant l’espagnol. Quant à la darija, elle est absente de l’enseignement, même si son introduction a été débattue à plusieurs reprises par le Conseil.

L’amélioration de la qualité de l’enseignement passe aussi par « la promotion de la recherche scientifique, technologique et de l’innovation » selon le CSE. Afin d’assurer cette promotion, le Conseil préconise notamment « la mise en place d’un système national de recherche et d’innovation global et intégré qui fédère les institutions de recherche ». Pour financer ce système, l’instance dirigée par Omar Azziman suggère une augmentation progressive de la part du PIB consacrée à la recherche scientifique qui devrait être portée « à 1% à court terme, à 1,5% d’ici 2025, et à 2% à l’horizon 2030 ». Selon les statistiques de la Banque mondiale, les dépenses effectuées dans le domaine de la recherche scientifique représentaient 0,73% du PIB en 2010.

L’enseignement comme base d’intégration

Pour le Conseil, le secteur de l’enseignement doit aussi favoriser la construction « d’une société de citoyenneté, de démocratie et de développement ». Dans ce cadre, les écoles sont encouragées à devenir des hubs communautaires accueillant des « clubs » ainsi que des « observatoires dédiés ».

Le CSE préconise également un changement du rôle de l’enseignant, qui à travers des formations spécifiques, deviendra un « acteur pédagogique ». Enfin, l’instance dirigée par Omar Azziman invite à une plus grande implication de la famille dans l’enseignement des enfants à travers « le renforcement des dispositifs de suivi de leurs enfants et par l’ouverture de l’école sur le tissu social que constituent les apprenants et leurs familles ».

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