Un juge français révèle la mise sur écoute de policiers français au Maroc

Enquêtant sur l'affaire Ben Barka, le juge d’instruction Patrick Ramaël a découvert la mise sur écoute d’officiers de liaison français au Maroc, que Rabat n’hésite pas à expulser au besoin.

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Crédit : France Télévisions

Patrick Ramaël, juge d’instruction du tribunal de grande instance de Paris jusqu’en 2013, a publié un livre, Hors procédure, dans lequel il revient sur sa carrière, jalonnée de dossiers politiques sensibles.

Parmi eux, l’affaire Ben Barka. Patrick Ramaël dit ainsi dans son livre avoir trouvé en 2010 des éléments sur un ex bandit français réputé proche des quatre kidnappeurs de Mehdi Ben Barka. L’homme vivait à Casablanca, et aurait pu apporter un témoignage potentiellement important, mais pour ce dossier très politique, Patrick Ramaël a choisi d’éviter de passer par la voie diplomatique, qui a « l’inconvénient de mettre beaucoup de gens au courant ». Téléphonant donc directement à un policier français sur place, un officier de liaison dépêché dans le cadre de la coopération judiciaire entre les deux pays, le magistrat constate au bout de quelques jours que la ligne de son interlocuteur a été supprimée.

Rivalités diplomatie / justice

Patrick Ramaël raconte dans son livre avoir ensuite appelé un second agent de liaison, qui lui a raccroché immédiatement au nez en disant refuser de lui parler… avant de le rappeler sur une autre ligne. Le policier s’est alors expliqué au magistrat :

Je suis désolé pour tout à l’heure. J’avais interdiction de vous expliquer. Mon collègue, à la suite de votre appel, a été déclaré persona non grata et a eu 48 heures pour quitter le Maroc. Son téléphone était sur écoute.

Dans son livre, le magistrat ne cache pas avoir été très surpris :

J’apprends en dix secondes que les policiers français travaillant au Maroc sont placés sous surveillance policière comme les trafiquants de stupéfiants qu’ils combattent (…) J’apprends aussi, au passage, que le ministère de l’Intérieur français, face à un renvoi dans ces conditions, ne proteste pas et enjoint à ses fonctionnaires de se taire !

L’amendement apporté à l’accord de coopération judiciaire entre la France et le Maroc suite à l’entrevue du 31 janvier entre les ministres de la Justice des deux pays prévoit d’ailleurs justement de ne retenir que la voie diplomatique pour le transfert d’informations relatives aux procédures judiciaires entre les deux pays, point qui est à l’origine d’une partie des critiques portées contre cet accord par les ONG de défense des droits de l’Homme, qui redoutent une immiscion de l’exécutif dans le pouvoir judiciaire.

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