Sahara : le rapport de l’ONU, une victoire pour le Maroc ?

Le contenu de l’avant-projet de rapport de Ban Ki-moon sur le Sahara sonne comme une victoire pour le Maroc. Pour quelles raisons ?

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Ban Ki-moon. Crédit: AFP

Cela a tout d’un retournement de situation : dans son avant-projet de rapport sur le Sahara, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a appelé au «  recensement de la population réfugiée de Tindouf  ». Une recommandation qui a presque fait l’effet d’une victoire, puisque les présentations des deux précédents rapports sur la mission de l’ONU au Sahara (Minurso) se sont déroulées dans un cadre tendu. Ce rapport marque-t-il un pas décisif pour le Maroc ?

Une demande faite « depuis plusieurs années » par le Maroc

La population des camps de Tindouf est, à ce jour, estimée à 165 000 personnes par les autorités algériennes. Le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), qui est l’un des fournisseurs d’aide humanitaire aux camps, estime quant à lui la population de ces derniers à 90 000 personnes, en se basant sur des images satellites, car il n’a pas pu effectuer de recensement des habitants.

Les recensements effectués par le HCR, à l’instar de ceux effectués dans des camps de réfugiés au Ghana, permettent « de s’assurer que les réfugiés […] reçoivent la documentation nécessaire et que les ressources et services mis en place par l’UNHCR et ses partenaires atteignent leurs destinataires  » selon le HCR. Le recensement assure l’identification des personnes «  les plus vulnérables parmi la population de façon à leur fournir l’assistance appropriée. L’identification de leurs besoins prioritaires permettra d’aider à planifier la mise en place de programmes d’assistance, notamment la recherche de solutions durables pour le sort des réfugiés  ».

Le recensement de la population des camps de Tindouf est demandé «  depuis plusieurs années par le Maroc  », nous rappelle le président de l’Institut marocain des relations internationales (IMRI), Jaouad Kerdoudi. En 2014, le chargé d’affaires du royaume à Genève, Hassan Boukili, a justifié sa demande de recensement dans les camps de Tindouf par la préoccupation du Maroc face au nombre très élevé de réfugiés et de déplacés internes en Afrique.

Discrédit pour l’Algérie

Surtout, un éventuel recensement pourrait avoir un impact négatif pour l’Algérie. «  Si un recensement est effectué par les autorités onusiennes et qu’il révèle un chiffre inférieur aux estimations algériennes, l’Algérie pourrait être dans l’embarras vis-à-vis de la communauté internationale  », affirme le président de l’IMRI.

Il faut toutefois préciser que cette demande n’a été publiée que dans l’avant-projet de rapport du secrétaire général de l’ONU et ne fait pour l’instant pas l’objet d’une résolution du Conseil de sécurité. Ce n’est qu’en cas de résolution du Conseil de sécurité que l’Algérie pourrait être contrainte à accueillir les recenseurs de l’ONU. Mais un éventuel projet de résolution allant dans ce sens pourrait être bloqué par un membre permanent du Conseil de sécurité (France, Chine, États-Unis, Royaume-Uni, Russie).

Pas de surveillance des droits de l’Homme

Autre « victoire » selon Jaoud Kerdoudi, le fait que cet avant-projet de rapport ne contienne pas de demande d’ajout d’une composante relative aux droits de l’Homme de la part du secrétaire général de l’ONU. Pour rappel, en 2013, les États-Unis avaient proposé d’adjoindre une mission de surveillance des droits de l’Homme au mandat de la Minurso. Une proposition qui avait suscité la colère du Maroc qui, en réaction, avait annulé l’exercice militaire African Lion entre les deux pays. Le pays de l’Oncle Sam a ensuite retiré cette demande, ce qui a permis la reprise de l’opération militaire conjointe avec le Maroc.

L’année suivante, Ban Ki-moon avait à son tour, dans son rapport sur la mission de l’ONU, souligné la nécessité de surveiller de manière «  durable, indépendante et impartiale  » le respect des droits de l’Homme dans la région. Une demande qui avait poussé le roi Mohammed VI à contacter le secrétaire général afin d’indiquer qu’il était «  impératif de préserver les paramètres de la négociation tels qu’ils sont définis par le Conseil de sécurité, de sauvegarder le cadre et les modalités actuels de l’implication de l’ONU et d’éviter les approches partiales, et les options périlleuses ». Le Maroc avait finalement eu gain de cause, puisque que le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, le 29 avril 2014, une résolution prorogeant d’une année supplémentaire le mandat de la mission de l’ONU au Sahara (Minurso) sans inclure de mécanisme d’observation des droits de l’Homme.

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