Comment Hespress s’est hissé au sommet – Telquel.ma

Comment Hespress s'est hissé au sommet

De plateforme participative d’information à numéro un des pure players marocains, Hespress a fait du chemin depuis sa fondation en 2007. Telquel.ma revient sur l'ascension d’un portail plein d'ambitions.

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Hespress
En janvier 2015, Hespress était le 3e site le plus visité du Maroc, après Google et Facebook. Crédit : Hespress

En janvier 2015, le portail d’information Hespress a dépassé la plateforme de partage de vidéos YouTube en termes de visites au Maroc, devenant ainsi le troisième site le plus visité du royaume après Google et Facebook. Huit ans après sa création par les frères Guennouni, le portail affiche sa suprématie sur le secteur des pure-players arabophones. Ses deux millions de visites quotidiennes, 250 millions de pages vues chaque mois et plus de 8 millions de vidéos visionnées sur la chaîne YouTube l’éloignent de toute concurrence.

Si aujourd’hui Hespress est un portail d’information fonctionnant avec une rédaction classique, à l’image de l’ensemble des organes de presse électronique, ce n’est pas à cela qu’il ressemblait lors de son ouverture par Hassan et Amine Guennouni en février 2007. « Hespress était une plateforme participative sur laquelle les citoyens partageaient des informations qu’ils recueillaient sur le terrain », se remémore Hassan, cofondateur du portail et actuel directeur général. «  Mon frère, qui est journaliste (aujourd’hui directeur de la publication d’Hespress, ndlr) vérifiait la véracité de l’information. Moi qui suis informaticien, développais les solutions web adéquates », détaille-t-il.

Les débuts du succès

Rapidement, la formule Hespress plait parce qu’elle implique les lecteurs dans le processus de récolte de l’information. Dès ses débuts, la plateforme connait un certain succès et nourrit la curiosité de lecteurs de plus en plus nombreux grâce à l’apparition des réseaux sociaux. A une époque où le web n’était pas utilisé comme source d’information principale, une nouvelle façon de s’informer de l’actualité se présentait aux lecteurs.

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Mais malgré une certaine popularité, les fondateurs du site étaient loin d’imaginer le succès qui attendait Hespress. «  Au départ, personne ne nous prenait au sérieux  », confie Hassan Guennouni. «  Il était compliqué de recueillir des déclarations, nous n’étions pas reconnus en tant qu’organe de presse », explique-t-il.

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En septembre 2008, l’arrestation du blogueur Mohamed Erraji, contributeur régulier d’Hespress, pour une chronique virulente sur la monarchie, publiée sur le site, change la donne. « Nous avons contacté plusieurs organismes internationaux qui se sont mobilisés ». Et la chaîne qatarie Al Jazeera a repris des captures d’écran du portail d’information Hespress, ce qui a contribué largement à l’augmentation du nombre de visites sur le site. La diffusion sur le site des vidéos du sniper de Targuist, qui filmait des gendarmes en flagrant délit de corruption sur les routes marocaines, a aussi contribué à la popularité du site. Ce dernier a d’ailleurs révélé par la suite son identité dans l’édition papier de Hespress en 2013.

Le papier, un premier échec

Hespress papier

Cette édition papier, Hespress la lance en décembre 2013. «  Nous pensions que la marque Hespress était assez populaire pour séduire un nouveau lectorat à travers le papier  », témoigne le directeur général. L’hebdomadaire faisait la part belle aux formats longs, aux reportages et aux enquêtes, formats qui ne sont généralement pas perçus comme adaptés au web. Hespress recrute alors une nouvelle rédaction, tout à fait indépendante de celle du pure-player, mais qui «  est en parfaite synergie avec cette dernière  ». Enthousiastes, les frères Guennouni sont déterminés à reconduire le succès sur les écrans dans les kiosques mais celui-ci ne sera pas au rendez-vous. Les dépenses du magazine ne sont pas amorties par la publicité, principale source de financement du support papier. L’investissement, qui a coûté 20 millions de dirhams aux actionnaires, a eu du mal à être amorti. «  Le manque de publicité ne jouait pas en la faveur du magazine, nous ne pouvions pas assurer sa longévité, cela causait beaucoup de pertes d’argent  », se remémore Hassan Guennouni. C’est ainsi qu’après une trentaine de numéros seulement et 7 mois d’existence, le magazine disparaît des kiosques.

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Hesport, le rebond

Dans la foulée, les deux entrepreneurs se remettent de leur fiasco et lancent Hesport, un portail arabophone dédié à l’actualité sportive. Bénéficiant d’une identité visuelle très proche de Hespress et de l’intérêt des Marocains pour le football, le portail se hisse très vite parmi les sites les plus visités du royaume. Actuellement 19e site le plus visité du pays, il est dans le trio de tête des portails marocains spécialisés en sport. Hesport est à la troisième place, après El Botola et Kooora, qui sont respectivement les 12e et 15e sites les plus visités du royaume. «  C’est une structure indépendante qui tourne grâce à cinq journalistes aujourd’hui », confie Hassan Guennouni. Sur la page d’accueil, on passe facilement de l’actualité de la Botola à un article sur les petites copines des stars du football. Hesport reprend les mêmes ingrédients du succès sur lesquels se repose son aîné : une bonne dose de vidéos et une pincée d’actualité insolite et de faits divers.

Les ingrédients de la success story

Hassan Guennouni reçoit le prix de personnalité de l'année de la MAP en 2013.

Hassan Guennouni reçoit le prix de personnalité de l’année de la MAP en 2013. Crédit : Hespress

Le modèle économique du magazine en ligne repose entièrement sur la publicité. Et Hespress a commencé à devenir rentable en 2011, soit quatre ans après sa création. «  En plus des bannières, nous nous sommes lancés dans le publirédactionnel dernièrement  », annonce Hassan Guennouni. Une méthode de publicité plus « subtile » qui consiste à publier des articles citant les marques clients.

La ligne éditoriale du portail ? Elle est claire pour le directeur général : «  Nous faisons de l’information, pas du militantisme  », explique-t-il. Une absence de parti pris qui se manifeste dans la liberté des chroniques et par des points de vue, qui peuvent être divergents, défendus par les chroniqueurs du portail. «  On nous a souvent accusé d’être proches du PJD, mais ce n’est pas le cas  », réfute l’entrepreneur, qui insiste que « la porte de Hespress est toujours ouverte aux chroniques ». Cette partie du portail a enclenché le succès de Hespress et ses fondateurs ne sont pas prêts de s’en séparer.

Une stratégie numérique globale

Mais ce n’est pas tout, puisque d’autres éléments ont poussé de l’avant ce portail, qui n’était pas prédestiné à devenir la première plateforme d’information marocaine. Malgré des réajustements minimes, l’esthétique visuelle de Hespress est restée inchangée au fil du temps. «  On ne change pas une recette qui a prouvé son efficacité  », note le patron de presse, fier. Et c’est une manière de ne pas déstabiliser le lecteur, de garantir que ses habitudes de lectures restent inchangées au fil du temps. « La maquette actuelle du site est très intuitive, nous ne voulions pas perdre ce point fort », argumente encore Hassan Guennouni.

Mais si Hespress n’est pas passé à l’ère du responsive design (qui assure qu’un portail s’adapte à toutes les formes d’écran), le portail mise sur une présence sur les plateformes les plus populaires. Ainsi, en parallèle du site dédié aux ordinateurs, une version web mais aussi des applications pour Android, iOS et même pour Smart TV sont mises à la disposition du lecteur. «  Nous ne pouvions ignorer l’avènement du mobile. Aujourd’hui notre lectorat depuis les smartphones et tablettes dépasse les 35 %  », nous confie Hassan Guennouni.

Sur Facebook, une stratégie est mise en marche afin de recruter le maximum de fans mais aussi de faire cliquer le lecteur. Trois personnes parmi les 37 permanentes de l’équipe se consacrent à la gestion de la présence du média sur Facebook, qui y est loin devant ses concurrents. En navigant sur la page officielle de Hespress, on serait tenté de penser que c’est un site dont l’information est constituée de manière majoritaire de faits divers et autres contenus à caractère insolite ayant un potentiel viral. «  La ligne éditoriale de notre page Facebook est complètement différente de celle du site  », note Hassan Guennouni. Principalement concentrée sur le divertissement, la page qui accumule plus de quatre millions de fans fait la part belle au contenu léger. «  Nous postons des infos politiques ou économiques uniquement quand ce sont de grandes annonces  », explique le directeur, prenant en exemple la mort d’Abdellah Baha, le ministre d’État. La page revêt aussi un caractère engagé envers les personnes en besoin d’aide, puisque des annonces de personnes dans le besoin sont régulièrement relayées, leur permettant dans la plupart des cas de trouver de l’aide. Mais Hespress peut se targuer de ne pas dépendre de sa présence sur les réseaux sociaux vu que « 30 % seulement des visites totales  » émanent de sa page Facebook.

Hespress chez Forbes

En 2013, Forbes Middle East attribue le prix du 3e meilleur portail du monde arabe.

En 2012, Forbes Middle East attribue le prix du 3e meilleur portail du monde arabe. Crédit : Hespress

La suprématie de Hespress n’a pas tardé à être primée puisque l’équipe accumule les récompenses. En 2012, Hespress est classé troisième meilleur site arabe d’information par l’édition Moyen-Orient du magazine américain Forbes. Un prestigieux prix décerné au directeur de la publication Amine Guennouni qui s’explique par la popularité du site au Maghreb et au Moyen-Orient.

Avec une telle popularité, le portail d’information arabophone ne compte pas s’arrêter là. Conscient de l’importance de ses visiteurs issus de la diaspora marocaine à l’étranger (le site enregistre presque deux millions de visites mensuelles venant de France et plus d’un million de visites des États-Unis), Hespress ouvrira « bientôt » un premier bureau à l’étranger et promet de lancer sa version francophone. « Nous ne comptons pas faire de traduction, changer de langue, c’est aussi s’adresser à un lectorat différent », note Hassan Guennouni, qui souhaiterait décliner Hespress « dans plusieurs langues à long terme ».

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