El Khalfi-RSF, la guerre continue

RSF dénonce ce 6 mars un « durcissement de la répression à l'égard des journalistes » au Maroc. Un communiqué « inique, injustifié et aux antipodes de la réalité de la liberté de la presse au Maroc », réagit le ministre de la Communication.

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Mustapha el Khalfi lors du point presse après le conseil de gouvernement.
Mustapha El Khalfi. Crédit: AFP

Communiqué et contre-communiqué. Ce vendredi 6 mars l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a publié un communiqué dénonçant un resserrement au Maroc de « l’étau sur la presse afin que les sujets ‘sensibles’  ne soient pas traités librement et en toute indépendance ». RSF estime que « ces derniers mois, la liberté de la presse au Maroc a été marquée par un durcissement de la répression à l’égard des journalistes ».

La riposte du ministre de la Communication n’a pas tardé. Dans un communiqué, le département de Mustapha El Khalfi assure que le constat de RSF est « inique, injustifié et aux antipodes de la réalité de la liberté de la presse au Maroc » et présente de manière tronquée des cas isolés. Le ministère affirme que RSF « n’a pas pris la peine de contacter les autorités marocaines, se contentant de présenter une seule version de cas isolés, [et] ne tenant pas compte des précisions rendues publiques à une large échelle par les autorités marocaines ».

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« Censure » contre « autorisation »

Car le communiqué de RSF revient sur les cas de l’arrestation et de l’expulsion, le mois dernier, de deux journalistes d’une société de production française (Premières lignes) qui tournaient un documentaire. Une expulsion critiquée comme une « censure odieuse » par RSF.

RSF revient aussi sur l’intimidation du tournage de l’émission Hadith Al Awassim (« On en parle dans les capitales ») de France 24 à Rabat en janvier dernier. Un agent du ministère de l’Intérieur accompagné de membres des forces de l’ordre avait enfermé les journalistes de l’émission dans l’hôtel du tournage, qui avait pour thème « Peut-on rire de tout ? », en exigeant qu’ils leur remettent les enregistrements, avant de les restituer le lendemain après les avoir visionnés. Enfin, le communiqué de l’ONG rappelle que le 22 janvier 2015, à l’initiative de la fondation allemande Friedrich Naumann, une rencontre internationale sur le journalisme d’investigation devait se dérouler à Rabat (avec la participation de Mustapha El Khalfi) mais avait été finalement interdite par les autorités marocaines.

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Des faits auxquels répond le long communiqué du département de Mustapha El Khalfi, qui rappelle que les autorités ont justifié à plusieurs reprises par l’absence d’autorisation de tournage – une assertion réfutée par la société Premières Lignes et ses journalistes, qui disent n’avoir reçu aucune réponse écrite malgré un accord oral – ou encore l’absence d’accréditation de l’équipe de France 24. Pareil pour la rencontre internationale, le ministère faisant valoir qu’elle s’est finalement déroulée au siège de l’AMDH et n’avait pas été interdite suite à une « décision officielle ».

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Enfin, RSF déplore que le nouveau Code de la presse, présenté en octobre en Conseil de gouvernement, n’ait « toujours pas été adopté », et affirme que ses dispositions gagneraient à être « précisées et renforcées ». Pour RSF, le risque est que les peines privatives de liberté, qui ont disparu du code, « soient remplacées par des amendes à la fois disproportionnées et exorbitantes ».

Ce à quoi Mustapha El Khalfi répond que le Code de la presse et les autres textes de loi sur le statut des journalistes « progressent  […] suivant une approche participative », et que les actions en justice menée en 2014 « vont dans le sens d’amendes légères et non de peines emprisonnement de journalistes ». Il rappelle enfin qu’aucun journal national n’a été saisi et qu’aucun site d’information électronique n’a fait l’objet d’interdiction administrative.

Lors de la présentation de son rapport annuel sur la liberté de la presse en 2014 le 18 février dernier, Mustapha El Khalfi avait encore une fois annoncé une date de livraison pour le nouveau Code de la presse. Ainsi, le texte doit être « prêt pour le mois de mars » et devrait être soumis au parlement en avril.

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